Les nouvelles agricoles du 2 septembre montrent à quel point les décisions financières et les conditions de marché se répercutent rapidement à la ferme. La Banque du Canada maintient son taux directeur malgré une inflation plus préoccupante, Ottawa ouvre un report d’impôt à certains éleveurs touchés par les conditions extrêmes, les marges des grandes cultures divergent au Québec et le marché de l’ail local commence à subir les effets de sa propre croissance.
Le taux directeur reste à 2,25 % dans un contexte plus incertain
La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre. Le taux bancaire demeure à 2,5 % et le taux de dépôt à 2,20 %. Le taux directeur n’a pas changé depuis octobre 2025.
La Banque constate que l’économie canadienne s’est redressée au deuxième trimestre, avec une croissance annualisée du produit intérieur brut de 3,3 %. Elle juge toutefois que les nouveaux tarifs américains, les contre-mesures canadiennes et la persistance des prix élevés de l’énergie rendent la suite plus difficile à prévoir.
L’inflation globale se maintenait près de 3 % en juillet, surtout à cause de l’essence. Sans l’essence, elle atteignait 2,2 %, tandis que les mesures de l’inflation fondamentale demeuraient près de 2 %. La Banque prévient néanmoins que les tarifs pourraient augmenter les coûts de certaines entreprises et finir par se transmettre aux consommateurs.
Pour les entreprises agricoles endettées, le maintien du taux évite une hausse immédiate du coût de référence du crédit, mais il repousse aussi l’espoir d’un allègement. Les prêts agricoles ne suivent pas tous le taux directeur de façon identique, mais celui-ci influence généralement le financement à taux variable, les marges de crédit et, indirectement, le coût des nouveaux emprunts.
Mon point de vue : Cette décision est peu surprenante dans le contexte actuel, alors que d’importants tarifs américains viennent d’entrer en vigueur. La Banque doit vouloir rester prudente et attendre de voir comment la situation évoluera avant de modifier son taux.
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Ottawa permet un report d’impôt à des éleveurs touchés par les conditions extrêmes
Agriculture et Agroalimentaire Canada a publié une première liste de régions admissibles au report de l’impôt pour les éleveurs en 2026. La mesure vise les producteurs qui doivent vendre une partie de leur troupeau reproducteur en raison d’un manque de fourrage causé par la sécheresse, l’excès d’humidité ou les inondations.
Pour être admissible, une entreprise doit réduire son troupeau reproducteur d’au moins 15 %. Une partie du revenu tiré des ventes peut alors être reportée à une année ultérieure et possiblement compensée par le coût de rachat d’animaux lorsque les conditions s’améliorent.
Au Québec, Eeyou Istchee Baie-James et Port-Cartier figurent sur la première carte. Des régions de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, de Terre-Neuve-et-Labrador et des Territoires du Nord-Ouest sont également désignées. Ottawa précise que la liste pourra être élargie à mesure que les données météorologiques, climatiques et de production seront analysées.
Le report ne remplace pas le revenu perdu ni le troupeau vendu. Il évite plutôt qu’une vente forcée crée immédiatement une facture fiscale qui aggraverait un problème de liquidités. Sa valeur dépendra donc autant de la rapidité des mises à jour régionales que des conditions permettant éventuellement aux producteurs de reconstituer leur cheptel.
Mon point de vue : On se plaint souvent du manque de considération des gouvernements pour l’agriculture. Or, cette mesure est clairement conçue pour soutenir les agriculteurs ayant vécu des situations difficiles. Bravo.
Lire l’annonce d’Agriculture et Agroalimentaire Canada
Consulter la liste des régions désignées
La hausse des engrais creuse l’écart entre les marges du maïs et du soya
Les Producteurs de grains du Québec ont mis à jour leurs estimations de marges pour le maïs-grain, le soya, les céréales et le canola. Les calculs distinguent la marge monétaire, après les coûts variables et fixes, de la marge nette, qui tient aussi compte de l’amortissement ainsi que de la rémunération du travail et de l’avoir du producteur.
La hausse du prix des engrais pèse particulièrement sur le maïs-grain, très dépendant de l’azote. Les marges attendues pour cette culture se détériorent en 2026. Pour le soya, la progression anticipée des prix pourrait mieux absorber l’augmentation des coûts et permettre une marge nette positive.
Les perspectives de prix sont également en hausse pour les céréales et surtout le canola. L’année 2026 marque par ailleurs la première application du nouveau coût de production utilisé pour calculer les compensations de l’Assurance stabilisation des revenus agricoles. Selon les estimations présentées, ce changement devrait améliorer les indemnisations des cultures stabilisées, sauf l’avoine, toutes choses étant égales par ailleurs.
Ces prévisions ne garantissent pas le résultat d’une ferme donnée. Elles montrent néanmoins que le rendement seul ne suffit pas à départager les cultures lorsque le prix de l’azote, le coût du capital et les programmes de stabilisation évoluent en même temps.
Mon point de vue : On s’en doutait un peu, donc ce n’est pas vraiment une surprise. Il faudra maintenant attendre la récolte pour voir ce qu’il en sera exactement avec les rendements et les prix réellement obtenus.
Lire l’analyse des Producteurs de grains du Québec
L’ail du Québec gagne les tablettes, mais son marché se congestionne
L’ail québécois a réussi à remplacer une partie des importations et certains producteurs approvisionnent maintenant les grandes chaînes toute l’année. Cette progression crée toutefois une nouvelle difficulté : la production locale a augmenté plus vite que l’espace disponible en épicerie.
De petits producteurs disent avoir de la difficulté à entrer dans les grandes bannières, non seulement à cause des importations, mais aussi parce que des entreprises québécoises plus importantes occupent déjà les tablettes. La situation est particulièrement pénible au moment de la récolte pour les fermes qui ne disposent pas d’installations d’entreposage.
La Ferme au fond du 2, en Estrie, produit près de 100 000 bulbes et se tourne vers l’ail noir, la poudre et les granules pour écouler ses stocks. La présidente d’Ail Québec observe pour sa part davantage d’équipements spécialisés offerts sur le marché de l’occasion, signe que certains producteurs réduisent ou abandonnent cette production.
Le dossier rappelle qu’une substitution réussie aux importations ne garantit pas une place rentable à chaque ferme. Une filière peut gagner des parts de marché collectivement tout en traversant une phase de consolidation difficile pour ses plus petits joueurs.
Mon point de vue : J’achète moi-même mon ail directement du producteur. Pour les gens ordinaires, c’est probablement la meilleure façon d’aider concrètement. J’encourage donc tous les lecteurs à faire de même et, si possible, à acheter un kilo d’ail directement à la ferme.

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