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  • Le PCQ mise sur moins de règles pour l’agriculture

    Le PCQ mise sur moins de règles pour l’agriculture

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    Au moment où j’ai commencé à préparer cette analyse, la plateforme agricole du Parti conservateur du Québec n’était pas encore disponible. Il fallait donc reconstituer au mieux ses propositions à partir de sa plateforme générale, de ses annonces et de l’entrevue accordée par sa candidate Chantal Dauphinais à l’UPA de la Montérégie.

    Le PCQ a depuis mis en ligne un document agricole de neuf pages. Il permet de confirmer l’essentiel de cette reconstruction et surtout de mieux voir la logique qui relie ses engagements : moins de réglementation, davantage de latitude régionale et quelques interventions très ciblées.

    Le plan est court et ne comporte aucune enveloppe globale. Il contient néanmoins des propositions qui pourraient avoir des effets très concrets sur certaines fermes, particulièrement en matière de zonage agricole, de transformation et de production bovine.

    Un moratoire de quatre ans sur les nouvelles restrictions

    Le premier engagement du PCQ est aussi celui qui résume le mieux sa vision. Le parti promet de ne mettre en place aucune nouvelle réglementation restrictive en agriculture pendant quatre ans, de réduire la paperasse et d’effectuer une veille continue afin que le cadre québécois demeure compétitif par rapport aux provinces et États voisins.

    Le diagnostic ne surprendra pas beaucoup de producteurs. Les formulaires, les redditions de comptes et l’empilement des exigences prennent du temps sans toujours produire un résultat visible à la ferme. Le PCQ cite d’ailleurs un sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante selon lequel 90 % des agriculteurs interrogés estiment que la paperasse nuit à leur productivité et à leur croissance.

    La promesse demeure toutefois très large. Qu’est-ce qu’une réglementation « restrictive »? Une nouvelle règle environnementale, sanitaire ou liée au bien-être animal pourrait-elle être adoptée si elle devenait nécessaire? Et comment le gouvernement distinguerait-il une exigence réellement inutile d’une mesure qui protège les terres, l’eau, les animaux ou la confiance des consommateurs?

    L’allègement administratif est souhaitable. Un gel général de quatre ans demanderait cependant des critères beaucoup plus précis pour éviter qu’une bonne intention devienne une interdiction de corriger des problèmes imprévus.

    Réformer la protection du territoire agricole

    Le PCQ affirme vouloir maintenir la protection du territoire agricole, mais juge la loi actuelle trop rigide. Il propose de réformer la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles après consultation, de donner davantage de latitude aux MRC et de réduire les délais de traitement à la Commission de protection du territoire agricole du Québec.

    La proposition la plus concrète concerne le morcellement de terres qualifiées de non dynamiques afin de permettre de petits projets agricoles en circuit court. Le parti cite le projet Ferme 59 de la MRC de L’Érable comme exemple d’un cadre plus souple ayant favorisé l’établissement de nouvelles entreprises et de la relève.

    Il existe ici un véritable enjeu. Le prix et la taille des terres rendent parfois impossible le démarrage d’une petite production maraîchère, fruitière ou spécialisée. Permettre le morcellement dans certains secteurs peu propices à l’agriculture conventionnelle pourrait ouvrir la porte à des projets viables qui n’ont pas besoin de centaines d’hectares.

    La prudence s’impose néanmoins. Une terre dite non dynamique aujourd’hui peut avoir une valeur agricole demain, et la multiplication des lots peut aussi favoriser l’usage résidentiel, la spéculation et les conflits de voisinage. Tout dépendra de la définition retenue, des usages permis après le morcellement et de la capacité de conserver durablement la vocation agricole des parcelles.

    Réduire les délais de la CPTAQ serait certainement bien accueilli. Mais il faudra préciser si cela passe par davantage de ressources, des décisions simplifiées pour certains dossiers ou un transfert de pouvoirs vers les MRC. Ce ne sont pas les mêmes réformes et elles n’offrent pas les mêmes garanties.

    Requalifier des terres agricoles pour le logement

    Dans son plan sur le logement, le PCQ va plus loin que le morcellement de terres non dynamiques destiné à de nouveaux projets agricoles. Il promet aussi de permettre la « requalification des terres agricoles » afin d’accroître l’offre résidentielle.

    La formulation est importante, mais très peu détaillée. Le parti ne précise ni les terres qui pourraient être converties, ni les critères qui seraient appliqués, ni le nombre d’hectares visé. On ignore également s’il veut modifier la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles ou simplement accélérer certaines décisions de la CPTAQ.

    Cette promesse peut entrer en tension avec l’engagement de maintenir la protection du territoire agricole. Faciliter de petits projets agricoles sur des terres peu dynamiques et ouvrir des terres à la construction résidentielle sont deux objectifs très différents. Sans balises strictes, la deuxième mesure pourrait augmenter la spéculation foncière et réduire durablement les superficies cultivables.

    Faire de la transformation primaire un service essentiel

    Après les grèves et lock-out qui ont perturbé des abattoirs et des usines laitières, le PCQ veut faire de la transformation alimentaire primaire un service essentiel et imposer un service minimum.

    Pour les producteurs, le problème est bien réel. Les animaux continuent de manger, de produire du lait et d’atteindre leur poids d’abattage même lorsqu’une usine cesse ses activités. Une interruption prolongée peut entraîner du gaspillage, des problèmes de bien-être animal et des pertes qui se répercutent directement jusqu’à la ferme.

    Un service minimum pourrait réduire ce risque, mais il ne réglerait pas toutes les vulnérabilités. Lorsqu’un secteur dépend d’un très petit nombre de grands établissements, une panne, une fermeture ou un conflit suffit à bloquer toute une chaîne. La proposition gagnerait donc à être accompagnée d’une stratégie visant à augmenter la capacité de transformation régionale et le nombre de solutions de rechange offertes aux producteurs.

    Il faudra également définir ce qu’est la transformation « primaire », quels établissements seraient visés et quel niveau d’activité devrait être maintenu. Sans ces précisions, il est difficile de savoir si la mesure suffirait réellement à éviter l’engorgement dans les fermes.

    Une garantie de prêts pour relancer le bœuf québécois

    La mesure économique la plus détaillée du document concerne l’industrie bovine. Le PCQ propose de créer un programme inspiré de l’Ontario qui garantirait 25 % des prêts servant à acheter de jeunes bovins.

    L’objectif est de donner davantage de confiance aux prêteurs pendant la période où le producteur doit financer l’achat, l’alimentation et l’élevage des animaux avant leur vente. Le parti souligne que le cheptel de bouvillons du Québec a fortement diminué et que seulement 15 % du bœuf consommé dans la province y est produit.

    Contrairement à une subvention directe, une garantie ne nécessite pas nécessairement un décaissement si les prêts sont remboursés. Le PCQ présente donc la mesure comme un programme à coût presque nul, en s’appuyant sur l’expérience ontarienne.

    C’est une proposition ciblée et potentiellement efficace pour améliorer les liquidités. Elle ne fera toutefois pas disparaître les risques liés au prix des animaux, au coût des aliments, aux taux d’intérêt ou à l’accès aux abattoirs. Les critères d’admissibilité, le taux facturé, la responsabilité en cas de défaut et l’articulation avec l’ASRA devront être précisés.

    Donner aux régions le dernier mot sur les éoliennes

    Le PCQ propose de régionaliser les décisions entourant la construction d’éoliennes en territoire agricole. Les régions, les MRC et les municipalités pourraient décider sans devoir obtenir l’accord du gouvernement provincial, selon des pouvoirs qui seraient définis après un sommet du monde municipal et régional.

    L’idée répond aux profondes divisions que provoquent certains projets. Des producteurs souhaitent accueillir des éoliennes et obtenir des redevances, alors que d’autres refusent leurs impacts sur le paysage, les activités agricoles et le voisinage.

    Le pouvoir local pourrait rendre les décisions plus proches des citoyens concernés. Il faudra cependant clarifier quel palier aurait véritablement le dernier mot lorsqu’une municipalité, une MRC, les propriétaires et leurs voisins ne s’entendent pas. Les réseaux électriques et les objectifs énergétiques dépassent aussi les limites municipales, ce qui rend difficile une décentralisation complète.

    Un appui très bref à la gestion de l’offre

    Le document se termine par une déclaration claire, mais extrêmement courte : le PCQ se dit en faveur du maintien de la gestion de l’offre.

    Cet appui est important, surtout dans un contexte de tensions commerciales. Il reste néanmoins moins détaillé que les engagements de certains autres partis. Le document ne précise pas si le PCQ refuserait toute nouvelle concession dans un accord commercial, comment il défendrait le système auprès d’Ottawa ni quelle position il prendrait sur les compensations ou les importations qui contournent l’esprit des contingents.

    Le soutien est donc confirmé. Sa portée politique demeure à définir.

    Abolir le marché du carbone

    Le cadre financier du PCQ confirme par ailleurs que le parti veut sortir du marché du carbone dès le 1er novembre 2027. Il chiffre à 5,842 milliards de dollars sur cinq ans les dépenses qui seraient supprimées, dont 5,646 milliards provenant du Fonds d’électrification et de changements climatiques.

    Pour les producteurs, l’abolition ferait disparaître le coût du carbone intégré à certains carburants et intrants. Elle rendrait aussi inutile le mécanisme de remboursement que la CAQ promet de maintenir et que le PQ veut rendre permanent.

    L’autre côté de l’équation demeure inconnu. Le Fonds finance plusieurs mesures de transition et d’adaptation qui peuvent toucher les fermes. Le cadre financier ne précise pas quels programmes agroenvironnementaux seraient maintenus, remplacés ou abandonnés. Le gain immédiat sur les coûts doit donc être évalué avec la perte possible de programmes financés par ces revenus.

    Une plateforme cohérente, mais très partielle

    Le plan agricole du PCQ est cohérent avec l’orientation générale du parti. Il mise d’abord sur la réduction des contraintes plutôt que sur de nouvelles dépenses publiques. Ses propositions les plus originales sont la garantie de prêts pour les bovins, le service minimum en transformation alimentaire et la réforme du zonage pour faciliter certains petits projets.

    Cette brièveté laisse cependant de grands pans de l’agriculture sans réponse. Il est peu question du revenu agricole, de l’ASRA et des autres programmes de sécurité du revenu, de la relève et du transfert des fermes, de l’endettement, des risques climatiques, de la main-d’œuvre étrangère, de la recherche, de la santé des sols, de l’achat local ou de la réciprocité des normes imposées aux produits importés.

    L’absence d’enveloppe budgétaire rend aussi les comparaisons difficiles. Un programme de garantie peut coûter peu, mais accélérer les décisions à la CPTAQ, simplifier les programmes et maintenir une capacité de transformation pendant un conflit de travail exigent tout de même des ressources.

    Le PCQ présente donc moins un plan complet de développement agricole qu’une série de corrections ciblées au fonctionnement actuel. Certaines méritent une discussion sérieuse. Pour juger l’ensemble, il faudra maintenant savoir comment le parti comblerait les angles morts et jusqu’où irait sa volonté de déréglementer lorsque la protection du territoire, de l’environnement ou de la santé entre en jeu.

    Sources : plateforme Agriculture 2026 du Parti conservateur du Québec, page officielle de la plateforme électorale du PCQ et série Débat des champs de l’UPA de la Montérégie.

    Que proposent les autres partis pour l’agriculture?

    Retrouvez les différentes plateformes agricoles et comparez leurs engagements pour les fermes québécoises.

    Comparer les propositions agricoles

  • Cécidomyie du blé, tache goudronneuse et mildiou sous surveillance

    Cécidomyie du blé, tache goudronneuse et mildiou sous surveillance

    Trois signaux phytosanitaires méritent l’attention en ce début de semaine. La cécidomyie orangée du blé a été observée de façon inhabituelle dans des champs du Québec et de l’Ontario. Le Réseau d’avertissements phytosanitaires rapporte aussi de nouveaux cas de tache goudronneuse du maïs et un premier cas très probable de mildiou dans une culture de tomate en Montérégie-Ouest.

    Ces constats n’ont pas tous la même gravité. La tache goudronneuse apparaît assez tard pour ne généralement pas menacer le rendement cette année, tandis que le cas de mildiou n’est pas encore confirmé en laboratoire. Ils ont néanmoins une valeur immédiate pour le dépistage et la planification des prochaines interventions.

    La cécidomyie du blé apparaît dans des régions inhabituelles

    La cécidomyie orangée du blé, surtout associée aux Prairies, a été trouvée cette saison dans du blé d’automne du sud-centre, du centre et de l’est de l’Ontario, ainsi que dans des champs québécois. Selon Farmtario, le CÉROM a reçu des signalements provenant de différentes régions du Québec. L’étendue exacte du phénomène et les pertes éventuelles restent toutefois à mesurer.

    Les conditions de 2026 pourraient avoir favorisé l’insecte. Une couverture de neige prolongée sur un sol non gelé aurait protégé les larves durant l’hiver. Au printemps, les pluies et la coïncidence entre l’émergence des adultes, les nuits chaudes et la floraison du blé auraient ensuite créé une fenêtre favorable à la ponte.

    Les larves s’alimentent sur les grains en formation. Une attaque peut produire des épis partiellement vides, des grains ratatinés ou une mort prématurée de l’épi, avec des conséquences possibles sur le rendement et le classement. La prudence s’impose néanmoins : une détection ne signifie pas que tous les champs sont touchés ni que des pertes importantes ont déjà été établies au Québec.

    Le développement mérite d’être suivi parce que les moyens de lutte sont limités dans le blé d’automne de l’Est. Il n’existe pas de variété canadienne de blé d’automne résistante à la cécidomyie et le moment d’une intervention insecticide doit coïncider avec la présence des adultes. Les spécialistes souhaitent maintenant étendre le piégeage et la surveillance au Québec et dans le centre et l’est du Canada.

    Lire le compte rendu de Farmtario publié le 14 septembre.

    Huit signalements de tache goudronneuse du maïs en 2026

    Deux nouveaux cas de tache goudronneuse du maïs ont été confirmés la semaine dernière, l’un dans la MRC de Drummond et l’autre dans la MRC des Maskoutains. Cela porte à huit le nombre de cas signalés au RAP Grandes cultures au Québec cette année.

    Cette maladie fongique produit sur les feuilles des taches noires qui ressemblent à des éclaboussures de goudron et réduit la surface utile à la photosynthèse. Le moment de l’apparition change toutefois beaucoup le risque. Dans les cas actuels, les symptômes sont apparus tardivement et le RAP indique qu’ils ne devraient généralement pas réduire le rendement du maïs-grain ni justifier un traitement fongicide maintenant.

    Le dépistage demeure utile pour cartographier les champs atteints et préparer les prochaines saisons. Le RAP recommande notamment de surveiller les champs à partir de la sortie des panicules, d’intégrer la rotation avec une culture non hôte, de favoriser la dégradation des résidus infectés lorsque cette pratique convient à l’entreprise et de privilégier des hybrides tolérants. Les observations peuvent être transmises au CÉROM avec la municipalité, la date et des photos.

    Consulter l’avertissement du RAP Grandes cultures du 11 septembre.

    Un premier cas très probable de mildiou dans la tomate

    Un cas de mildiou a été jugé très probable dans une culture de tomate de la MRC du Haut-Saint-Laurent, en Montérégie-Ouest, le 11 septembre. Le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection du MAPAQ doit encore le confirmer. Des mesures de contrôle ont déjà été appliquées dans le champ concerné.

    Le signal est important pour les producteurs de tomates et de pommes de terre, car le même organisme, Phytophthora infestans, peut se propager rapidement lorsque le feuillage demeure mouillé, que l’humidité dépasse 90 % et que les températures restent modérées. Le RAP recommande un dépistage resserré, particulièrement dans les zones mal drainées, compactées ou moins aérées.

    Lorsqu’un foyer est découvert, les champs atteints doivent être visités en dernier, les outils et la machinerie doivent être nettoyés et les végétaux infectés doivent être détruits rapidement afin de limiter la propagation. Les producteurs voisins de pommes de terre, de tomates, de poivrons ou d’aubergines devraient aussi être avertis. Aucun fongicide ne peut éradiquer une infection déjà établie, mais une stratégie appropriée peut limiter la sporulation et la propagation.

    Lire l’alerte du RAP Solanacées du 11 septembre.

  • Bilan agricole : élections, lait et coût du crédit

    Bilan agricole : élections, lait et coût du crédit

    Trois dossiers ont surtout retenu mon attention cette semaine : les propositions agricoles des partis québécois, l’escalade commerciale qui touche directement le secteur laitier et le coût du crédit agricole. Trois sujets très différents, mais qui ont un point commun : ils peuvent tous influencer directement les décisions prises à la ferme.

    Les partis québécois détaillent leurs engagements agricoles

    La campagne électorale a franchi une étape importante cette semaine. Plusieurs partis sont passés des déclarations générales aux engagements chiffrés. Le Parti libéral du Québec a annoncé 560 M$ sur quatre ans, le Parti québécois un minimum de 450 M$ sur quatre ans, Québec solidaire 210 M$ supplémentaires par année au MAPAQ ainsi qu’un fonds climatique de 500 M$, tandis que la CAQ a présenté 56 M$ pour la relève et des mesures de simplification administrative.

    L’intérêt ne consiste toutefois pas simplement à comparer les montants. Ce qui compte réellement, c’est de savoir quelles mesures peuvent changer quelque chose pour les fermes : accès au financement, relève, protection des terres, achats locaux, soutien du revenu ou réduction de la paperasse.

    J’ai regroupé mes analyses dans la page consacrée aux propositions agricoles des partis aux élections québécoises de 2026, qui continuera d’être mise à jour à mesure que de nouveaux engagements seront annoncés.

    Voir l’annonce agricole du Parti libéral du Québec et celle du Parti québécois.

    Les tensions commerciales touchent directement le secteur laitier

    Les contre-tarifs canadiens sont entrés en vigueur le 8 septembre sur 27,6 G$ d’importations américaines, notamment des produits laitiers et certains équipements agricoles. Le même jour, les États-Unis ont annoncé que certains produits laitiers canadiens seront exclus du marché américain à compter du 29 septembre, tandis que d’autres demeurent frappés de droits supplémentaires.

    Le dossier est donc passé cette semaine des menaces et annonces politiques à des mesures concrètes qui touchent directement le commerce laitier et certains coûts d’équipement.

    Pour l’instant, je préfère toutefois rester prudent. J’ignore encore quelles seront les conséquences réelles de ces mesures sur notre production. Les annonces sont importantes, mais il faudra voir comment elles se traduiront concrètement pour les producteurs avant de tirer des conclusions.

    Consulter la liste fédérale des produits américains visés par les contre-tarifs et l’annonce américaine concernant certains produits laitiers canadiens.

    Le coût du crédit agricole reste sous pression

    Financement agricole Canada souligne que la hausse persistante des rendements obligataires peut limiter l’effet d’une politique monétaire plus accommodante. Pour les fermes, cela signifie que le coût réel du financement peut demeurer élevé même si le taux directeur n’augmente pas.

    C’est un enjeu très concret. Une variation de quelques points sur le coût du financement peut changer complètement la rentabilité d’une nouvelle étable, d’un robot, de l’achat d’une terre ou d’un refinancement important.

    La suite est difficile à prévoir. Dans un contexte où les tarifs imposés par le Canada et les États-Unis risquent eux-mêmes d’alimenter l’inflation, on pourrait normalement s’attendre à une pression haussière sur les taux. À l’inverse, la Banque du Canada pourrait aussi vouloir soutenir l’économie et favoriser l’investissement si l’activité ralentit. Entre inflation et besoin de stimuler l’économie, la direction que prendront réellement les coûts d’emprunt agricoles reste donc à suivre.

    Lire l’analyse de Financement agricole Canada sur les tarifs et les rendements obligataires.

    Ce qu’il faut retenir

    Cette semaine n’a pas été dominée par une seule grande nouvelle agricole, mais par trois sources d’incertitude qui peuvent peser sur les décisions des producteurs. Les partis proposent maintenant des mesures plus concrètes, mais il faudra encore juger leur portée réelle. La guerre commerciale commence à toucher directement le secteur laitier, sans qu’on sache encore jusqu’où iront les conséquences. Et le financement demeure coûteux au moment même où plusieurs fermes auraient besoin d’investir pour gagner en productivité.

    Autrement dit, les prochains mois risquent de demander autant de prudence dans les décisions financières que d’attention aux décisions politiques.

  • Le plan agricole de la CAQ : 56 M$ pour la relève et moins de paperasse

    Le plan agricole de la CAQ : 56 M$ pour la relève et moins de paperasse

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    L’Équipe Christine Fréchette a présenté un plan agricole de 56 millions de dollars centré sur la relève, le transfert des fermes, la gestion de l’offre et l’allègement réglementaire. La CAQ promet aussi de maintenir le remboursement de la contribution agricole à la bourse du carbone.

    Le montant paraît modeste lorsqu’on le compare aux centaines de millions annoncés par les autres partis. Cette comparaison doit cependant être faite avec prudence. La CAQ est le gouvernement sortant, certaines mesures existent déjà et plusieurs engagements ne sont pas comptabilisés de la même manière.

    Le plan comporte des mesures concrètes, particulièrement pour la relève. Il laisse néanmoins plusieurs questions sans réponse sur le revenu agricole, la protection des terres, la main-d’œuvre, la recherche et la répartition complète des sommes annoncées.

    Un plan de 56 M$, dont 50 M$ pour le FIRA

    Le plan agricole présenté par l’Équipe Fréchette prévoit 56 millions de dollars. La principale mesure financière consiste à faire passer de 50 à 100 millions la contribution gouvernementale au Fonds d’investissement pour la relève agricole, le FIRA.

    À elle seule, cette bonification représente 50 millions. La CAQ affirme qu’elle permettra de porter la capitalisation totale du fonds à au moins 150 millions de dollars afin d’offrir davantage de capital aux jeunes qui souhaitent démarrer, acquérir ou développer une entreprise agricole.

    Le communiqué ne ventile toutefois pas clairement les six millions restants. Il annonce une bonification du Programme services-conseils pour les transferts de fermes, sans préciser dans ce document le coût exact de cette mesure ni son échéancier.

    Le chiffre de 56 millions ne raconte donc qu’une partie de l’histoire. Le remboursement du carbone serait financé séparément, et certains engagements présentés devant l’UPA ne sont pas accompagnés d’un montant. Cela rend les comparaisons avec le PLQ, le PQ ou Québec solidaire difficiles. Les partis ne regroupent pas les mêmes dépenses dans leurs chiffres principaux.

    Un apport de capital plutôt qu’une subvention ordinaire

    Le FIRA n’est pas un simple programme de subventions. Il fournit du capital patient aux entreprises de la relève, notamment sous forme de capital-actions ou de prêts. L’argent peut ainsi soutenir plusieurs projets au fil du temps plutôt que disparaître après un seul versement.

    Cette approche répond à un problème réel. Une ferme peut posséder des actifs de grande valeur tout en disposant de liquidités limitées. La terre, les bâtiments, la machinerie et les quotas exigent énormément de capital, alors que les marges ne permettent pas toujours de financer un transfert avec les outils bancaires habituels.

    Doubler la contribution gouvernementale peut donc aider davantage de projets à franchir l’étape du financement. Il faudra toutefois connaître les conditions d’investissement, le coût du capital, les productions visées et la capacité du fonds à soutenir les transferts non apparentés.

    L’accès à plus de financement ne règle pas non plus à lui seul le prix élevé des actifs. Si l’offre de terres et de fermes demeure limitée, davantage de capital peut aussi contribuer à soutenir les prix. La mesure devra être accompagnée d’une véritable stratégie de transfert et de protection des terres.

    Accompagner 1 000 transferts par année

    La CAQ promet de bonifier les montants maximaux et le taux d’aide du Programme services-conseils pour mieux accompagner les cédants et la relève. Lors de sa rencontre avec l’UPA, Christine Fréchette a précisé vouloir accompagner 1 000 productrices et producteurs par année et faire passer de 5 000 à 7 500 dollars l’aide offerte pour un plan de transfert.

    C’est une mesure très concrète. Un transfert agricole n’est pas seulement une transaction financière. Il faut établir la valeur de l’entreprise, planifier la fiscalité, protéger la retraite des cédants, maintenir les liquidités de la ferme et organiser le passage des responsabilités.

    Un meilleur accompagnement peut éviter des erreurs coûteuses et permettre d’entamer les discussions assez tôt. La cible de 1 000 producteurs par année est également mesurable, ce qui permettra de vérifier si l’engagement est tenu.

    Il faudra toutefois s’assurer que les conseillers spécialisés sont disponibles partout au Québec. Augmenter le montant admissible ne sera utile que si les familles peuvent obtenir rapidement des services compétents et si les critères ne rendent pas le programme trop lourd à utiliser.

    Gestion de l’offre et guerre commerciale

    L’Équipe Fréchette s’engage à défendre intégralement la gestion de l’offre et à refuser toute nouvelle concession commerciale touchant le lait, la volaille et les œufs.

    Dans le contexte actuel de tensions avec les États-Unis, cette formulation est importante. Elle va plus loin qu’une déclaration générale de soutien au système. La CAQ promet explicitement de s’opposer à de nouveaux accès au marché canadien qui fragiliseraient les productions sous gestion de l’offre.

    Le gouvernement du Québec ne négocie toutefois pas directement les accords commerciaux internationaux. Son influence passe par ses représentations auprès d’Ottawa, ses relations avec les autres provinces et la pression politique qu’il peut exercer lorsque l’agriculture devient une monnaie d’échange.

    L’engagement devra donc être jugé sur la fermeté des interventions de Québec lorsque de véritables négociations auront lieu. Le soutien à la gestion de l’offre fait maintenant largement consensus parmi les principaux partis québécois. La différence se mesurera dans les actions.

    Maintenir le remboursement du carbone

    La CAQ promet de maintenir le remboursement de la contribution des producteurs agricoles à la bourse du carbone. Cette mesure vise à réduire la pression créée par le coût de l’énergie et à limiter son effet sur le prix des aliments.

    Il s’agit d’un engagement important pour les entreprises, mais ce n’est pas entièrement une nouvelle politique électorale. Le gouvernement de Christine Fréchette avait déjà annoncé en mai des sommes destinées à compenser le coût carbone assumé à la ferme. La promesse consiste maintenant à rendre ce mécanisme durable.

    Cette distinction compte. Un gouvernement sortant peut mettre en valeur ce qu’il a déjà commencé à faire, tandis que les partis d’opposition annoncent surtout ce qu’ils feraient une fois élus. Il faut donc comparer à la fois les nouvelles dépenses, les programmes existants et leur pérennité.

    Le financement proviendrait du Fonds d’électrification des transports. Il faudra préciser la formule de remboursement, les dépenses admissibles et la manière dont le montant évoluera avec le prix du carbone. Une compensation permanente doit suivre le coût réellement assumé par les fermes plutôt que demeurer figée.

    Moins de délais pour investir dans les fermes

    L’Équipe Fréchette veut simplifier le régime d’autorisation environnementale, revoir certains seuils et appliquer une règle du « un pour deux » en matière réglementaire. Devant l’UPA, la cheffe caquiste a aussi proposé de réserver les consultations du BAPE aux projets qui les justifient réellement.

    L’objectif est d’éviter que des démarches longues et coûteuses empêchent une ferme d’agrandir un bâtiment, de moderniser ses équipements ou d’améliorer sa productivité.

    Le problème existe. Les délais administratifs immobilisent du capital, font augmenter les coûts et peuvent rendre un projet impossible. Une règle inutile n’est pas seulement irritante. Elle peut empêcher une entreprise de s’adapter.

    La simplification devra cependant être beaucoup plus précise. Une règle du « un pour deux » mesure le nombre d’exigences retirées, pas nécessairement leur coût ni leur utilité. Deux petits formulaires supprimés ne compensent pas automatiquement une nouvelle obligation beaucoup plus lourde.

    Le meilleur allègement consiste à éliminer les dédoublements, harmoniser les demandes, accélérer les réponses et adapter les exigences au risque réel. Il est possible de maintenir des objectifs environnementaux rigoureux tout en réduisant la paperasse et l’incertitude.

    Des engagements supplémentaires présentés à l’UPA

    Le compte rendu de la rencontre des chefs à l’UPA ajoute plusieurs éléments qui ne sont pas développés dans le communiqué du 9 septembre.

    Christine Fréchette souhaite rapprocher de 2 % la part du budget québécois consacrée à l’agriculture, favoriser davantage l’achat local par l’État et soutenir la transformation alimentaire.

    Ces orientations pourraient élargir considérablement la portée du plan. Une cible budgétaire proche de 2 % représenterait un engagement majeur, mais aucun échéancier précis ni calcul complet n’accompagne encore cette proposition. Il faudra aussi distinguer le budget du MAPAQ des autres dépenses gouvernementales bénéficiant au secteur bioalimentaire.

    L’achat local dans les écoles, les hôpitaux et les autres institutions peut offrir des débouchés stables. La CAQ réaffirme une cible générale de 60 % d’achats québécois dans les marchés publics, mais cette cible couvre tous les biens et non uniquement les aliments. Une cible alimentaire distincte permettrait une comparaison plus directe avec le PQ et Québec solidaire, qui proposent 75 %.

    Le soutien à la transformation est également essentiel. Produire davantage au Québec ne suffit pas si les capacités d’abattage, de conditionnement, d’entreposage et de distribution ne suivent pas. Cet engagement reste pour l’instant une orientation plutôt qu’un programme détaillé.

    Achats publics : une cible de 60 %, mais pas pour les aliments seulement

    La CAQ réaffirme une cible de 60 % d’achats québécois dans les marchés publics. Cette cible est mesurable, mais elle concerne l’ensemble des biens acquis par les organismes publics, pas uniquement la nourriture. Elle ne permet donc pas de savoir quelle proportion des aliments servis dans les écoles, les hôpitaux et les CHSLD proviendrait réellement du Québec.

    Depuis le 7 septembre, le Centre d’acquisitions gouvernementales peut aussi accorder une marge préférentielle allant jusqu’à 15 % selon la valeur ajoutée québécoise ou canadienne, réserver certains appels d’offres aux entreprises établies ici et exiger que des biens soient produits ou transformés au Québec ou au Canada. Il s’agit d’une mesure gouvernementale déjà mise en vigueur dans le contexte de la guerre commerciale, et non d’une nouvelle dépense électorale.

    Ces outils peuvent favoriser les fournisseurs agroalimentaires locaux. Pour en mesurer l’effet réel, il faudra toutefois publier une cible propre aux aliments québécois ainsi que les volumes et la valeur des contrats accordés.

    De nouveaux débouchés pour les alcools québécois

    Le 12 septembre, l’Équipe Fréchette a ajouté une série de promesses pour les producteurs de vins, cidres, bières et spiritueux. Elle veut autoriser la vente de spiritueux agricoles et de bières artisanales dans les marchés publics, permettre le recours à des entreprises de livraison commerciales et faire adhérer le Québec à l’accord pancanadien permettant la vente et la livraison directes aux consommateurs des autres provinces.

    La CAQ promet également de multiplier les agences et les zones SAQ en épicerie et d’y réserver davantage de place aux produits québécois. Ces changements créeraient de nouveaux débouchés sans modifier la fiscalité ni la majoration de la SAQ.

    Ces engagements recoupent en partie ceux du PQ, qui propose aussi de libéraliser la vente directe, mais avec une différence importante : le PQ veut abolir les redevances versées à la SAQ sur les ventes directes, ce que la CAQ ne promet pas.

    Un plan concret, mais plus étroit que ceux des autres partis

    Le plan de l’Équipe Christine Fréchette possède une force évidente : plusieurs mesures sont précises et peuvent être évaluées. Le doublement de la contribution au FIRA, la cible de 1 000 producteurs accompagnés et la hausse de l’aide pour les plans de transfert offrent des résultats vérifiables.

    La CAQ peut également s’appuyer sur son expérience gouvernementale et sur des programmes déjà lancés. Cet avantage vient avec une responsabilité supplémentaire. Après plusieurs années au pouvoir, elle doit expliquer non seulement ce qu’elle promet, mais aussi pourquoi certains problèmes persistent et ce que ses nouvelles mesures changeront réellement.

    Le plan demeure plus étroit que ceux présentés par le PLQ, le PQ et Québec solidaire. Il aborde peu la protection du territoire agricole, les programmes de sécurité du revenu, l’endettement actuel, la main-d’œuvre étrangère, la recherche, l’adaptation climatique et la réciprocité des normes.

    Le montant de 56 millions semble aussi limité à première vue. Il faut toutefois éviter une comparaison trompeuse avec les grandes enveloppes des autres partis. Une contribution au capital du FIRA, le maintien d’un remboursement existant et une cible budgétaire encore non chiffrée ne se comparent pas directement à une hausse annuelle du budget du MAPAQ.

    L’Équipe Fréchette a donc présenté un véritable plan agricole, particulièrement solide sur la relève et les transferts. Pour devenir une politique agricole complète, il devra encore préciser ses engagements budgétaires et répondre aux autres grands enjeux qui déterminent la rentabilité et l’avenir des fermes québécoises.

    Sources : plan agricole de l’Équipe Christine Fréchette publié le 9 septembre 2026 et engagements présentés lors de la rencontre des chefs à l’UPA.

    Que proposent les autres partis pour l’agriculture?

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  • Le plan agricole du PQ : 450 M$ pour les terres, la relève et l’achat local

    Le plan agricole du PQ : 450 M$ pour les terres, la relève et l’achat local

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    Le Parti québécois vient de déposer l’un des plans agricoles les plus détaillés de la campagne. Le parti promet d’investir au moins 450 millions de dollars supplémentaires sur quatre ans et de faire passer progressivement de 0,9 % à 1,5 % la part du budget québécois consacrée à l’agriculture au cours des dix prochaines années.

    Le plan ne repose pas uniquement sur une enveloppe financière. Il touche la protection du territoire agricole, la relève, l’achat local, le revenu des entreprises et l’allègement réglementaire. Il contient plusieurs engagements précis, dont une cible de 75 % d’aliments québécois dans les institutions publiques, 10 millions pour la Fiducie agricole UPA-Fondaction et la mise en production acéricole de 50 000 nouveaux hectares en forêt publique.

    C’est assez de matière pour parler d’une véritable politique agricole. Comme toujours, les montants annoncés devront cependant être accompagnés de règles, d’échéanciers et de critères permettant de mesurer ce qui se rendra réellement dans les fermes.

    450 M$ supplémentaires et une cible budgétaire sur dix ans

    L’engagement financier principal du plan agricole du Parti québécois est d’ajouter un minimum de 450 millions de dollars sur quatre ans. Le PQ promet également de faire passer de 0,9 % à 1,5 % la part du budget consacrée à l’agriculture, mais cette progression s’échelonnerait sur dix ans.

    Le chiffre de 450 millions retient naturellement l’attention. Il représente en moyenne un peu plus de 112 millions par année pendant un premier mandat. Il faudra toutefois connaître la progression prévue chaque année et déterminer quelles sommes seraient véritablement nouvelles.

    Les annonces des partis ne peuvent pas être comparées simplement en plaçant leurs grands chiffres côte à côte. Certains parlent du budget du MAPAQ, d’autres de fonds particuliers, de dépenses sur quatre ans ou de cibles à plus long terme. Pour juger le plan du PQ, il faudra savoir quels programmes recevraient l’argent, quelle part serait versée directement aux entreprises et quelles dépenses actuelles seraient maintenues.

    Zéro perte nette de terres agricoles

    Le PQ veut réformer la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles et instaurer un principe de zéro perte nette de superficie agricole. Il affirme que les usages non agricoles ne seraient tolérés que s’ils n’entravent pas la pratique agricole, qui devrait conserver la préséance sur les activités commerciales et touristiques.

    Le principe est fort. Le territoire agricole subit une pression constante liée à l’urbanisation, aux infrastructures, à la spéculation et à la multiplication d’usages non agricoles. Une cible de zéro perte nette obligerait le gouvernement à rendre des comptes sur la superficie réellement protégée.

    Son efficacité dépendra cependant de la façon de mesurer les pertes. Remplacer une terre fertile située près des marchés par une superficie moins productive ailleurs ne constitue pas nécessairement une compensation équivalente. Il faudra tenir compte de la qualité des sols, de leur emplacement, de leur accessibilité et de la capacité réelle de les cultiver.

    Le parti promet aussi d’aider les producteurs dont les terres sont touchées par les changements climatiques et de retirer le Québec du projet de train à grande vitesse Alto, auquel il reproche de menacer des terres agricoles. Cette dernière mesure règle la position du PQ sur un projet précis, mais la protection du territoire devra s’appliquer avec la même rigueur à tous les grands projets.

    Relève agricole, transferts et accès aux actifs

    La relève occupe une place importante dans le plan. Le PQ propose d’accorder 10 millions de dollars à la Fiducie agricole UPA-Fondaction en 2027-2028, de financer davantage l’accompagnement des transferts et de réduire les barrières fiscales lors de la cession des terres.

    Il veut également encourager fiscalement la vente de fermes à de jeunes producteurs et offrir des prêts à long terme à des taux plus avantageux pour l’acquisition d’actifs agricoles.

    Ces propositions ciblent un problème fondamental. La valeur des terres, des bâtiments, des quotas et de la machinerie augmente souvent beaucoup plus rapidement que la capacité de remboursement d’une ferme. Même une entreprise rentable peut devenir presque impossible à transférer sans financement patient, mise de fonds importante ou sacrifice financier de la génération qui quitte.

    Les détails feront encore toute la différence. Il faudra connaître la durée des prêts, le taux offert, les garanties exigées, les productions admissibles et la place réservée aux transferts non apparentés. Les mesures fiscales devront aussi profiter à la fois au vendeur et à l’acheteur sans accélérer davantage la hausse du prix des terres.

    Le PQ veut par ailleurs mettre en production acéricole 50 000 nouveaux hectares d’érablière en forêt publique. Cette ouverture pourrait créer des possibilités pour la relève et soutenir le développement acéricole. Elle devra être coordonnée avec les mécanismes de mise en marché, les capacités de transformation, les autres usages de la forêt publique et le rythme auquel le marché peut absorber une production supplémentaire.

    Achat local et souveraineté alimentaire

    Le Parti québécois fixe une cible de 75 % d’approvisionnement québécois dans les institutions publiques. Les écoles, les hôpitaux, les CHSLD et les autres établissements de l’État représentent un marché considérable et relativement stable.

    Cette cible pourrait créer des débouchés durables pour les producteurs et les transformateurs d’ici. Pour devenir autre chose qu’un objectif politique, elle devra être accompagnée d’une définition claire du contenu québécois, d’indicateurs publics et de budgets permettant aux institutions de tenir compte de la provenance plutôt que du seul prix.

    Les obstacles sont aussi logistiques. Plusieurs fermes ne peuvent pas répondre seules à de grands appels d’offres ni livrer toute l’année les volumes demandés. Il faut des infrastructures de transformation, d’entreposage et de distribution capables de regrouper l’offre régionale.

    Le PQ propose également de mieux informer les consommateurs sur l’origine québécoise des aliments vendus en épicerie. Une identification plus claire peut aider l’achat local, mais elle doit être simple, vérifiable et assez précise pour distinguer un produit cultivé ou élevé ici d’un produit seulement emballé au Québec.

    Revenu agricole, carbone et coût du financement

    Pour améliorer le revenu des entreprises, le PQ veut rendre permanent et accessible à toutes les fermes le remboursement de la tarification du carbone. Il propose aussi d’ouvrir aux entreprises agricoles et agroalimentaires les programmes de financement du ministère de l’Économie et de l’Énergie.

    La Financière agricole serait mise davantage à contribution, notamment par ses garanties de prêt, afin de réduire les taux d’intérêt. Dans un secteur fortement capitalisé, quelques points de pourcentage sur un financement à long terme peuvent changer considérablement les liquidités disponibles.

    Le parti veut également lancer une réflexion avec les municipalités et le secteur agricole sur la taxation foncière. Il propose notamment d’interdire la taxation municipale des outils de mise en marché collective, comme le contingent acéricole.

    Ces engagements répondent à des coûts bien réels, mais ils ne constituent pas encore une politique complète du revenu agricole. Le plan donne peu de détails sur l’ASRA, Agri-stabilité, l’assurance récolte, l’endettement existant et l’adaptation des programmes aux différentes productions. Réduire certains coûts aidera les entreprises, mais la sécurité du revenu demeure un chantier distinct.

    Pour les producteurs forestiers, le PQ promet de faire respecter le principe de résidualité de la forêt publique afin de préserver la stabilité des marchés de la forêt privée. Cette mesure est plus sectorielle, mais elle touche directement le pouvoir de négociation et les débouchés de nombreux producteurs.

    Moins de réglementation, mais laquelle?

    Le dernier axe consiste à réduire le fardeau administratif et réglementaire des entreprises agricoles. Le message du PQ est simple : laisser davantage les producteurs travailler.

    L’intention sera bien accueillie dans un secteur où les formulaires, les autorisations, les normes environnementales, les exigences municipales et les redditions de comptes s’accumulent. Il faudra néanmoins préciser quelles règles seraient éliminées, simplifiées ou harmonisées.

    L’allègement réglementaire ne devrait pas signifier l’abandon des objectifs de salubrité, de protection de l’environnement ou de bien-être animal. Le véritable progrès consiste à retirer les dédoublements, à accélérer les décisions et à adapter les exigences au risque réel ainsi qu’à la taille des entreprises.

    100 M$ par année pour la sécurité alimentaire

    Quelques jours avant de présenter son plan agricole, le PQ avait aussi promis 100 millions de dollars supplémentaires par année pour l’aide et la sécurité alimentaire. Cette somme servirait notamment à étendre les services alimentaires à jusqu’à 100 000 élèves dans plus de 200 écoles, à rejoindre 200 services de garde supplémentaires et à accroître les achats des banques alimentaires et des popotes roulantes.

    Le parti affirme vouloir donner la priorité aux aliments québécois et lutter contre le gaspillage. Pour les fermes et les entreprises agroalimentaires, cette dépense pourrait donc créer des débouchés institutionnels et communautaires supplémentaires.

    Il faut cependant distinguer cette orientation d’une garantie d’achat. Aucune part précise des 100 millions n’est réservée aux produits québécois et aucun prix ni volume n’est promis aux producteurs. La portée agricole de la mesure dépendra des règles d’approvisionnement qui accompagneront le programme.

    Un plan agricole substantiel qui devra passer l’épreuve des détails

    Le Parti québécois couvre plusieurs des enjeux les plus pressants de l’agriculture québécoise. Il avance un montant important, propose une cible mesurable d’achat local et prend des engagements concrets sur les terres, la relève, le financement et la fiscalité.

    Des questions demeurent. On ignore encore la répartition annuelle des 450 millions, les programmes qui seraient bonifiés, la mécanique du zéro perte nette et les conditions des nouveaux outils financiers. La main-d’œuvre, la transformation régionale, la recherche agricole, la réciprocité des normes et les programmes de sécurité du revenu restent aussi peu développés.

    Le plan a néanmoins une qualité essentielle : il donne assez de chiffres et de propositions pour permettre un véritable débat. Le PQ place clairement l’agriculture parmi ses priorités électorales.

    Il reste maintenant à savoir combien d’argent nouveau atteindra directement les fermes, comment les engagements seront appliqués et quels résultats les producteurs pourront réellement mesurer après quatre ans.

    Sources : plan agricole présenté par le Parti québécois le 10 septembre 2026 et compte rendu des engagements présentés à l’UPA.

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  • Le plan agricole du PLQ : 560 M$ et une réforme de La Financière agricole

    Le plan agricole du PLQ : 560 M$ et une réforme de La Financière agricole

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    J’avais presque terminé un article intitulé « Le PLQ parle enfin d’agriculture. À peine. » Il ne sera jamais publié sous ce titre, et c’est tant mieux.

    Le Parti libéral du Québec l’a rendu caduc en présentant un véritable plan agricole. Pour une fois depuis le début de la campagne, il n’est plus nécessaire de chercher l’agriculture entre deux engagements économiques généraux. Elle fait l’objet d’une annonce complète, avec une somme importante et des propositions qui touchent plusieurs problèmes bien réels.

    Au cœur du plan, le PLQ promet de redistribuer 560 millions de dollars aux agriculteurs sur quatre ans, soit 140 millions par année. Le parti veut modifier la méthode de distribution de ce qu’il appelle le Fonds vert afin que l’argent provenant du secteur agricole lui soit retourné pour soutenir la production, l’investissement et le développement des entreprises.

    C’est évidemment le chiffre qui retient l’attention. À 140 millions par année, on ne parle plus d’une petite mesure périphérique. On parle d’une somme capable d’avoir un effet réel dans les fermes, à condition qu’elle soit bel et bien additionnelle et distribuée d’une manière utile.

    Un chiffre impressionnant, mais encore difficile à mesurer

    C’est ici que les détails deviennent importants.

    Le communiqué ne précise pas comment le PLQ arrive au montant de 560 millions, quelle part serait versée directement aux entreprises, quels programmes seraient financés ni comment l’argent serait réparti entre les productions. Il ne dit pas non plus clairement si ces 140 millions par année s’ajouteront aux sommes déjà consacrées au secteur agricole à même les revenus du marché du carbone.

    Le gouvernement de la CAQ a déjà confié 87 millions de dollars à La Financière agricole pour compenser le coût carbone assumé à la ferme, dont 41 millions versés en 2026-2027. Il affirme également que plus de 70 millions par année provenant du marché du carbone seront destinés au secteur agricole entre 2025 et 2030 pour rendre les fermes plus productives et plus résilientes.

    On ne peut donc pas simplement comparer les 140 millions annuels promis par le PLQ aux 41 millions versés cette année par la CAQ. Il faut savoir ce que le plan libéral remplacerait, ce qu’il conserverait et ce qu’il ajouterait réellement.

    Ce n’est pas une objection secondaire. Entre une nouvelle aide annuelle de 140 millions et une nouvelle façon de répartir des sommes dont une partie revient déjà à l’agriculture, la différence est considérable.

    Bien davantage qu’un remboursement du carbone

    Le reste du plan mérite toutefois qu’on s’y attarde. Le PLQ propose de réformer La Financière agricole pour en faire un véritable partenaire de développement des entreprises et des régions.

    L’expression est intéressante. Trop souvent, nos programmes servent à réparer les dégâts après une mauvaise année ou à faire entrer toutes les fermes dans les mêmes cases. Une Financière agricole davantage tournée vers le développement pourrait aider des entreprises viables à investir, à traverser une période de croissance ou à réaliser un transfert. Il faudra évidemment voir ce que cette réforme changerait concrètement dans les programmes, les critères et la tolérance au risque.

    La relève occupe aussi une place importante dans le plan. Chaque nouveau programme agricole devrait comprendre un volet qui lui est consacré. Le PLQ promet des solutions de financement plus souples pour l’établissement et les investissements à long terme, ainsi qu’une simplification des règles fiscales et administratives lors des transferts familiaux ou non apparentés.

    Encore ici, les intentions sont bonnes. Le problème de la relève n’est pas un manque de jeunes passionnés. C’est la difficulté presque absurde de financer l’achat d’entreprises dont la valeur des actifs est énorme, mais dont les marges sont souvent trop minces. Des mots comme « agile » et « flexible » devront donc finir par prendre la forme de taux, de durées de prêts, de garanties et de critères précis.

    De la ferme jusqu’à l’assiette

    Le plan ne s’arrête pas à la production. Le PLQ veut créer des pôles logistiques régionaux pour partager l’entreposage, le conditionnement, le transport et la distribution. Il veut aussi accroître la présence des aliments québécois dans les institutions publiques et financer des initiatives de coupons nourriciers utilisables dans les circuits courts.

    Ces mesures pourraient surtout aider les petites entreprises et les producteurs qui vendent directement ou qui peinent à atteindre seuls les marchés institutionnels. Produire localement ne suffit pas. Il faut encore pouvoir regrouper les volumes, transformer les produits et les livrer à un coût raisonnable.

    Le financement stable, récurrent et pluriannuel promis aux organismes de travail de rang est probablement l’engagement le moins spectaculaire du plan, mais l’un des plus faciles à saluer sans réserve. La détresse psychologique ne suit pas le calendrier des programmes gouvernementaux. Les personnes qui interviennent auprès des producteurs ne devraient pas devoir se demander chaque année si leur financement sera renouvelé.

    Enfin, un chantier de simplification réglementaire est annoncé pour le secteur agroalimentaire, avec la promesse de réduire les délais et les obstacles inutiles sans diminuer les normes de salubrité et de sécurité alimentaire. Tout le monde promet de réduire la paperasse. La véritable mesure du sérieux de cet engagement sera la liste des règles que le PLQ voudra modifier.

    Une marge de 15 % et des paiements en 30 jours

    Le plan agricole doit aussi être lu avec deux engagements économiques plus généraux du PLQ. Le parti veut généraliser une marge préférentielle de 15 % dans les appels d’offres publics afin de favoriser les fournisseurs québécois, puis obliger le gouvernement à payer ses fournisseurs dans un délai maximal de 30 jours.

    Dans les écoles, les hôpitaux et les CHSLD, la marge de 15 % pourrait aider des producteurs et des transformateurs d’ici à concurrencer des aliments importés moins chers. Elle ne garantit toutefois aucun volume d’achat québécois et son efficacité dépendra de la façon dont seront évalués les distributeurs offrant à la fois des produits locaux et importés.

    La promesse est aussi moins nouvelle qu’elle ne l’était au moment de son annonce. Depuis le 7 septembre, le Centre d’acquisitions gouvernementales peut déjà accorder une marge préférentielle allant jusqu’à 15 % selon la valeur ajoutée québécoise ou canadienne, réserver certains appels d’offres aux entreprises établies ici et exiger que des biens soient produits ou transformés au Québec ou au Canada. Le PLQ devra donc expliquer en quoi sa généralisation irait plus loin que les pouvoirs maintenant accordés par le gouvernement caquiste.

    Le paiement en 30 jours n’est pas propre à l’agriculture, mais il répond à un problème concret. Une petite entreprise agroalimentaire ne devrait pas devoir financer les délais administratifs de son propre gouvernement pendant qu’elle paie ses employés, ses intrants et son transport.

    Une vraie politique agricole, encore incomplète

    Il reste des absents importants. Cette annonce ne dit rien de précis sur l’ASRA, l’endettement, la protection du territoire agricole, la réciprocité des normes, la main-d’œuvre, la gestion de l’offre ou la mise en marché collective. Il faudra voir si d’autres engagements viendront compléter le plan au cours de la campagne.

    Mais il faut reconnaître le changement. Le PLQ ne se contente plus de promettre davantage d’aliments québécois dans les institutions. Il met maintenant sur la table une somme chiffrée, une réforme de La Financière agricole, des mesures pour la relève et les transferts, un soutien durable aux travailleurs de rang et des outils pour créer des débouchés régionaux.

    Au début de la campagne, je m’apprêtais à lui reprocher de parler à peine d’agriculture. Le parti a depuis présenté l’une des annonces agricoles les plus substantielles de la campagne.

    Le premier pas est fait. Il reste maintenant à répondre à la question qui déterminera la valeur réelle de tout le plan : sur les 560 millions promis, combien constituera véritablement de l’argent nouveau pour les fermes, et comment cet argent se rendra-t-il jusqu’à elles?

    Sources : Plan agricole du Parti libéral du Québec et mesures de la CAQ sur le coût carbone et la relève.

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  • Québec solidaire met 210 M$ par année sur la table pour l’agriculture

    Québec solidaire met 210 M$ par année sur la table pour l’agriculture

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    Québec solidaire vient de déposer une série d’engagements agricoles qu’on ne peut pas réduire à une simple promesse électorale lancée en passant. Le parti propose d’ajouter 210 millions de dollars par année au budget du MAPAQ, de consacrer 100 millions à des prêts de très longue durée pour la relève et de créer un fonds d’urgence climatique de 500 millions.

    À cela s’ajoutent une cible de 75 % d’achats locaux dans les institutions publiques, la protection de la gestion de l’offre, des mesures contre la spéculation foncière et plusieurs propositions touchant la distribution alimentaire.

    Je ne partage pas nécessairement toutes les solutions mises de l’avant par Québec solidaire. Il faut toutefois reconnaître que le parti place ici l’agriculture au cœur de sa campagne et présente des propositions assez précises pour qu’on puisse enfin les analyser sérieusement.

    210 M$ de plus chaque année pour le MAPAQ

    L’engagement principal consiste à bonifier de 210 millions de dollars par année le budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Contrairement à une enveloppe temporaire, cette somme serait récurrente.

    C’est une annonce substantielle. Une augmentation de cette ampleur pourrait donner de véritables moyens supplémentaires aux programmes agricoles, mais Québec solidaire n’a pas encore expliqué comment l’argent serait réparti. On ignore quelle part irait à la sécurité du revenu, à la relève, à l’adaptation climatique, à la modernisation des fermes, à la transformation ou aux pêches.

    Il faudra également préciser si le fonds d’urgence climatique de 500 millions et le projet de 100 millions pour la relève s’ajouteraient entièrement à cette hausse annuelle. Sans cette distinction, il est impossible d’établir le coût total du plan ou de savoir combien d’argent nouveau se rendrait directement dans les entreprises.

    Gestion de l’offre, achat local et protection des marchés

    Québec solidaire s’engage à protéger la gestion de l’offre et les filières agricoles québécoises lors des négociations commerciales. Dans le contexte des tensions avec les États-Unis, cet engagement est important. Il demeure toutefois assez général et devra se traduire par des positions fermes lorsque des concessions agricoles seront demandées en échange d’un accord plus large.

    Le parti veut aussi que les institutions publiques atteignent une cible de 75 % d’achats locaux. Les écoles, les hôpitaux et les autres établissements financés par Québec représentent un marché considérable. Une cible élevée pourrait offrir des débouchés plus stables aux producteurs et aux transformateurs d’ici.

    Encore faut-il définir ce qui sera considéré comme local, adapter les appels d’offres, mesurer publiquement les résultats et donner aux établissements les budgets nécessaires. Il faut également disposer d’assez d’infrastructures de transformation, d’entreposage et de distribution pour relier les fermes aux cuisines institutionnelles.

    La plateforme propose par ailleurs un programme universel de dîners gratuits dans les écoles, fondé sur des aliments sains issus de l’agriculture locale. Cette mesure commencerait au primaire avant d’être étendue au secondaire. Elle pourrait créer un autre débouché important, mais son coût, son calendrier et son fonctionnement ne sont pas encore détaillés.

    Des épiceries publiques et davantage de circuits courts

    Québec solidaire veut lancer un projet pilote menant à un réseau national d’épiceries publiques à but non lucratif. Ces établissements agiraient comme grossistes alimentaires, offriraient des produits à prix réduit et accorderaient la priorité aux aliments locaux. Le parti souhaite aussi consolider les petites épiceries dans les localités considérées comme des déserts alimentaires.

    Le projet s’accompagne d’une volonté de plafonner les marges bénéficiaires des grandes chaînes, de combattre les fausses promotions, la réduflation et les hausses de prix jugées abusives, puis de tenir une commission d’enquête sur leurs pratiques.

    La concurrence dans le secteur de l’épicerie mérite certainement d’être renforcée. Pour les producteurs, le résultat dépendra cependant des conditions d’achat. Faire baisser le prix payé par le consommateur ne doit pas simplement déplacer la pression vers les fermes et les transformateurs. Un nouvel acheteur public pourrait être utile s’il augmente réellement le nombre de débouchés et rémunère correctement ses fournisseurs.

    Le parti promet également d’encourager les circuits courts, les marchés publics ainsi que les réseaux locaux et régionaux de distribution. Il veut faciliter la vente directe des produits agricoles et marins à la population et lutter contre le gaspillage alimentaire.

    100 M$ et des prêts sur 40 ans pour la relève

    Pour améliorer l’accès aux terres, Québec solidaire propose d’investir 100 millions de dollars en capital patient. Les prêts seraient offerts à taux fixe et pourraient s’échelonner sur 40 ans.

    Une aussi longue période de remboursement réduirait les versements annuels et pourrait rendre certains transferts plus réalistes. La proposition répond directement à l’un des problèmes les plus difficiles en agriculture : la valeur élevée des actifs comparativement aux revenus que les fermes peuvent en tirer.

    Le taux offert, la mise de fonds, les garanties demandées, les critères d’admissibilité et le traitement des transferts non apparentés restent toutefois inconnus. Il faudra aussi éviter que l’accès à davantage de crédit contribue involontairement à faire monter le prix des terres.

    Le parti veut parallèlement protéger le territoire agricole contre la spéculation et interdire les acquisitions spéculatives par des investisseurs privés et des fonds d’investissement. La plateforme évoque aussi des modèles de gestion partagée pour alléger le fardeau financier de la relève, sans expliquer encore quelle forme ils prendraient.

    Un fonds climatique de 500 M$ et une modernisation plus verte

    Québec solidaire propose un fonds d’urgence de 500 millions de dollars pour soutenir les producteurs frappés par des événements climatiques extrêmes. Après les sécheresses, les excès d’eau et les épisodes météorologiques violents des dernières années, le besoin d’intervenir rapidement est réel.

    Le parti devra préciser les critères de déclenchement, la forme des paiements et la relation entre ce nouveau fonds, l’assurance récolte, Agri-stabilité et les programmes spéciaux existants. On ne sait pas non plus si l’enveloppe serait renouvelable une fois utilisée.

    À plus long terme, Québec solidaire promet d’aider les fermes à adopter des pratiques plus durables et à moderniser leurs installations pour respecter les normes internationales en matière d’environnement et de bien-être animal. Il souhaite aussi faciliter l’augmentation des cultures en serre.

    L’aide à la transition est essentielle lorsque la société demande aux producteurs de changer leurs pratiques. Les normes internationales auxquelles le parti fait référence devront cependant être définies. Les producteurs doivent savoir quels investissements seraient exigés, quelles dépenses seraient admissibles et quelle proportion des coûts serait assumée par l’État.

    Un plan agricole substantiel, mais encore incomplet

    Les engagements annoncés couvrent le financement du MAPAQ, la relève, les terres, le climat, l’achat local, la distribution alimentaire, la gestion de l’offre et la modernisation des fermes. Québec solidaire présente donc une vision beaucoup plus large que ne le laissait croire sa plateforme électorale, dont plusieurs engagements agricoles demeuraient formulés en termes généraux.

    Des absents importants subsistent. Le parti donne encore peu de détails sur l’ASRA, l’endettement actuel des fermes, la main-d’œuvre, la fiscalité des transferts, la réciprocité des normes, la transformation régionale et l’allègement réglementaire. Même ses propositions chiffrées devront être accompagnées de critères et d’échéanciers.

    Reste que Québec solidaire vient de mettre l’agriculture au centre d’une annonce majeure. Les sommes avancées sont importantes, les problèmes ciblés sont réels et plusieurs propositions méritent une discussion sérieuse.

    Le défi est maintenant de passer des grands montants aux mécanismes concrets. Une hausse de 210 millions de dollars par année peut changer beaucoup de choses. Tout dépendra de la manière dont cet argent atteindra les fermes et de ce qu’on leur demandera en retour.

    Sources : plateforme électorale 2026 de Québec solidaire, engagements présentés lors du passage des chefs à l’UPA et compte rendu de l’annonce agricole.

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  • Washington frappe le lactosérum et le fromage, mais le Canada reste gagnant

    Washington frappe le lactosérum et le fromage, mais le Canada reste gagnant

    La riposte américaine aux contre-tarifs canadiens touche maintenant directement le commerce laitier. Le président Donald Trump a signé le 8 septembre une nouvelle proclamation qui interdira l’entrée aux États-Unis de plusieurs produits canadiens à compter du 29 septembre, tout en élargissant dès le 15 septembre la liste des produits soumis à des droits de 50 %.

    Le lactosérum est interdit, mais pas tous les produits laitiers

    La Maison-Blanche présente sa décision comme une interdiction visant certains produits laitiers canadiens. L’annexe officielle permet toutefois d’en mesurer précisément la portée : elle énumère différentes formes de lactosérum, dont les concentrés de protéines, le lactosérum modifié, liquide ou séché. Elle ajoute certaines mélasses et la bière sans alcool, qui ne sont pas des produits laitiers.

    Le lait liquide, le beurre et le yogourt ne figurent pas dans cette annexe. Il serait donc exagéré de parler d’une fermeture complète du marché américain aux produits laitiers canadiens. Pour les produits énumérés, en revanche, il ne s’agit plus simplement d’un tarif rendant les ventes moins compétitives : les importations seront interdites à partir du 29 septembre. Les marchandises déjà importées, mais pas encore dédouanées à cette date, resteront soumises au droit de 50 % précédent.

    Les fromages canadiens restent admis, mais à un coût prohibitif

    La nouvelle décision américaine modifie aussi la portée des droits annoncés en juillet. Plusieurs fromages canadiens sont ajoutés à la liste des produits frappés d’un tarif de 50 % à compter du 15 septembre. Ils ne sont pas interdits, mais un droit de cette ampleur peut suffire à éliminer une grande partie de leur compétitivité sur le marché américain.

    Washington justifie ces mesures par le maintien du système canadien d’attribution des contingents tarifaires sur les produits laitiers américains. La proclamation invoque l’article 338 de la Tariff Act of 1930, une disposition qui permet au président d’imposer jusqu’à 50 % de droits et, dans certaines circonstances, d’exclure complètement des produits d’un pays accusé de discrimination commerciale.

    Les États-Unis avaient beaucoup plus à perdre

    L’annonce est survenue le jour même où les contre-tarifs canadiens sont entrés en vigueur sur des produits américains, notamment plusieurs fromages et catégories de lactosérum. Le premier ministre Mark Carney affirme que le Canada doit accélérer ses investissements et la diversification de ses marchés, tout en reconnaissant que cette transition entraînera des coûts à court terme.

    Le rapport de force laitier demeure toutefois très asymétrique. En 2025, les États-Unis ont exporté environ 1,3 milliard de dollars de produits laitiers vers le Canada, alors qu’ils en ont importé pour environ 433 millions de dollars en provenance du Canada. Les mesures canadiennes menacent donc un courant commercial américain près de trois fois plus important.

    Cela ne rend pas la décision américaine inoffensive. Certains transformateurs canadiens spécialisés dans le lactosérum ou les fromages d’exportation peuvent subir des pertes importantes. À l’échelle de l’ensemble du commerce laitier bilatéral, cependant, les États-Unis avaient davantage de ventes à perdre.

    Mon point de vue : Oh non… J’ai de la grosse peine… Franchement, ces mesures touchent peu de choses. Les États-Unis exportaient beaucoup plus de produits laitiers chez nous que nous en exportions chez eux. Sur le seul volet laitier de ce conflit commercial, le Canada reste donc gagnant.

    Sources : proclamation de la Maison-Blanche, annexe officielle des produits interdits, Reuters et Université du Wisconsin.

  • Fromage, miel et machinerie : les contre-tarifs frappent l’agriculture

    Fromage, miel et machinerie : les contre-tarifs frappent l’agriculture

    Les contre-tarifs canadiens annoncés en août sont entrés en vigueur le 8 septembre à 0 h 01. Pour le secteur agricole, l’enjeu n’est plus seulement diplomatique : la liste définitive impose maintenant de nouveaux droits sur des aliments américains et sur certains équipements utilisés dans les fermes.

    Fromages, lactosérum et miel directement visés

    Le Canada applique des droits de 15 %, 25 % ou 50 % sur 27,6 milliards de dollars d’importations américaines. Dans l’agroalimentaire, la plupart des fromages américains inscrits à la liste, dont le cheddar, la mozzarella, le brie, le gouda et le parmesan, sont frappés d’un droit de 25 %. Plusieurs catégories de lactosérum et d’autres constituants naturels du lait sont taxées à 50 %, tout comme le miel naturel.

    Ces mesures répondent dollar pour dollar aux tarifs américains entrés en vigueur le 22 août. Elles peuvent donner un avantage relatif aux produits canadiens sur leur propre marché, mais leur effet dépendra des volumes réellement importés et de la capacité des acheteurs à changer de fournisseur. Elles risquent aussi d’augmenter le prix de certains ingrédients pour les transformateurs qui dépendent de produits américains précis.

    Une liste de machinerie plus ciblée que le terme « équipement agricole »

    La liste officielle ne taxe pas indistinctement tous les tracteurs et toutes les moissonneuses-batteuses. Elle vise notamment certaines faucheuses et barres de coupe montées sur tracteur à 15 %, des pièces de machines de récolte à 15 %, ainsi que des remorques agricoles et de transport du bétail à 25 %. Des équipements de manutention, des pompes, des compresseurs et certaines pièces peuvent aussi être touchés selon leur classement tarifaire.

    Pour une ferme qui prépare un achat, le pays d’origine et le code tarifaire deviennent donc déterminants. Un appareil vendu par une marque américaine n’est pas nécessairement assujetti s’il a été fabriqué ailleurs, tandis qu’une pièce provenant des États-Unis peut l’être même si elle entre dans une réparation urgente. Le coût réel apparaîtra surtout dans les soumissions des concessionnaires et des fournisseurs.

    Pour replacer cette entrée en vigueur dans son contexte, voir aussi l’analyse de l’annonce initiale et de ses conséquences possibles pour le lait canadien.

    Une riposte qui comporte aussi un coût canadien

    Le gouvernement cherche à exercer une pression politique sur les États-Unis, mais une partie de cette pression passe d’abord par les importateurs et les acheteurs canadiens. Dans les fermes, cela peut accélérer le report d’investissements, le recours à l’équipement usagé ou la recherche de fournisseurs non américains.

    L’entrée en vigueur constitue un développement concret par rapport aux annonces d’août. La prochaine donnée importante sera moins le taux affiché que la réaction des prix, des concessionnaires et des transformateurs au cours des prochaines semaines.

    Mon point de vue : Comme producteur laitier, je suis heureux de savoir que nos produits pourraient maintenant occuper une plus grande place sur le marché canadien. Je crains toutefois que les consommateurs doivent en payer le prix. Avec des droits de 25 % sur plusieurs fromages américains et de 50 % sur certains produits de lactosérum, le risque d’une augmentation des prix est très réel.

    Sources : liste officielle du ministère des Finances du Canada, Reuters et Wisconsin Public Radio.

  • Bilan agricole : élevage, canola et pression sur les marchés

    Bilan agricole : élevage, canola et pression sur les marchés

    Les chiffres agricoles de la semaine sont plutôt bons à première vue. Pourtant, en les regardant de plus près, trois dossiers racontent une histoire beaucoup plus nuancée : les bonnes nouvelles ne profitent pas également à toutes les productions et, en agriculture, produire davantage ne garantit jamais de gagner davantage.

    Élevage et grandes cultures ne vivent pas la même année

    Les recettes monétaires agricoles canadiennes ont progressé de 4,2 % au premier semestre de 2026. Au Québec, la hausse a été de 3,0 %. Mais le chiffre national cache des réalités très différentes selon les secteurs. Les recettes du bétail ont augmenté de 8,7 %, alors que les producteurs de grandes cultures continuent de composer avec des intrants coûteux et des marges plus serrées.

    Avec le recul, ce contraste ne m’étonne pas vraiment. Les prix du bœuf sont élevés, alors que du côté des grains, les intrants restent chers et viennent réduire les marges de profit. Une hausse des recettes agricoles dans leur ensemble ne signifie donc pas nécessairement que toutes les fermes ont davantage d’argent dans leurs poches.

    Nous avions d’ailleurs vu plus tôt cette semaine que les marges du maïs et du soya demeurent sous pression au Québec.

    Consulter les données de Statistique Canada sur les recettes monétaires agricoles

    Le canola montre concrètement l’intérêt de diversifier nos marchés

    La statistique la plus encourageante de la semaine vient peut-être du commerce extérieur. Les exportations canadiennes de canola ont bondi de 43,2 % en juillet. Sur les sept premiers mois de 2026, elles dépassent de 32,2 % celles de la même période en 2025. La hausse des expéditions vers la Chine, le Pakistan et le Japon explique une bonne partie de cette progression.

    Le chiffre est d’autant plus intéressant que les exportations canadiennes vers les pays autres que les États-Unis ont atteint un niveau record en juillet. La diversification commerciale dont on parle depuis des mois commence donc à produire des résultats qu’on peut mesurer.

    J’en suis heureux. Diversifier les marchés canadiens réduit notre dépendance envers les États-Unis et nous renforce globalement en nous mettant un peu plus à l’abri des folies du gouvernement Trump. Aucun nouveau marché ne remplacera à lui seul notre voisin américain, mais multiplier les débouchés nous donne davantage de marge de manœuvre.

    J’avais consacré une analyse aux exportations de canola lorsque les données sont sorties jeudi.

    Consulter les données de Statistique Canada sur le commerce international

    Ail et tomates : le piège de l’abondance

    Deux nouvelles maraîchères québécoises ont illustré cette semaine un problème économique vieux comme le commerce. L’ail québécois a réussi à gagner des parts de marché face aux produits importés, mais l’augmentation de la production entraîne maintenant une concurrence difficile entre producteurs. Du côté des tomates, une récolte généreuse oblige les fermes à écouler rapidement de gros volumes.

    C’est la même chose dans pratiquement n’importe quel domaine. Lorsqu’un produit gagne en popularité et en valeur, de nouveaux producteurs veulent profiter de la manne. L’offre augmente et finit malheureusement par exercer une pression à la baisse sur les prix.

    Avec une denrée périssable, le problème est encore plus brutal et largement incontournable. Un fabricant peut parfois ralentir sa production ou conserver son inventaire. Un producteur maraîcher n’a pas ce luxe. Une fois la récolte prête, il faut la vendre.

    Lire le reportage de La Terre de chez nous sur l’ail québécois et celui sur l’abondante récolte de tomates.

    Ce qu’il faut retenir

    Cette semaine rappelle surtout qu’il faut se méfier des chiffres pris isolément. Les recettes agricoles augmentent, mais pas également partout. Les exportations de canola progressent fortement, ce qui confirme l’intérêt de multiplier nos débouchés. Et au Québec, l’ail et les tomates montrent l’autre côté de l’équation : lorsqu’une production fonctionne trop bien sans que le marché grandisse au même rythme, le succès peut lui-même faire pression sur les prix.

    Au bout du compte, produire reste seulement une partie du travail. Il faut aussi pouvoir acheter nos intrants à un coût raisonnable et, surtout, trouver un marché capable d’absorber ce que nous produisons à un prix qui permet aux fermes de vivre.