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Québec solidaire vient de déposer une série d’engagements agricoles qu’on ne peut pas réduire à une simple promesse électorale lancée en passant. Le parti propose d’ajouter 210 millions de dollars par année au budget du MAPAQ, de consacrer 100 millions à des prêts de très longue durée pour la relève et de créer un fonds d’urgence climatique de 500 millions.
À cela s’ajoutent une cible de 75 % d’achats locaux dans les institutions publiques, la protection de la gestion de l’offre, des mesures contre la spéculation foncière et plusieurs propositions touchant la distribution alimentaire.
Je ne partage pas nécessairement toutes les solutions mises de l’avant par Québec solidaire. Il faut toutefois reconnaître que le parti place ici l’agriculture au cœur de sa campagne et présente des propositions assez précises pour qu’on puisse enfin les analyser sérieusement.
210 M$ de plus chaque année pour le MAPAQ
L’engagement principal consiste à bonifier de 210 millions de dollars par année le budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Contrairement à une enveloppe temporaire, cette somme serait récurrente.
C’est une annonce substantielle. Une augmentation de cette ampleur pourrait donner de véritables moyens supplémentaires aux programmes agricoles, mais Québec solidaire n’a pas encore expliqué comment l’argent serait réparti. On ignore quelle part irait à la sécurité du revenu, à la relève, à l’adaptation climatique, à la modernisation des fermes, à la transformation ou aux pêches.
Il faudra également préciser si le fonds d’urgence climatique de 500 millions et le projet de 100 millions pour la relève s’ajouteraient entièrement à cette hausse annuelle. Sans cette distinction, il est impossible d’établir le coût total du plan ou de savoir combien d’argent nouveau se rendrait directement dans les entreprises.
Gestion de l’offre, achat local et protection des marchés
Québec solidaire s’engage à protéger la gestion de l’offre et les filières agricoles québécoises lors des négociations commerciales. Dans le contexte des tensions avec les États-Unis, cet engagement est important. Il demeure toutefois assez général et devra se traduire par des positions fermes lorsque des concessions agricoles seront demandées en échange d’un accord plus large.
Le parti veut aussi que les institutions publiques atteignent une cible de 75 % d’achats locaux. Les écoles, les hôpitaux et les autres établissements financés par Québec représentent un marché considérable. Une cible élevée pourrait offrir des débouchés plus stables aux producteurs et aux transformateurs d’ici.
Encore faut-il définir ce qui sera considéré comme local, adapter les appels d’offres, mesurer publiquement les résultats et donner aux établissements les budgets nécessaires. Il faut également disposer d’assez d’infrastructures de transformation, d’entreposage et de distribution pour relier les fermes aux cuisines institutionnelles.
La plateforme propose par ailleurs un programme universel de dîners gratuits dans les écoles, fondé sur des aliments sains issus de l’agriculture locale. Cette mesure commencerait au primaire avant d’être étendue au secondaire. Elle pourrait créer un autre débouché important, mais son coût, son calendrier et son fonctionnement ne sont pas encore détaillés.
Des épiceries publiques et davantage de circuits courts
Québec solidaire veut lancer un projet pilote menant à un réseau national d’épiceries publiques à but non lucratif. Ces établissements agiraient comme grossistes alimentaires, offriraient des produits à prix réduit et accorderaient la priorité aux aliments locaux. Le parti souhaite aussi consolider les petites épiceries dans les localités considérées comme des déserts alimentaires.
Le projet s’accompagne d’une volonté de plafonner les marges bénéficiaires des grandes chaînes, de combattre les fausses promotions, la réduflation et les hausses de prix jugées abusives, puis de tenir une commission d’enquête sur leurs pratiques.
La concurrence dans le secteur de l’épicerie mérite certainement d’être renforcée. Pour les producteurs, le résultat dépendra cependant des conditions d’achat. Faire baisser le prix payé par le consommateur ne doit pas simplement déplacer la pression vers les fermes et les transformateurs. Un nouvel acheteur public pourrait être utile s’il augmente réellement le nombre de débouchés et rémunère correctement ses fournisseurs.
Le parti promet également d’encourager les circuits courts, les marchés publics ainsi que les réseaux locaux et régionaux de distribution. Il veut faciliter la vente directe des produits agricoles et marins à la population et lutter contre le gaspillage alimentaire.
100 M$ et des prêts sur 40 ans pour la relève
Pour améliorer l’accès aux terres, Québec solidaire propose d’investir 100 millions de dollars en capital patient. Les prêts seraient offerts à taux fixe et pourraient s’échelonner sur 40 ans.
Une aussi longue période de remboursement réduirait les versements annuels et pourrait rendre certains transferts plus réalistes. La proposition répond directement à l’un des problèmes les plus difficiles en agriculture : la valeur élevée des actifs comparativement aux revenus que les fermes peuvent en tirer.
Le taux offert, la mise de fonds, les garanties demandées, les critères d’admissibilité et le traitement des transferts non apparentés restent toutefois inconnus. Il faudra aussi éviter que l’accès à davantage de crédit contribue involontairement à faire monter le prix des terres.
Le parti veut parallèlement protéger le territoire agricole contre la spéculation et interdire les acquisitions spéculatives par des investisseurs privés et des fonds d’investissement. La plateforme évoque aussi des modèles de gestion partagée pour alléger le fardeau financier de la relève, sans expliquer encore quelle forme ils prendraient.
Un fonds climatique de 500 M$ et une modernisation plus verte
Québec solidaire propose un fonds d’urgence de 500 millions de dollars pour soutenir les producteurs frappés par des événements climatiques extrêmes. Après les sécheresses, les excès d’eau et les épisodes météorologiques violents des dernières années, le besoin d’intervenir rapidement est réel.
Le parti devra préciser les critères de déclenchement, la forme des paiements et la relation entre ce nouveau fonds, l’assurance récolte, Agri-stabilité et les programmes spéciaux existants. On ne sait pas non plus si l’enveloppe serait renouvelable une fois utilisée.
À plus long terme, Québec solidaire promet d’aider les fermes à adopter des pratiques plus durables et à moderniser leurs installations pour respecter les normes internationales en matière d’environnement et de bien-être animal. Il souhaite aussi faciliter l’augmentation des cultures en serre.
L’aide à la transition est essentielle lorsque la société demande aux producteurs de changer leurs pratiques. Les normes internationales auxquelles le parti fait référence devront cependant être définies. Les producteurs doivent savoir quels investissements seraient exigés, quelles dépenses seraient admissibles et quelle proportion des coûts serait assumée par l’État.
Un plan agricole substantiel, mais encore incomplet
Les engagements annoncés couvrent le financement du MAPAQ, la relève, les terres, le climat, l’achat local, la distribution alimentaire, la gestion de l’offre et la modernisation des fermes. Québec solidaire présente donc une vision beaucoup plus large que ne le laissait croire sa plateforme électorale, dont plusieurs engagements agricoles demeuraient formulés en termes généraux.
Des absents importants subsistent. Le parti donne encore peu de détails sur l’ASRA, l’endettement actuel des fermes, la main-d’œuvre, la fiscalité des transferts, la réciprocité des normes, la transformation régionale et l’allègement réglementaire. Même ses propositions chiffrées devront être accompagnées de critères et d’échéanciers.
Reste que Québec solidaire vient de mettre l’agriculture au centre d’une annonce majeure. Les sommes avancées sont importantes, les problèmes ciblés sont réels et plusieurs propositions méritent une discussion sérieuse.
Le défi est maintenant de passer des grands montants aux mécanismes concrets. Une hausse de 210 millions de dollars par année peut changer beaucoup de choses. Tout dépendra de la manière dont cet argent atteindra les fermes et de ce qu’on leur demandera en retour.
Sources : plateforme électorale 2026 de Québec solidaire, engagements présentés lors du passage des chefs à l’UPA et compte rendu de l’annonce agricole.
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Retrouvez les différentes plateformes agricoles et comparez leurs engagements pour les fermes québécoises.

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