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Le Parti québécois vient de déposer l’un des plans agricoles les plus détaillés de la campagne. Le parti promet d’investir au moins 450 millions de dollars supplémentaires sur quatre ans et de faire passer progressivement de 0,9 % à 1,5 % la part du budget québécois consacrée à l’agriculture au cours des dix prochaines années.
Le plan ne repose pas uniquement sur une enveloppe financière. Il touche la protection du territoire agricole, la relève, l’achat local, le revenu des entreprises et l’allègement réglementaire. Il contient plusieurs engagements précis, dont une cible de 75 % d’aliments québécois dans les institutions publiques, 10 millions pour la Fiducie agricole UPA-Fondaction et la mise en production acéricole de 50 000 nouveaux hectares en forêt publique.
C’est assez de matière pour parler d’une véritable politique agricole. Comme toujours, les montants annoncés devront cependant être accompagnés de règles, d’échéanciers et de critères permettant de mesurer ce qui se rendra réellement dans les fermes.
450 M$ supplémentaires et une cible budgétaire sur dix ans
L’engagement financier principal du plan agricole du Parti québécois est d’ajouter un minimum de 450 millions de dollars sur quatre ans. Le PQ promet également de faire passer de 0,9 % à 1,5 % la part du budget consacrée à l’agriculture, mais cette progression s’échelonnerait sur dix ans.
Le chiffre de 450 millions retient naturellement l’attention. Il représente en moyenne un peu plus de 112 millions par année pendant un premier mandat. Il faudra toutefois connaître la progression prévue chaque année et déterminer quelles sommes seraient véritablement nouvelles.
Les annonces des partis ne peuvent pas être comparées simplement en plaçant leurs grands chiffres côte à côte. Certains parlent du budget du MAPAQ, d’autres de fonds particuliers, de dépenses sur quatre ans ou de cibles à plus long terme. Pour juger le plan du PQ, il faudra savoir quels programmes recevraient l’argent, quelle part serait versée directement aux entreprises et quelles dépenses actuelles seraient maintenues.
Zéro perte nette de terres agricoles
Le PQ veut réformer la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles et instaurer un principe de zéro perte nette de superficie agricole. Il affirme que les usages non agricoles ne seraient tolérés que s’ils n’entravent pas la pratique agricole, qui devrait conserver la préséance sur les activités commerciales et touristiques.
Le principe est fort. Le territoire agricole subit une pression constante liée à l’urbanisation, aux infrastructures, à la spéculation et à la multiplication d’usages non agricoles. Une cible de zéro perte nette obligerait le gouvernement à rendre des comptes sur la superficie réellement protégée.
Son efficacité dépendra cependant de la façon de mesurer les pertes. Remplacer une terre fertile située près des marchés par une superficie moins productive ailleurs ne constitue pas nécessairement une compensation équivalente. Il faudra tenir compte de la qualité des sols, de leur emplacement, de leur accessibilité et de la capacité réelle de les cultiver.
Le parti promet aussi d’aider les producteurs dont les terres sont touchées par les changements climatiques et de retirer le Québec du projet de train à grande vitesse Alto, auquel il reproche de menacer des terres agricoles. Cette dernière mesure règle la position du PQ sur un projet précis, mais la protection du territoire devra s’appliquer avec la même rigueur à tous les grands projets.
Relève agricole, transferts et accès aux actifs
La relève occupe une place importante dans le plan. Le PQ propose d’accorder 10 millions de dollars à la Fiducie agricole UPA-Fondaction en 2027-2028, de financer davantage l’accompagnement des transferts et de réduire les barrières fiscales lors de la cession des terres.
Il veut également encourager fiscalement la vente de fermes à de jeunes producteurs et offrir des prêts à long terme à des taux plus avantageux pour l’acquisition d’actifs agricoles.
Ces propositions ciblent un problème fondamental. La valeur des terres, des bâtiments, des quotas et de la machinerie augmente souvent beaucoup plus rapidement que la capacité de remboursement d’une ferme. Même une entreprise rentable peut devenir presque impossible à transférer sans financement patient, mise de fonds importante ou sacrifice financier de la génération qui quitte.
Les détails feront encore toute la différence. Il faudra connaître la durée des prêts, le taux offert, les garanties exigées, les productions admissibles et la place réservée aux transferts non apparentés. Les mesures fiscales devront aussi profiter à la fois au vendeur et à l’acheteur sans accélérer davantage la hausse du prix des terres.
Le PQ veut par ailleurs mettre en production acéricole 50 000 nouveaux hectares d’érablière en forêt publique. Cette ouverture pourrait créer des possibilités pour la relève et soutenir le développement acéricole. Elle devra être coordonnée avec les mécanismes de mise en marché, les capacités de transformation, les autres usages de la forêt publique et le rythme auquel le marché peut absorber une production supplémentaire.
Achat local et souveraineté alimentaire
Le Parti québécois fixe une cible de 75 % d’approvisionnement québécois dans les institutions publiques. Les écoles, les hôpitaux, les CHSLD et les autres établissements de l’État représentent un marché considérable et relativement stable.
Cette cible pourrait créer des débouchés durables pour les producteurs et les transformateurs d’ici. Pour devenir autre chose qu’un objectif politique, elle devra être accompagnée d’une définition claire du contenu québécois, d’indicateurs publics et de budgets permettant aux institutions de tenir compte de la provenance plutôt que du seul prix.
Les obstacles sont aussi logistiques. Plusieurs fermes ne peuvent pas répondre seules à de grands appels d’offres ni livrer toute l’année les volumes demandés. Il faut des infrastructures de transformation, d’entreposage et de distribution capables de regrouper l’offre régionale.
Le PQ propose également de mieux informer les consommateurs sur l’origine québécoise des aliments vendus en épicerie. Une identification plus claire peut aider l’achat local, mais elle doit être simple, vérifiable et assez précise pour distinguer un produit cultivé ou élevé ici d’un produit seulement emballé au Québec.
Revenu agricole, carbone et coût du financement
Pour améliorer le revenu des entreprises, le PQ veut rendre permanent et accessible à toutes les fermes le remboursement de la tarification du carbone. Il propose aussi d’ouvrir aux entreprises agricoles et agroalimentaires les programmes de financement du ministère de l’Économie et de l’Énergie.
La Financière agricole serait mise davantage à contribution, notamment par ses garanties de prêt, afin de réduire les taux d’intérêt. Dans un secteur fortement capitalisé, quelques points de pourcentage sur un financement à long terme peuvent changer considérablement les liquidités disponibles.
Le parti veut également lancer une réflexion avec les municipalités et le secteur agricole sur la taxation foncière. Il propose notamment d’interdire la taxation municipale des outils de mise en marché collective, comme le contingent acéricole.
Ces engagements répondent à des coûts bien réels, mais ils ne constituent pas encore une politique complète du revenu agricole. Le plan donne peu de détails sur l’ASRA, Agri-stabilité, l’assurance récolte, l’endettement existant et l’adaptation des programmes aux différentes productions. Réduire certains coûts aidera les entreprises, mais la sécurité du revenu demeure un chantier distinct.
Pour les producteurs forestiers, le PQ promet de faire respecter le principe de résidualité de la forêt publique afin de préserver la stabilité des marchés de la forêt privée. Cette mesure est plus sectorielle, mais elle touche directement le pouvoir de négociation et les débouchés de nombreux producteurs.
Moins de réglementation, mais laquelle?
Le dernier axe consiste à réduire le fardeau administratif et réglementaire des entreprises agricoles. Le message du PQ est simple : laisser davantage les producteurs travailler.
L’intention sera bien accueillie dans un secteur où les formulaires, les autorisations, les normes environnementales, les exigences municipales et les redditions de comptes s’accumulent. Il faudra néanmoins préciser quelles règles seraient éliminées, simplifiées ou harmonisées.
L’allègement réglementaire ne devrait pas signifier l’abandon des objectifs de salubrité, de protection de l’environnement ou de bien-être animal. Le véritable progrès consiste à retirer les dédoublements, à accélérer les décisions et à adapter les exigences au risque réel ainsi qu’à la taille des entreprises.
Un plan agricole substantiel qui devra passer l’épreuve des détails
Le Parti québécois couvre plusieurs des enjeux les plus pressants de l’agriculture québécoise. Il avance un montant important, propose une cible mesurable d’achat local et prend des engagements concrets sur les terres, la relève, le financement et la fiscalité.
Des questions demeurent. On ignore encore la répartition annuelle des 450 millions, les programmes qui seraient bonifiés, la mécanique du zéro perte nette et les conditions des nouveaux outils financiers. La main-d’œuvre, la transformation régionale, la recherche agricole, la réciprocité des normes et les programmes de sécurité du revenu restent aussi peu développés.
Le plan a néanmoins une qualité essentielle : il donne assez de chiffres et de propositions pour permettre un véritable débat. Le PQ place clairement l’agriculture parmi ses priorités électorales.
Il reste maintenant à savoir combien d’argent nouveau atteindra directement les fermes, comment les engagements seront appliqués et quels résultats les producteurs pourront réellement mesurer après quatre ans.
Sources : plan agricole présenté par le Parti québécois le 10 septembre 2026 et compte rendu des engagements présentés à l’UPA.
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