Articles et réflexions

  • Comment éviter les oublis de reproduction en ferme laitière

    Comment éviter les oublis de reproduction en ferme laitière

    Pour faire de l’argent sur une ferme laitière il faut… faire du lait!

    C’est une évidence, rien là de très innovant. Mais pour pour faire beaucoup de lait il faut quoi exactement?

    • Du confort pour les vaches,
    • Une alimentation de qualité,
    • Une reproduction au point

    Le reste compte pour bien peu. Avec ces trois points c’est garanti que le lait va couler à flots.

    La reproduction est probablement LE point le plus critique des trois. Il suffit d’un oubli pour perdre 21 jours. 21 jours, ce n’est pas seulement du temps : c’est du lait en moins, un vêlage retardé, une lactation compromise.

    Sur papier, ça semble simple. En réalité, entre les traites, les champs, les imprévus, il est facile de se fier à sa mémoire… et de se tromper.

    C’est pour ça que j’ai développé Farmitrax. Suivre les chaleurs dans un troupeau laitier présente des difficultés : il faut être précis, un oubli est vite punis. Il faut être observateur pour me rien manquer.

    Je ne voulais pas d’un système compliqué. Je voulais quelque chose de simple, rapide, adapté à la réalité d’une ferme laitière.

    Alors je l’ai fait simple, orienté vers les tâches à accomplir. Si vous voulez voir à quoi ça ressemble, j’offre 30 jours d’essai gratuit.

  • Sylvain Charlebois et l’art des demi-vérités

    Sylvain Charlebois et l’art des demi-vérités

    Il y a une différence fondamentale entre critiquer un système et le caricaturer.Il y a aussi une différence entre éclairer le débat public et l’alimenter par des raccourcis moraux. Depuis plusieurs années, Sylvain Charlebois a clairement choisi son camp.

    Ce n’est pas la première fois qu’il s’attaque à la gestion de l’offre. Ce n’est pas non plus la première fois qu’il le fait en empilant des demi-vérités, des omissions commodes et des comparaisons trompeuses, soigneusement emballées pour provoquer l’indignation.

    Le plus récent épisode, un déversement de lait en Ontario, en est un parfait exemple.

    Transformer un compromis structurel en faute morale

    Oui, du lait est parfois jeté. Oui, c’est choquant. Oui, c’est un problème réel.

    Mais prétendre que ce lait est jeté pour maintenir artificiellement des prix élevés est une simplification grossière qui frôle la malhonnêteté intellectuelle.

    Le dumping n’est pas un geste cynique posé pour enrichir les producteurs. C’est une soupape de sécurité d’un système qui privilégie la stabilité à la volatilité. La production laitière n’est pas un robinet. Une vache ne cesse pas de produire parce qu’un graphique de demande a fléchi pendant trois semaines.

    Charlebois transforme un choix de design politique; stabilité des revenus, continuité de l’approvisionnement, prévisibilité, en intention malveillante. C’est là que la ligne est franchie.

    L’argument émotionnel : efficace, mais trompeur

    Associer le lait jeté à l’augmentation du recours aux banques alimentaires est probablement l’argument le plus percutant… et le plus fallacieux.

    Le lait déversé :

    • n’est pas conditionné pour la distribution,
    • n’est pas nécessairement transformable à temps,
    • n’est pas redistribuable automatiquement.

    La faim est un problème de revenus, de logement, de politiques sociales, pas de surplus ponctuels de lait cru. Confondre ces enjeux est intellectuellement paresseux, mais médiatiquement payant.

    On ne nourrit pas un débat public sain en laissant croire que des producteurs choisissent sciemment de jeter de la nourriture pendant que des gens ont faim. Ce récit est faux et profondément injuste.

    Comparer sans comparer : une vieille habitude

    Charlebois aime opposer le Canada à d’autres juridictions, notamment les États-Unis, comme si ailleurs le système était miraculeusement exempt de gaspillage. C’est faux.

    Aux États-Unis :

    • on jette aussi,
    • on subventionne massivement,
    • on exporte à perte,
    • on ferme des fermes par milliers.

    La différence n’est pas l’absence de coûts, mais leur déplacement. Le Canada paie sa stabilité au comptoir. Les États-Unis la paient par l’impôt, l’endettement public et la disparition accélérée des fermes familiales.

    Présenter l’un comme moralement supérieur à l’autre relève plus de l’idéologie que de l’analyse.

    Le vrai problème : la caricature permanente

    La critique la plus sérieuse à adresser à Sylvain Charlebois n’est pas qu’il veuille réformer la gestion de l’offre. Sur ce point, beaucoup s’entendent : des ajustements sont nécessaires.

    Le problème, c’est qu’il parle comme si deux options seulement existaient : le statut quo aveugle ou le scandale moral.

    Il ignore systématiquement les discussions internes au milieu, les contraintes biologiques et industrielles et les réformes déjà envisagées.

    Un débat mérite mieux que ça

    On peut vouloir réduire le dumping sans salir un système entier. On peut vouloir plus de flexibilité sans accuser les producteurs de cynisme. On peut vouloir réformer sans travestir la réalité.

    La gestion de l’offre n’est ni parfaite ni intouchable. Mais elle mérite mieux que des récits simplistes destinés à faire réagir plutôt qu’à comprendre.

    À force de transformer chaque problème en scandale moral, Sylvain Charlebois ne contribue pas à améliorer le système. Il contribue surtout à le polariser et à affaiblir la qualité du débat public.

    C’est peut-être ça, la plus grande perte dans toute cette histoire

    Pour comprendre comment je réfléchis aux systèmes collectifs, voir : Pourquoi j’écris?

  • École à trois vitesses, le mythe rassurant du nivellement par le bas

    École à trois vitesses, le mythe rassurant du nivellement par le bas

    L’école à trois vitesses québécoise est souvent dans l’actualité depuis quelques temps. Tantôt à travers les critiques de L’école ensemble, tantôt celles de l’Organisation des Nations Unies qui s’inquiète de la situation.

    À cette situation, la réponse la plus souvent entendue est la suivante : il faudrait abolir les subventions aux écoles privées et offrir des programmes particuliers à tout le monde. L’injustice actuelle serait évidente et appellerait une correction rapide.

    Que la situation actuelle pose problème, c’est indéniable. Mais accepter que la solution passe par le traditionnel nivellement par le bas québécois l’est beaucoup moins.

    Trois vitesses

    Ces fameuses trois vitesses décrites ainsi :

    • École privée subventionnée;
    • École publique avec programme particulier;
    • École publique avec programme régulier.

    Présentée ainsi, la hiérarchie semble limpide. Certains élèves auraient accès à de meilleures conditions d’apprentissage pendant que d’autres seraient confinés au parcours par défaut, moins exigeant, moins valorisé. Il suffirait alors d’y mettre l’argent nécessaire pour garantir à chaque enfant le meilleur.

    Il y a une part de vérité dans ce portrait. Mais il s’agit d’un découpage simpliste qui masque plus qu’il n’explique.

    Une lecture trop confortable de la réalité

    Pourquoi ces trois vitesses existent-elles ? La réponse la plus souvent donnée est toujours la même : ce serait la faute des écoles privées, qui draineraient l’argent et le talent au détriment du réseau public.

    Le récit est séduisant par sa simplicité. Les écoles privées auraient développé des programmes particuliers attirant un nombre croissant d’élèves. Face à cet exode, les écoles publiques auraient été contraintes de créer à leur tour des programmes similaires pour retenir certains profils, laissant le programme régulier comme solution par défaut pour les autres.

    Ce récit est confortable. Il permet de désigner un responsable clair et d’éviter de poser des questions plus dérangeantes sur l’organisation même du système public.

    Les chiffres sont souvent invoqués pour appuyer cette lecture. Depuis les années 1970, la part des élèves du secondaire inscrits dans des écoles privées est passée d’environ 5 % à plus de 20 %, atteignant parfois près de 40 % dans certaines régions comme Montréal ou Québec, un niveau exceptionnel au Canada.

    Encore faut-il se demander ce que ces chiffres signifient réellement.

    Détruire le signal plutôt que corriger le système

    L’école privée ne crée pas les faiblesses du réseau public, elle les révèle. Elle n’impose rien, elle répond à une demande. Les parents n’y envoient pas leurs enfants par idéologie ou par rejet du public, mais parce qu’ils y trouvent ce qu’ils estiment ne plus trouver ailleurs : une structure claire, des attentes explicites, un cadre cohérent et une certaine exigence assumée.

    Lorsqu’un nombre croissant de parents fait ce choix, le problème n’est pas l’existence de l’option privée, mais la raison pour laquelle elle devient attrayante. Supprimer le privé ou lui retirer ses subventions ne ferait pas disparaître ces attentes. Cela ne ferait que masquer les failles qu’il met en lumière, sans jamais les corriger.

    On m’opposera que le privé aggrave les inégalités par sa seule existence. Je prétend plutôt qu’il en est le révélateur. Les attentes parentales existeront peu importe la structure du réseau de l’éducation. L’école privée ne les crée pas, elle les absorbe.

    Sans ce réseau parallèle les attentes vont se déplacer : déménagements stratégiques, écoles non subventionnées ou autres stratégies d’évitement plus brutales. Rien n’empêche un parent d’investir massivement hors de l’école si le système public ne répond plus à ses attentes. Supprimer le privé subventionné ne supprime pas l’inégalité, elle la rend simplement plus brutale et moins visible.

    L’angle mort encore plus rarement abordé

    Abolir les subventions aux écoles privées ne signifie pas que l’État économiserait cet argent. Cela signifie que l’État devrait désormais assumer à 100 % la scolarisation de tous les élèves actuellement inscrits dans le privé. Ces enfants ne disparaissent pas. Ils réintègrent le réseau public, avec leurs besoins, leurs attentes et leurs exigences.

    Autrement dit, chaque élève retiré du privé subventionné devient un élève entièrement financé par l’État. Le débat n’est donc pas entre financer ou ne pas financer, mais entre financer partiellement dans un cadre diversifié ou financer entièrement dans un réseau unique déjà sous tension.

    Présenter l’abolition des subventions comme une mesure d’équité budgétaire est trompeur. Il s’agit en réalité d’un transfert de coûts vers le réseau public, sans garantie que celui-ci soit en mesure d’offrir l’environnement pédagogique que ces parents recherchaient, ni aux nouveaux arrivants, ni à ceux qui y étaient déjà.

    Ce que le Québec refuse d’assumer

    Le problème n’est pas l’existence de parcours différents, mais l’incapacité politique et culturelle d’assumer publiquement l’exigence et la différenciation dans le réseau public.

    Offrir des programmes particuliers accessibles à tous ne signifie pas les rendre universels ni les vider de leur sens. Cela signifie cesser de réserver l’exigence à une minorité, tout en acceptant que tous n’emprunteront pas le même chemin, ni au même rythme.

    Rendre ces programmes accessibles, c’est investir en amont : dans le repérage des intérêts et des aptitudes, dans l’accompagnement des élèves, dans le soutien aux familles moins outillées pour naviguer le système. C’est reconnaître que l’égalité des chances ne passe pas par l’uniformité des parcours, mais par la capacité réelle d’y accéder.

    Cela suppose aussi un choix politique clair : accepter que certains programmes demeurent exigeants, sélectifs dans leurs attentes sinon dans leurs admissions, et assumés comme tels. L’objectif n’est pas que tous les élèves suivent les mêmes programmes, mais que chacun puisse aspirer à autre chose qu’un parcours par défaut, faute d’alternative crédible.

    Tant que l’exigence sera perçue comme une injustice plutôt que comme une ambition à démocratiser, le réseau public continuera de perdre la confiance d’une partie des parents. Et tant que cette confiance ne sera pas rétablie, les stratégies d’évitement persisteront, qu’on le veuille ou non.

    La question n’est donc pas de savoir comment abolir les différences, mais comment les rendre moins déterminées par le revenu, le réseau ou le hasard géographique. C’est là que se joue la véritable équité. Pas dans la suppression de ce qui fonctionne imparfaitement, mais dans le courage d’étendre l’exigence plutôt que de la diluer.

    Conclusion

    Ce que cela exige, ultimement, c’est un réinvestissement massif dans le réseau public. Pas un réinvestissement symbolique, ni une série de mesures cosmétiques, mais un engagement réel à en faire un réseau capable de répondre aux plus hautes exigences pédagogiques, intellectuelles et humaines. Former la prochaine génération ne peut pas reposer sur des compromis permanents ni sur des parcours par défaut.

    C’est seulement avec un réseau public réellement performant que celui-ci peut faire compétition au réseau privé. Pas en l’imitant à la marge, encore moins en cherchant à l’éliminer. La concurrence éducative ne se gagne pas par la suppression de l’offre alternative, mais par la qualité de ce que l’on propose.

    Croire qu’il suffirait d’affaiblir ou d’abolir le privé pour assurer le succès du public relève d’une illusion tenace. Le public ne s’élèvera pas parce que le privé disparaît. Il ne s’élèvera que s’il se donne les moyens d’être ambitieux, exigeant et crédible aux yeux des parents, des élèves et de la société dans son ensemble.

    Le véritable choix n’est donc pas entre public et privé. Il est entre un réseau public assumé, fort et exigeant, capable d’attirer par sa qualité; un système qui ne tente pas de masquer ses faiblesses en nivelant ce qui dépasse. L’avenir du Québec se joue dans cette distinction.

    L’école à trois vitesses n’existera plus le jour où le réseau public sera financé à la hauteur de ses besoins et de ses exigences.

  • Jaser quotas avec Denis

    Jaser quotas avec Denis

    Hier j’ai publié un article qui a créé beaucoup de réactions. Je ne pense pas être la voix de la vérité, loin de là, je cherche plutôt à créer la discussion. Je pense avoir réussi.

    Dans la soirée j’ai pu parler au téléphone avec Denis. On a parlé pendant une grosse heure et demi. Il voulait m’entretenir d’une résolution qu’il présente aujourd’hui dans une assemblée de producteurs laitiers.

    Quotas et égalité

    On a jasé des quotas, très longtemps. Il a commencé par me parler de la situation actuelle lors des émissions. Vous le savez tous : si 1 % est émis il est distribué au prorata du quota possédé. La ferme qui a 50 kilos en reçoit 0,5, celle qui en a 100 en reçoit 1 et celle qui en a 300 en reçoit 3.

    Puis il m’a parlé de lui un peu, de comment c’était quand il a commencé. À l’époque la possession médiane de quota (le milieu, là ou on a exactement la moitié des producteurs qui en ont plus et la moitié qui en ont moins) était très proche de la moyenne. Ce que ça signifie c’est que le gros des fermes laitières avait à peu près le même droit de produire.

    Avec les années la médiane s’est lentement éloignée de la moyenne. C’est une période de consolidation où plusieurs petites fermes ont quitté et où de plus grosses ont acheté les quotas disponibles.

    Aujourd’hui

    Une médiane éloignée de la moyenne signifie une chose dans ce contexte : les gros sont devenus très gros et les petits n’ont pas réussi à suivre la parade. Ce n’est pas une opinion, c’est mathématique.

    Le marché croit un peu chaque année et de nouveaux quotas sont émis pour combler la demande. C’est exactement là, selon Denis, que se trouve l’injustice, dans la distribution au prorata mentionnée plus haut.

    Cette distribution fait en sorte de creuser toujours plus l’écart au lieu de l’amoindrir. La marche devient chaque année un peu plus haute à monter pour les plus petits. Ils n’ont pas accès aux économies d’échelle apportées par la taille.

    La proposition de Denis

    Au lieu de distribuer les nouveaux quotas au prorata du quotas possédé, Denis propose qu’il soit distribué de manière parfaitement égale.

    Pour la simplicité je vais utiliser des chiffres ronds pour l’exemple et supposer que nous sommes exactement 4000 producteurs laitiers au Québec. Si une augmentation pour l’ensemble du Québec était une année donnée de 4000 kilos, chaque ferme recevrait exactement 1 kilo, sans égard à sa taille. Avec 6000 kilos ce serait 1,5 que chaque ferme recevrait.

    L’avantage de ce système est qu’il réduirait lentement le fossé entre petits et gros. Qu’il rendrait plus facile la croissance des petits et le rattrapage avec le reste du secteur.

    Les situations spéciales

    Distribuer tel quel sans se poser de questions risque de mener à des injustices flagrantes. On pourrait donner 2 kilos à un producteur qui n’a ni la possibilité, ni l’intention de les produire. On peut aisément proposer aussi des conditions nécessaires à remplir pour se qualifier. Denis suggère de ne rien donner à ceux qui ne seraient pas en conformité avec les normes de bien-être animal. Un producteur ayant reçu une augmentation mais qui ne la produit pas ne devrait pas non plus être éligible aux émissions suivantes, tant qu’il ne produit pas.

    Un tel quota devrait, à mon avis, être non négociable pour un certain nombre dégradable d’années. Si un producteur décide de vendre avant la fin de cette période les quotas donnés seraient repris et redistribués à l’ensemble des producteurs.

    Un tel système de distribution aurait comme effet de réduire lentement l’écart entre les petits et les gros. Il permettrait de conserver plus de fermes en activité.

    Rééquilibrer sans casser

    La proposition de Denis ne prétend pas régler tous les enjeux du système de quotas, ni inverser à elle seule des décennies de consolidation. Elle a toutefois le mérite de poser une question fondamentale : la façon dont nous distribuons la croissance collective sert-elle encore l’équilibre du secteur à long terme?

    Réfléchir à ces mécanismes ne revient pas à opposer petits et gros, ni à nier les gains d’efficacité liés à la taille. Il s’agit plutôt de se demander comment maintenir un tissu agricole suffisamment diversifié pour accueillir la relève, absorber les chocs et préserver une certaine équité entre les producteurs.

    Comme pour le reste du système de gestion de l’offre, il ne s’agit pas de tout renverser, mais d’ajuster. Lentement, prudemment, et en gardant en tête que les règles qui fonctionnent aujourd’hui façonnent déjà l’agriculture de demain.

    Parlez-en!

    J’écris pour réfléchir et faire réfléchir. Je l’ai dit d’emblée, je ne prétend pas posséder la vérité. Si j’arrive seulement à stimuler la discussion je pense avoir gagné gros.

    N’hésitez pas à commenter, soit ici en section commentaires ou sur Facebook ou n’importe quel autre réseau social où vous trouverez ce texte.

  • Havyn : une application de santé que personne ne m’avait demandée

    Havyn : une application de santé que personne ne m’avait demandée

    Il existe des milliers d’applications de santé, souvent basées sur le cloud. Suivi de pression, suivi de médicaments, journaux de symptômes, graphiques, alertes, comptes utilisateurs, synchronisation distante et abonnements mensuels. Pourtant, malgré cette abondance d’outils, aucune application de santé sans cloud ne faisait exactement ce dont j’avais besoin.

    Havyn est née de ce constat simple : quand on vit avec un suivi de santé réel, quotidien, imparfait, on n’a pas envie de gérer une plateforme. On veut juste noter, voir clair, et continuer sa journée.

    Pas de données dans le cloud

    Beaucoup de ces applications gèrent nos données dans le cloud. Ce sont « nos » données mais la réalité est qu’elles sont hébergées loin de nous, parfois hors du pays.

    De nombreux scandales font état d’informations personnelles perdues ou volées par des pirates. Ce n’est pas ici le simple statut d’un personnage de jeu vidéo, nous parlons des données les plus sensibles nous concernant.

    Havyn ne se connecte à aucun serveur distant, toutes vos données sont conservées dans votre appareil. C’est un principe de base : mes données de santé, ma responsabilité. L’application Havyn se contente de les stocker et de produire le Rapport Havyn à votre demande.

    J’ai donc cherché la simplicité maximale. Pour ce faire j’ai choisi une voie peu commune encore. Une voie qui, dans ce cas précis, me permettait de faire une preuve de concept.

    Un projet full AI

    Full AI? Vraiment? Oui. J’assume.

    Au niveau de la sécurité, le risque est volontairement maintenu à un niveau très faible. Aucun serveur n’est impliqué dans le traitement ou le stockage des données. L’exposition aux risques est limitée par conception, l’application fonctionnant entièrement en local sur l’appareil de l’utilisateur. Havyn ne contient aucune donnée permettant d’identifier une personne. Les risques se limitent donc essentiellement à ceux liés à l’accès physique ou logique au téléphone lui-même, comme pour toute information stockée localement sur un appareil personnel.

    Comment j’ai fait pour la créer? J’ai d’abord passé beaucoup de temps à réfléchir à ce que je voulais avoir comme app. Local bien entendu, un formulaire d’entrée des pressions, une page présentant les données, une liste des médicaments (très pratique), une page pour des notes et questions au médecin et une exportation en PDF d’un joli document.

    J’ai ensuite écrit un fichier AGENTS.md, une sorte de guide destiné à l’agent IA qui aurait le boulot de construire l’application. Ce fichier doit être très détaillé, allant de l’architecture à l’interface utilisateur. Tout doit y être pensé avec soin pour que l’agent puisse travailler à construire l’application attendue.

    Maintenant, au travail!

    Une fois ce travail terminé j’ai informé mon agent de la présence du fichier à la racine du projet et lui ai demandé s’il lui manquait des précisions. Je lui ai donné les derniers détails, je lui ai dit « OK, commence à coder » et je suis allé souper.

    À mon retour il avait terminé. Je suis allé voir le résultat et comme attendu ça ne fonctionnait pas vraiment… Pas grave: après inspection du code je savais ce qui clochait. Nouveau prompt avec les instructions nécessaires à la correction du code, nouvel essai: ça marchait! J’avais l’application que je souhaitais.

    J’ai par la suite fait quelques ajustements. Rien de fou, juste le nécessaire pour rendre l’application fonctionnelle et agréable à utiliser. Je l’avoue, je ne pensais pas que l’IA réussirait aussi facilement.

    Reste maintenant à la publier et à la faire vivre.

    Publicité vs payant…

    Il vient un moment où il faut choisir un modèle économique viable pour n’importe quelle application. Personne n’aime travailler pour rien, ni vous ni moi. Donc il faut prendre une décision difficile…

    Ma frustration envers les autres applications était en partie due à la publicité invasive et à leur coût élevé. Pas question de faire ce que je reproche aux autres, mais je veux aussi être payé pour mon travail.

    La solution évidente est de faire mieux que les autres. J’ai donc choisi de permettre une publicité sobre, un simple bandeau en bas de page. Mais il est aussi possible de retirer la publicité et de gagner l’accès à la fonction la plus importante de Havyn: la production de rapports PDF.

    Créer l’outil que j’aurais voulu trouver

    Havyn n’est pas une application pensée pour plaire à tout le monde, ni pour courir après des tendances. Elle est née d’un besoin concret, vécu, presque banal : mieux comprendre sa santé sans en faire un projet informatique. Si personne ne me l’avait demandée, c’est probablement parce que beaucoup de gens se sont habitués à des outils qui compliquent plus qu’ils n’aident.

    Peut-être que Havyn restera une application de niche. Peut-être qu’elle rendra service à quelques centaines de personnes, ou à quelques milliers. Mais si elle permet à quelqu’un d’arriver chez son médecin avec des données claires, fiables, et maîtrisées, sans abonnement abusif, sans collecte opaque, sans friction inutile, alors elle aura exactement rempli son rôle.

    Parfois, les meilleurs outils sont ceux qu’on crée simplement parce qu’ils devraient exister.


  • Les problèmes des quotas laitiers

    Les problèmes des quotas laitiers

    Je vais souligner avant de commencer que je ne suis absolument pas opposé au système de la gestion de l’offre. C’est un système utile qui soutient un pilier de l’agriculture canadienne, dont les effets dépassent le seul secteur laitier. Je ne m’attarderai pas aux autres secteurs comme la volaille et les œufs parce que je ne les connais pas.

    Mais ceci ne m’empêche pas d’avoir un regard critique sur le système. Dans son fondement, il assure durablement la pérennité du secteur laitier en garantissant la vente de toute production faite à l’intérieur des limites allouées. Il a cependant des défauts majeurs qui doivent selon moi être nommés.

    Trois problèmes importants

    J’ai identifié et choisi 3 problèmes qui, selon moi, doivent être réfléchis rapidement. Les voici:

    • Le prix plafond de 24 000 $
    • Le droit de ne pas produire.
    • L’absence et l’opposition à un processus de location

    Je prendrai le temps d’expliquer pourquoi je crois que chacune de ces choses pose problème et même de proposer une solution pour les régler. Je ne vais pas réussir seul à tout changer, les Producteurs de lait du Québec et du Canada fonctionnent de manière démocratique. En lançant ce petit pavé dans la mare j’espère alimenter un peu le débat.

    Le prix plafond de 24 000 $

    Pour commencer le prix plafond d’un kilo de quotas a été établi à 25 000 $ conjointement avec le Québec et l’Ontario en 2010. L’objectif était alors de limiter la hausse de son prix qui est, encore aujourd’hui, une barrière à l’entrée en production. Quelques années plus tard, en 2016, le prix d’un kilo de quotas a été abaissé à 24 000 $ à cause transfert du non cessible vers le cessible et à la dilution qui en a découlé.

    Bien qu’il semble raisonnable de penser que cette limite soit positive elle produit son lot d’effets indésirables.

    Un prix plafond provoque selon les principes économiques de base une demande accrue dans un marché où l’offre est limitée. La non indexation de ce prix avec le temps accroît encore plus fortement ce problème. Si le prix avait été indexé à partir de la seule inflation depuis 2016 il atteindrait cette année 31 000 $ du kilo. Et s’il avait été indexé dès le début en 2010 il dépasserait les 35 000 $.

    C’est pour cette raison que aujourd’hui il n’est possible d’acheter que des miettes de kilo de quotas. L’offre reste structurellement inférieure à la demande. Ce qui nous emmène au second problème.

    Le droit de ne pas produire

    Plusieurs fermes laitières souhaitent développer leur production. On construit des étables neuves ou on rénove les anciennes en appliquant les dernières connaissances dans le domaine. Même en ayant le même nombre de vaches en production la quantité de lait à la sortie augmente, et avec elle le besoin de quotas permettant de vendre cette production supplémentaire.

    Contrairement aux Producteurs laitiers du Québec qui ont, tous ensemble, le devoir de produire l’entièreté du quota qui leur est alloué, un producteur individuel peut accumuler du quota sans le produire.

    L’explication de cet état de fait est simple: comme il n’est possible d’acheter que des fractions d’un kilo, ou à peine plus chaque mois, une ferme prévoyant son expansion commence à accumuler longtemps d’avance les droits de production nécessaires à son projet. Pendant un certain nombre d’années ce sont 10, 20 kilos ou plus qui sont accumulés par une ferme.

    Dans l’ensemble du Québec ce sont des centaines de kilos qui sont gardés en réserve sans être produits. Je ne blâme pas les fermes qui font ce choix: qui va investir des millions dans un bâtiment qui resterait vide pendant des mois parce que le quota n’est pas disponible?

    Il restera aussi une certaine quantité non produite dans certaines fermes. C’est le résultat des augmentations consécutives du droit de produire liées à l’augmentation de la consommation globale de lait et produits laitiers au Canada. Certaines entreprises les conservent en prévision d’un projet à venir, d’autres laissent dormir ce droit de production sans rien faire avec.

    L’absence et l’opposition à un processus de location

    Il n’existe qu’une seule façon de transiger les quotas laitiers: l’achat et la vente. La majorité des provinces participantes au système interdisent la location, bien que certains transferts temporaires soient possibles.

    Une entreprise accumulant des quotas dans un objectif d’expansion a donc dans son portefeuille d’actifs une quantité appréciable de droit de produire qui dort. L’effet pervers de cette situation est une surémission de quotas qui doit permettre d’atteindre la production attendue du Québec.

    Des sommes considérables se retrouvent figées dans le système; 10 kilos représentent 240 000 $ qui ne fait strictement rien. Aucun revenu de production, aucun revenu d’intérêt. Pire, avec la dévaluation constante de la monnaie cette somme perd lentement sa valeur.

    Les arguments s’opposant à la location sont nombreux. Quelques-uns sont valides alors que d’autres me semblent plus égoïstes. Voici les deux plus importants que j’ai pu entendre lors d’une récente rencontre:

    • Crainte de voir des achats de quotas uniquement destinés à la location;
    • Peur de récompenser financièrement de mauvais producteurs.

    Il est possible de baliser la location pour éviter l’achat uniquement destiné à la location. On pourrait la limiter à un certain pourcentage du quota détenu, ou encore la permettre pendant une période limitée pour les cas où un producteur l’achète en prévision d’un grand projet.

    Je ne vois pas du tout d’ennuis avec l’autre objection. Si un producteur, bon ou mauvais, peut louer une partie de son droit de produire ce n’est qu’avantageux pour l’ensemble des producteurs. Un quota dormant est finalement mis en circulation.

    Mes propositions

    Le prix plafond

    Il est plus que temps de commencer à indexer vigoureusement le prix des quotas laitiers. Chaque année passée à ne pas le faire amplifie le problème. Si le prix était ajusté légèrement chaque année, un peu plus que le taux d’inflation de l’année précédente, le rattrapage commencerait. Il deviendrait de moins en moins attrayant d’accumuler du quota et les quantités attribuées lors de chaque vente seraient plus élevées. La stratégie d’achat anticipé perdrait son intérêt et chaque kilo acheté serait enfin produit.

    Le droit de ne pas produire

    Ne pas produire doit devenir une situation temporaire, pas un résultat structurel. Nous avons l’obligation collective de remplir à 100 % notre quota collectif et il faut que cela se reflète sur chaque entreprise.

    Au-delà d’un certain pourcentage non produit du quota détenu, il faudrait que celui-ci soit redistribué temporairement à l’ensemble des fermes. Pas volé, ni vendu de force; redistribué en attendant que le propriétaire arrive à le produire.

    Ou alors il faut finir par passer à la dernière solution.

    Permettre la location

    Je comprends les raisons qui font que plusieurs fermes possèdent un quota dormant. Je l’ai expliqué plus haut: ces entreprises préparent une expansion. Les autres ne comptent que pour une faible partie de ce qui n’est pas produit.

    Une ferme prévoyant une expansion qui souhaite acheter en prévision de son développement devrait pouvoir, pendant une période limitée, offrir son droit en location. Pas une partie, pas pendant quelques jours par année. Le louer en entier et le reprendre au moment où elle sera prête.

    Il y a des entreprises qui sont prêtes à produire mais qui sont bridées par le système. Il y a des quotas qui dorment pendant des mois, des années, qui devraient servir dès maintenant. Ne pas produire par rigidité idéologique comme nous le faisons présentement est nuisible à tous.

    Nommer les angles morts

    Le système des quotas laitiers n’est ni absurde ni à rejeter. Il a permis une stabilité remarquable dans un secteur qui, ailleurs, a souvent été sacrifié à la volatilité des marchés. Mais sa solidité même rend ses rigidités plus difficiles à corriger.

    Le prix plafond figé, le droit de ne pas produire et l’impossibilité de louer ne sont pas des anomalies isolées : ils forment un ensemble cohérent qui protège la valeur des quotas, mais entrave sa circulation et son usage. Tant que ces angles morts ne seront pas nommés clairement, les mêmes débats reviendront périodiquement, sans jamais se résoudre.

    Réfléchir à ces enjeux ne revient pas à attaquer la gestion de l’offre. C’est au contraire une manière de prendre au sérieux sa pérennité. Un système qui se veut durable doit pouvoir s’adapter, non pas sous la pression de crises, mais à partir d’un regard lucide sur ses propres limites.

  • Ce que les PME sous-estiment de l’intelligence artificielle

    Ce que les PME sous-estiment de l’intelligence artificielle

    Les PME perçoivent souvent l’intelligence artificielle comme une technologie coûteuse, complexe ou inutile à leur échelle. Au delà de l’aide que ChatGPT et consorts peut leur apporter pour rédiger une publicité, ce serait le terrain de jeu des grandes entreprises. Ce n’est pas la technologie qui est mal comprise, c’est surtout ce qu’elle peut réellement apporter à leur petite organisation.

    Ce malentendu est compréhensible. Pendant longtemps, l’intelligence artificielle a été présentée comme une affaire de volumes massifs de données, d’équipes spécialisées et d’investissements lourds. Une promesse réservée à ceux qui pouvaient se permettre d’expérimenter à grande échelle, d’absorber les échecs et de recruter des profils rares. À l’échelle d’une PME, l’IA semblait soit disproportionnée, soit superflue.

    Ce que beaucoup de PME sous-estiment aujourd’hui, ce n’est pas la puissance brute de l’intelligence artificielle, mais son rôle comme amplificateur organisationnel. Les compétences ne sont pas remplacées par l’IA, elles sont étendues au delà des possibilités individuelles. L’IA ne crée pas seule votre stratégie, elle multiplie votre capacité d’exécution en réduisant le coût cognitif de chaque décision.

    Quoi faire de l’IA?

    L’utilisation première qu’on en est fait est la rédaction de textes. On pense aussi à la génération d’images, peut-être aussi à l’automatisation du service à la clientèle. Ces usages populaires cachent l’essentiel de la puissance de l’intelligence artificielle : le support à la réflexion stratégique.

    J’utilise personnellement l’intelligence artificielle quotidiennement; parfois de manière classique comme décrit plus haut, souvent comme un « sparring partner » intellectuel. J’expose mes idées pour commencer, dans le détail le plus fin et avec un maximum d’explications pour éviter le dérapage et les incompréhensions. Ensuite vient le véritable travail: clarification, structuration du raisonnement, exploration de scénarios multiples… Je lui demande souvent de se faire avocat du diable et de démolir autant que possible l’idée.

    Là où une PME se base sur la réflexion individuelle ou sur celle d’un groupe limité, l’IA devient un amplificateur des compétences en place. Ces entreprises n’ont pas de département complet dédiés à l’analyse stratégique ou à la planification, ces tâches reposant sur un nombre limité de personnes. L’intelligence artificielle ne peut pas seule remplacer ces rôles. Elle agit comme un assistant transversal capable de soutenir de multiples fonctions.

    Le renversement est important : dans une petite organisation l’IA peut avoir un impact bien plus grand que dans une grande entreprise. Elle réduit la charge mentale qui pèse sur un nombre limité de personnes clés.

    Si vous comprenez où se trouve la limite des capacités de votre organisation, vous voyez immédiatement où l’IA devient un levier stratégique et dépasse son statut de gadget techno.

    L’IA ne fera jamais

    Ne vous faites pas d’illusions : malgré sa grande puissance, l’IA reste profondément limitée.

    Elle ne décidera jamais à votre place, ne portera pas la responsabilité de vos choix. Qui paiera le prix politique d’une décision impopulaire, gérera pas les conséquences humaines d’un licenciement, et assumera les effets d’une stratégie ratée? Sûrement pas l’IA. Elle peut proposer, simuler, comparer. Mais le risque, lui, restera le vôtre.

    Elle ne peut pas comprendre votre entreprise comme vous la vivez. Zéro intuition du terrain, pas de mémoire incarnée, pas de sens du timing réel. Elle ne ressent pas les tensions internes, ne capte pas la dynamique d’une équipe, et ne sait pas quand un problème technique est en réalité un problème de confiance.

    Elle ne produira pas de vérité à partir de données floues. Si vos processus sont mal définis, si vos objectifs sont contradictoires, ou si l’information est incomplète, l’IA remplira les trous avec ce qui semble plausible. Le résultat peut être élégant, cohérent et faux.

    Sans culture de gestion l’IA ne peut rien. Sans chiffres fiables, sans discipline ni suivi vous n’obtiendrez pas de miracle parce que vous ajoutez de l’IA dans le mélange. Vous trouverez peut-être un peu de confort dans le meilleur des cas. Dans le pire les mauvaises décisions seront accélérées.

    Si vous n’êtes pas capable d’expliquer clairement une décision, l’intelligence artificielle ne la rendra pas meilleure.

    L’IA comme révélateur organisationnel

    Beaucoup de PME abordent l’intelligence artificielle comme un outil à ajouter : un logiciel de plus, une fonctionnalité de plus, un projet ponctuel. Cette approche rate l’essentiel.

    l’intelligence artificielle agit moins comme une solution que comme un révélateur. Elle met en lumière ce qui était déjà fragile : objectifs flous, responsabilités mal définies, processus implicites, décisions prises à l’instinct sans cadre formel.

    Quand une organisation peine à expliquer les fondements de ses orientations, ce qu’elle fait, comment elle le fait, pourquoi elle le fait et surtout comment elle le mesure, l’IA ne corrige rien. Ses réponses semblent vagues, ses recommandations forcément floues. Le sentiment que ça ne marche pas s’impose.

    L’échec n’est pas technologique, il est un diagnostique. Utiliser l’IA nous oblige à formuler ce qui était jusque là dans le domaine de l’intuition. Mettre une stratégie dans des mots clairs est, dans de nombreuses PME, le premier pas vers une gestion mature.

    Mettre l’IA à sa place

    Une PME ne devient pas une grande entreprise parce qu’elle utilise l’IA. Elle ne remplace pas l’expérience, le travail, le jugement et certainement pas la responsabilité. Elle rend simplement plus visibles et rapides des mécanismes déjà en place.

    Bien utilisée elle peut être un outil d’aide à la prise de décisions qui soulage, aide et structure la pensée. L’inverse ajoute une couche de complexité dans une organisation qui n’en a pas besoin.

    Dans une PME l’enjeu n’est pas technologique mais organisationnel. L’IA n’est pertinente que quand l’entreprise connait bien le pourquoi et le comment de ses activités. Elle cesse alors d’être un mythe et un gadget pour prendre la place de levier au service de l’entreprise.

  • Le biais de l’anti-biais

    Le biais de l’anti-biais

    Vous êtes assis avec un comité chargé d’une embauche importante; une décision qui aura un impact profond et durable dans votre organisation. On vous a formé à reconnaître vos biais cognitifs pour éviter toutes les situations de favoritisme. Assis avec vos collègues vous êtes bien décidé à ne pas tomber dans le bourbier des biais et vous faites des efforts considérables pour en éviter tous les pièges. Pourtant…

    Au moment où la discussion s’engage, quelque chose s’est déplacé. Le candidat le plus expérimenté, le plus cohérent avec les besoins de l’organisation, celui avec le parcours presque parfait est rejeté.

    Cette personne coche trop de cases, mais pas celles qu’on affiche officiellement. Elle correspond presque en tout point à ce qu’attend votre biais de similarité, celui que vous avez appris à combattre. Certains de faire la meilleure chose possible, vous choisissez alors un autre candidat.

    Le danger de la sur-correction

    Je suis un homme dans la quarantaine, conscient que, dans une telle situation, mon biais de similarité pourrait m’influencer et me guider dans la mauvaise direction. Je fais donc cet effort conscient pour l’éviter à tout prix.

    C’est précisément là que le problème commence.

    Car à force de vouloir neutraliser mon biais, je ne cherche plus à évaluer la compétence avec justesse, mais à éviter une faute morale perçue. La décision cesse d’être guidée par ce qui sert le mieux l’organisation ; elle est désormais orientée par ce qui réduit le plus sûrement le risque de reproche.

    Le biais n’est pas disparu, il a simplement changé de signe.

    En voulant être rationnel et objectif on peut facilement tomber dans la compensation grossière. La discrimination inconsciente est remplacée par la discrimination consciente, parce qu’elle est socialement acceptable.

    En cherchant à faire constamment l’inverse de son biais on n’arrive pas à l’objectivité, on adopte plutôt un biais systémique.

    Ce qu’en dit la recherche

    La psychologie cognitive et la science de la décision décrivent bien ce phénomène. Contrairement à l’idée répandue, prendre conscience d’un biais cognitif ne permet pas généralement de le corriger de manière fiable.

    Plusieurs travaux en psychologie soulignent le risque de la sur-correction. Philip Tetlock a montré que lorsque des décideurs savent que leurs décisions seront évaluées moralement ou socialement, ils ont tendance à ajuster leurs choix en fonction du risque de reproche plutôt qu’en fonction de la justesse. C’est une prise de décision défensive qui sert à protéger le preneur de décision.

    “Forecasters who see illusory correlations and assume that moral and cognitive weakness run together will fail when we need them most.”
    — Philip Tetlock, Superforecasting: The Art and Science of Prediction

    Lors d’une embauche, ce constat est lourd de conséquences. Lutter contre les biais devient une prise de position individuelle, une forme de posture morale supportée par le constat bien réel de l’existence des biais mais, exagérée par la volonté de bien faire.

    Quoi faire alors?

    Les décisions les plus robustes ne passent pas par la vigilance morale individuelle, ni même par celle des pairs. Ce sont les processus structurés construits à l’avance qui peuvent seuls sauver ces décisions.

    Des critères définis à l’avance, des grilles d’évaluation explicites et des comparaisons systématiques sont les outils nécessaires aux bonnes décisions.

    Les décideurs ne peuvent pas et n’ont pas à être parfaitement objectif. C’est le rôle des processus de décision de guider vers le meilleur choix. Le bon processus limite les angles morts. Au lieu de lutter chacun contre ses propres biais, au risque de les sur-corriger, le processus balise la route menant au meilleur choix possible.

  • Lire 10 minutes n’est pas une option

    Lire 10 minutes n’est pas une option

    À chaque début d’année scolaire, les enseignants du primaire convoquent les parents des élèves de leur classe. Vous avez été invité à ces rencontres si vous avez des enfants d’âge scolaire. On y apprend les particularités de fonctionnement de la classe comme la fréquence des devoirs et le temps d’études requis pour réussir.

    Presque chaque fois, l’enseignant-e insiste sur un point particulier qui est reçu par de nombreux parents comme une simple suggestion : votre enfant devrait lire au moins 10 minutes par jour, tous les jours. Chaque fois on insiste sur ce point comme clé de la réussite.

    Une qualité importante

    Être un bon lecteur n’est pas une qualité négligeable dans un contexte de réussite scolaire, c’est une qualité essentielle dans toutes les sphères d’étude. Si un enfant ne saisi pas bien l’énoncé d’une question en mathématiques ou en sciences, c’est une lacune de français qui est en cause, pas les maths ou la science. C’est de devenir un bon lecteur qui est la solution.

    Dans notre famille nous avons imposé, imposé oui, une demi-heure de lecture chaque soir avant le coucher. Ça n’a pas été tous les jours facile… trouver le bon genre a été un défi en soi. Il fallait que l’enfant y prenne du plaisir sans quoi cette demi-heure serait devenue une corvée. Mais avec persévérance c’est tout à fait possible d’y arriver.

    Le constat actuel

    Ma fille aînée est aujourd’hui étudiante au baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire et accepte à l’occasion de petits contrat de tutorat pour aider des jeunes en difficulté.

    Ce qu’elle constate, presque systématiquement, ce n’est pas un manque d’intelligence, ni même un manque de volonté. C’est une difficulté à lire efficacement. À comprendre une consigne. À suivre un raisonnement écrit jusqu’au bout.

    Le travail nécessaire

    Ces jeunes peuvent apprendre leurs tables, mémoriser des formules, refaire des exercices. Mais dès qu’une question devient un peu plus longue, un peu plus nuancée, tout s’effondre. Pas parce qu’ils ne savent pas faire des mathématiques, mais parce qu’ils ne comprennent pas exactement ce qu’on leur demande.

    Dix minutes de lecture par jour, ce n’est pas une activité culturelle optionnelle. Ce n’est pas un bonus pour les familles qui ont le temps ou l’envie. C’est un minimum vital. Comme dormir. Comme manger. Comme se brosser les dents.

    Lire, ce n’est pas seulement apprendre à décoder des mots. C’est apprendre à penser, à structurer sa compréhension du monde, à suivre une idée du début à la fin. C’est un muscle, et comme tous les muscles, il s’atrophie s’il n’est pas sollicité.

    Oui, ça demande de l’encadrement. Oui, parfois il faut imposer. Oui, il faut chercher les bons livres, accepter les bandes dessinées, les romans faciles, les séries. Peu importe le support : ce qui compte, c’est la régularité.

    Dix minutes par jour, tous les jours, pendant des années, ça change une trajectoire scolaire. Et souvent, ça change une trajectoire de vie.

  • La Bête, projet exploratoire

    La Bête est un projet d’application narrative interactive, amorcé comme une exploration créative autour du récit, du jeu et de l’expérience utilisateur.

    L’objectif initial était de concevoir une plateforme permettant de créer et de vivre des histoires interactives, où le lecteur devient acteur du récit. Le projet m’a permis d’expérimenter différentes idées liées à la structure narrative, à la progression, à la persistance des choix et à la conception d’outils de création.
    Le projet est actuellement inachevé et en pause. Il demeure toutefois un terrain d’expérimentation important, tant sur le plan technique que conceptuel, et a influencé ma façon d’aborder la conception d’applications plus concrètes et orientées métier.
    Certaines idées explorées dans La Bête trouvent aujourd’hui un écho plus pragmatique dans d’autres projets, notamment dans la manière de concevoir des interfaces simples, évolutives et centrées sur l’utilisateur.

    Pour essayer La Bête, rendez-vous sur le site (non sécurisé…), créez un compte et allez vers le bois. Le village n’est pas encore créé mais vous pourrez quand même tester le petit moteur de combat.

    http://la-bete.atwebpages.com/

    Aperçu du module de combat