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J’avais presque terminé un article intitulé « Le PLQ parle enfin d’agriculture. À peine. » Il ne sera jamais publié sous ce titre, et c’est tant mieux.
Le Parti libéral du Québec l’a rendu caduc en présentant un véritable plan agricole. Pour une fois depuis le début de la campagne, il n’est plus nécessaire de chercher l’agriculture entre deux engagements économiques généraux. Elle fait l’objet d’une annonce complète, avec une somme importante et des propositions qui touchent plusieurs problèmes bien réels.
Au cœur du plan, le PLQ promet de redistribuer 560 millions de dollars aux agriculteurs sur quatre ans, soit 140 millions par année. Le parti veut modifier la méthode de distribution de ce qu’il appelle le Fonds vert afin que l’argent provenant du secteur agricole lui soit retourné pour soutenir la production, l’investissement et le développement des entreprises.
C’est évidemment le chiffre qui retient l’attention. À 140 millions par année, on ne parle plus d’une petite mesure périphérique. On parle d’une somme capable d’avoir un effet réel dans les fermes, à condition qu’elle soit bel et bien additionnelle et distribuée d’une manière utile.
Un chiffre impressionnant, mais encore difficile à mesurer
C’est ici que les détails deviennent importants.
Le communiqué ne précise pas comment le PLQ arrive au montant de 560 millions, quelle part serait versée directement aux entreprises, quels programmes seraient financés ni comment l’argent serait réparti entre les productions. Il ne dit pas non plus clairement si ces 140 millions par année s’ajouteront aux sommes déjà consacrées au secteur agricole à même les revenus du marché du carbone.
Le gouvernement de la CAQ a déjà confié 87 millions de dollars à La Financière agricole pour compenser le coût carbone assumé à la ferme, dont 41 millions versés en 2026-2027. Il affirme également que plus de 70 millions par année provenant du marché du carbone seront destinés au secteur agricole entre 2025 et 2030 pour rendre les fermes plus productives et plus résilientes.
On ne peut donc pas simplement comparer les 140 millions annuels promis par le PLQ aux 41 millions versés cette année par la CAQ. Il faut savoir ce que le plan libéral remplacerait, ce qu’il conserverait et ce qu’il ajouterait réellement.
Ce n’est pas une objection secondaire. Entre une nouvelle aide annuelle de 140 millions et une nouvelle façon de répartir des sommes dont une partie revient déjà à l’agriculture, la différence est considérable.
Bien davantage qu’un remboursement du carbone
Le reste du plan mérite toutefois qu’on s’y attarde. Le PLQ propose de réformer La Financière agricole pour en faire un véritable partenaire de développement des entreprises et des régions.
L’expression est intéressante. Trop souvent, nos programmes servent à réparer les dégâts après une mauvaise année ou à faire entrer toutes les fermes dans les mêmes cases. Une Financière agricole davantage tournée vers le développement pourrait aider des entreprises viables à investir, à traverser une période de croissance ou à réaliser un transfert. Il faudra évidemment voir ce que cette réforme changerait concrètement dans les programmes, les critères et la tolérance au risque.
La relève occupe aussi une place importante dans le plan. Chaque nouveau programme agricole devrait comprendre un volet qui lui est consacré. Le PLQ promet des solutions de financement plus souples pour l’établissement et les investissements à long terme, ainsi qu’une simplification des règles fiscales et administratives lors des transferts familiaux ou non apparentés.
Encore ici, les intentions sont bonnes. Le problème de la relève n’est pas un manque de jeunes passionnés. C’est la difficulté presque absurde de financer l’achat d’entreprises dont la valeur des actifs est énorme, mais dont les marges sont souvent trop minces. Des mots comme « agile » et « flexible » devront donc finir par prendre la forme de taux, de durées de prêts, de garanties et de critères précis.
De la ferme jusqu’à l’assiette
Le plan ne s’arrête pas à la production. Le PLQ veut créer des pôles logistiques régionaux pour partager l’entreposage, le conditionnement, le transport et la distribution. Il veut aussi accroître la présence des aliments québécois dans les institutions publiques et financer des initiatives de coupons nourriciers utilisables dans les circuits courts.
Ces mesures pourraient surtout aider les petites entreprises et les producteurs qui vendent directement ou qui peinent à atteindre seuls les marchés institutionnels. Produire localement ne suffit pas. Il faut encore pouvoir regrouper les volumes, transformer les produits et les livrer à un coût raisonnable.
Le financement stable, récurrent et pluriannuel promis aux organismes de travail de rang est probablement l’engagement le moins spectaculaire du plan, mais l’un des plus faciles à saluer sans réserve. La détresse psychologique ne suit pas le calendrier des programmes gouvernementaux. Les personnes qui interviennent auprès des producteurs ne devraient pas devoir se demander chaque année si leur financement sera renouvelé.
Enfin, un chantier de simplification réglementaire est annoncé pour le secteur agroalimentaire, avec la promesse de réduire les délais et les obstacles inutiles sans diminuer les normes de salubrité et de sécurité alimentaire. Tout le monde promet de réduire la paperasse. La véritable mesure du sérieux de cet engagement sera la liste des règles que le PLQ voudra modifier.
Une vraie politique agricole, encore incomplète
Il reste des absents importants. Cette annonce ne dit rien de précis sur l’ASRA, l’endettement, la protection du territoire agricole, la réciprocité des normes, la main-d’œuvre, la gestion de l’offre ou la mise en marché collective. Il faudra voir si d’autres engagements viendront compléter le plan au cours de la campagne.
Mais il faut reconnaître le changement. Le PLQ ne se contente plus de promettre davantage d’aliments québécois dans les institutions. Il met maintenant sur la table une somme chiffrée, une réforme de La Financière agricole, des mesures pour la relève et les transferts, un soutien durable aux travailleurs de rang et des outils pour créer des débouchés régionaux.
Au début de la campagne, je m’apprêtais à lui reprocher de parler à peine d’agriculture. Le parti a depuis présenté l’une des annonces agricoles les plus substantielles de la campagne.
Le premier pas est fait. Il reste maintenant à répondre à la question qui déterminera la valeur réelle de tout le plan : sur les 560 millions promis, combien constituera véritablement de l’argent nouveau pour les fermes, et comment cet argent se rendra-t-il jusqu’à elles?
Sources : Plan agricole du Parti libéral du Québec et mesures de la CAQ sur le coût carbone et la relève.
Que proposent les autres partis pour l’agriculture?
Retrouvez les différentes plateformes agricoles et comparez leurs engagements pour les fermes québécoises.

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