Le plan agricole de la CAQ : 56 M$ pour la relève et moins de paperasse

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L’Équipe Christine Fréchette a présenté un plan agricole de 56 millions de dollars centré sur la relève, le transfert des fermes, la gestion de l’offre et l’allègement réglementaire. La CAQ promet aussi de maintenir le remboursement de la contribution agricole à la bourse du carbone.

Le montant paraît modeste lorsqu’on le compare aux centaines de millions annoncés par les autres partis. Cette comparaison doit cependant être faite avec prudence. La CAQ est le gouvernement sortant, certaines mesures existent déjà et plusieurs engagements ne sont pas comptabilisés de la même manière.

Le plan comporte des mesures concrètes, particulièrement pour la relève. Il laisse néanmoins plusieurs questions sans réponse sur le revenu agricole, la protection des terres, la main-d’œuvre, la recherche et la répartition complète des sommes annoncées.

Un plan de 56 M$, dont 50 M$ pour le FIRA

Le plan agricole présenté par l’Équipe Fréchette prévoit 56 millions de dollars. La principale mesure financière consiste à faire passer de 50 à 100 millions la contribution gouvernementale au Fonds d’investissement pour la relève agricole, le FIRA.

À elle seule, cette bonification représente 50 millions. La CAQ affirme qu’elle permettra de porter la capitalisation totale du fonds à au moins 150 millions de dollars afin d’offrir davantage de capital aux jeunes qui souhaitent démarrer, acquérir ou développer une entreprise agricole.

Le communiqué ne ventile toutefois pas clairement les six millions restants. Il annonce une bonification du Programme services-conseils pour les transferts de fermes, sans préciser dans ce document le coût exact de cette mesure ni son échéancier.

Le chiffre de 56 millions ne raconte donc qu’une partie de l’histoire. Le remboursement du carbone serait financé séparément, et certains engagements présentés devant l’UPA ne sont pas accompagnés d’un montant. Cela rend les comparaisons avec le PLQ, le PQ ou Québec solidaire difficiles. Les partis ne regroupent pas les mêmes dépenses dans leurs chiffres principaux.

Un apport de capital plutôt qu’une subvention ordinaire

Le FIRA n’est pas un simple programme de subventions. Il fournit du capital patient aux entreprises de la relève, notamment sous forme de capital-actions ou de prêts. L’argent peut ainsi soutenir plusieurs projets au fil du temps plutôt que disparaître après un seul versement.

Cette approche répond à un problème réel. Une ferme peut posséder des actifs de grande valeur tout en disposant de liquidités limitées. La terre, les bâtiments, la machinerie et les quotas exigent énormément de capital, alors que les marges ne permettent pas toujours de financer un transfert avec les outils bancaires habituels.

Doubler la contribution gouvernementale peut donc aider davantage de projets à franchir l’étape du financement. Il faudra toutefois connaître les conditions d’investissement, le coût du capital, les productions visées et la capacité du fonds à soutenir les transferts non apparentés.

L’accès à plus de financement ne règle pas non plus à lui seul le prix élevé des actifs. Si l’offre de terres et de fermes demeure limitée, davantage de capital peut aussi contribuer à soutenir les prix. La mesure devra être accompagnée d’une véritable stratégie de transfert et de protection des terres.

Accompagner 1 000 transferts par année

La CAQ promet de bonifier les montants maximaux et le taux d’aide du Programme services-conseils pour mieux accompagner les cédants et la relève. Lors de sa rencontre avec l’UPA, Christine Fréchette a précisé vouloir accompagner 1 000 productrices et producteurs par année et faire passer de 5 000 à 7 500 dollars l’aide offerte pour un plan de transfert.

C’est une mesure très concrète. Un transfert agricole n’est pas seulement une transaction financière. Il faut établir la valeur de l’entreprise, planifier la fiscalité, protéger la retraite des cédants, maintenir les liquidités de la ferme et organiser le passage des responsabilités.

Un meilleur accompagnement peut éviter des erreurs coûteuses et permettre d’entamer les discussions assez tôt. La cible de 1 000 producteurs par année est également mesurable, ce qui permettra de vérifier si l’engagement est tenu.

Il faudra toutefois s’assurer que les conseillers spécialisés sont disponibles partout au Québec. Augmenter le montant admissible ne sera utile que si les familles peuvent obtenir rapidement des services compétents et si les critères ne rendent pas le programme trop lourd à utiliser.

Gestion de l’offre et guerre commerciale

L’Équipe Fréchette s’engage à défendre intégralement la gestion de l’offre et à refuser toute nouvelle concession commerciale touchant le lait, la volaille et les œufs.

Dans le contexte actuel de tensions avec les États-Unis, cette formulation est importante. Elle va plus loin qu’une déclaration générale de soutien au système. La CAQ promet explicitement de s’opposer à de nouveaux accès au marché canadien qui fragiliseraient les productions sous gestion de l’offre.

Le gouvernement du Québec ne négocie toutefois pas directement les accords commerciaux internationaux. Son influence passe par ses représentations auprès d’Ottawa, ses relations avec les autres provinces et la pression politique qu’il peut exercer lorsque l’agriculture devient une monnaie d’échange.

L’engagement devra donc être jugé sur la fermeté des interventions de Québec lorsque de véritables négociations auront lieu. Le soutien à la gestion de l’offre fait maintenant largement consensus parmi les principaux partis québécois. La différence se mesurera dans les actions.

Maintenir le remboursement du carbone

La CAQ promet de maintenir le remboursement de la contribution des producteurs agricoles à la bourse du carbone. Cette mesure vise à réduire la pression créée par le coût de l’énergie et à limiter son effet sur le prix des aliments.

Il s’agit d’un engagement important pour les entreprises, mais ce n’est pas entièrement une nouvelle politique électorale. Le gouvernement de Christine Fréchette avait déjà annoncé en mai des sommes destinées à compenser le coût carbone assumé à la ferme. La promesse consiste maintenant à rendre ce mécanisme durable.

Cette distinction compte. Un gouvernement sortant peut mettre en valeur ce qu’il a déjà commencé à faire, tandis que les partis d’opposition annoncent surtout ce qu’ils feraient une fois élus. Il faut donc comparer à la fois les nouvelles dépenses, les programmes existants et leur pérennité.

Le financement proviendrait du Fonds d’électrification des transports. Il faudra préciser la formule de remboursement, les dépenses admissibles et la manière dont le montant évoluera avec le prix du carbone. Une compensation permanente doit suivre le coût réellement assumé par les fermes plutôt que demeurer figée.

Moins de délais pour investir dans les fermes

L’Équipe Fréchette veut simplifier le régime d’autorisation environnementale, revoir certains seuils et appliquer une règle du « un pour deux » en matière réglementaire. Devant l’UPA, la cheffe caquiste a aussi proposé de réserver les consultations du BAPE aux projets qui les justifient réellement.

L’objectif est d’éviter que des démarches longues et coûteuses empêchent une ferme d’agrandir un bâtiment, de moderniser ses équipements ou d’améliorer sa productivité.

Le problème existe. Les délais administratifs immobilisent du capital, font augmenter les coûts et peuvent rendre un projet impossible. Une règle inutile n’est pas seulement irritante. Elle peut empêcher une entreprise de s’adapter.

La simplification devra cependant être beaucoup plus précise. Une règle du « un pour deux » mesure le nombre d’exigences retirées, pas nécessairement leur coût ni leur utilité. Deux petits formulaires supprimés ne compensent pas automatiquement une nouvelle obligation beaucoup plus lourde.

Le meilleur allègement consiste à éliminer les dédoublements, harmoniser les demandes, accélérer les réponses et adapter les exigences au risque réel. Il est possible de maintenir des objectifs environnementaux rigoureux tout en réduisant la paperasse et l’incertitude.

Des engagements supplémentaires présentés à l’UPA

Le compte rendu de la rencontre des chefs à l’UPA ajoute plusieurs éléments qui ne sont pas développés dans le communiqué du 9 septembre.

Christine Fréchette souhaite rapprocher de 2 % la part du budget québécois consacrée à l’agriculture, favoriser davantage l’achat local par l’État et soutenir la transformation alimentaire.

Ces orientations pourraient élargir considérablement la portée du plan. Une cible budgétaire proche de 2 % représenterait un engagement majeur, mais aucun échéancier précis ni calcul complet n’accompagne encore cette proposition. Il faudra aussi distinguer le budget du MAPAQ des autres dépenses gouvernementales bénéficiant au secteur bioalimentaire.

L’achat local dans les écoles, les hôpitaux et les autres institutions peut offrir des débouchés stables. La CAQ devra cependant fixer une cible mesurable, définir ce qui constitue un produit québécois et adapter les règles d’approvisionnement. Sur ce point, le PQ et Québec solidaire ont déjà avancé une cible de 75 %.

Le soutien à la transformation est également essentiel. Produire davantage au Québec ne suffit pas si les capacités d’abattage, de conditionnement, d’entreposage et de distribution ne suivent pas. Cet engagement reste pour l’instant une orientation plutôt qu’un programme détaillé.

Un plan concret, mais plus étroit que ceux des autres partis

Le plan de l’Équipe Christine Fréchette possède une force évidente : plusieurs mesures sont précises et peuvent être évaluées. Le doublement de la contribution au FIRA, la cible de 1 000 producteurs accompagnés et la hausse de l’aide pour les plans de transfert offrent des résultats vérifiables.

La CAQ peut également s’appuyer sur son expérience gouvernementale et sur des programmes déjà lancés. Cet avantage vient avec une responsabilité supplémentaire. Après plusieurs années au pouvoir, elle doit expliquer non seulement ce qu’elle promet, mais aussi pourquoi certains problèmes persistent et ce que ses nouvelles mesures changeront réellement.

Le plan demeure plus étroit que ceux présentés par le PLQ, le PQ et Québec solidaire. Il aborde peu la protection du territoire agricole, les programmes de sécurité du revenu, l’endettement actuel, la main-d’œuvre étrangère, la recherche, l’adaptation climatique et la réciprocité des normes.

Le montant de 56 millions semble aussi limité à première vue. Il faut toutefois éviter une comparaison trompeuse avec les grandes enveloppes des autres partis. Une contribution au capital du FIRA, le maintien d’un remboursement existant et une cible budgétaire encore non chiffrée ne se comparent pas directement à une hausse annuelle du budget du MAPAQ.

L’Équipe Fréchette a donc présenté un véritable plan agricole, particulièrement solide sur la relève et les transferts. Pour devenir une politique agricole complète, il devra encore préciser ses engagements budgétaires et répondre aux autres grands enjeux qui déterminent la rentabilité et l’avenir des fermes québécoises.

Sources : plan agricole de l’Équipe Christine Fréchette publié le 9 septembre 2026 et engagements présentés lors de la rencontre des chefs à l’UPA.

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