Cette semaine, quatre dossiers méritent surtout d’être retenus. Ils touchent tous, d’une façon ou d’une autre, au rapport de force des producteurs : face aux importations, aux transformateurs, à la réglementation et au politique.
Le lait américain entre dans la riposte commerciale canadienne
Ottawa a annoncé le 25 août de nouvelles contre-mesures visant 27,6 milliards de dollars d’importations américaines, applicables à compter du 8 septembre. Certains produits laitiers américains seront surtaxés, y compris des produits qui entrent au Canada à l’intérieur des contingents tarifaires. Pour certaines poudres de lait, les droits annoncés atteignent 50 %.
Sur papier, la mesure est importante parce qu’elle touche directement un secteur que Washington attaque régulièrement dans ses critiques de la gestion de l’offre. Dans les faits, son effet pourrait être plus limité.
Comme les États-Unis ne remplissent déjà pas toute leur allocation dans les contingents, je m’attends à une différence assez mineure sur les volumes. Il pourrait toutefois y avoir des prix plus élevés pour certains produits pendant un temps, jusqu’à ce que les producteurs locaux puissent combler le manque. Le résultat réel reste donc à voir avec le temps.
J’avais déjà détaillé cette mesure dans mon analyse sur les contre-mesures visant le lait américain.
Consulter la liste officielle des contre-mesures du gouvernement du Canada
Nortera : préserver la concurrence, aussi pour les producteurs
Le Bureau de la concurrence veut bloquer l’acquisition par Nortera des activités canadiennes de Green Giant et Le Sieur. Selon le Bureau, le marché des légumes transformés est déjà fortement concentré et la transaction pourrait réduire la concurrence et faire augmenter les prix. Nortera soutient de son côté que l’acquisition renforcerait la production et la transformation canadiennes.
Je suis d’accord avec le Bureau de la concurrence. Les prix des denrées alimentaires à l’épicerie augmentent plus vite que le reste et une saine compétition est indispensable. Du côté agricole aussi, il faut conserver un maximum d’acheteurs. Sinon, les prix risquent d’être contrôlés par un nombre de plus en plus restreint d’acheteurs, ce qui placerait les producteurs en position de faiblesse.
Lire le document du Bureau de la concurrence
Abattage de proximité : un changement très concret
Depuis le 29 août, des modifications au Règlement sur les aliments du Québec facilitent la commercialisation par un producteur agricole de viandes provenant de ses propres animaux abattus dans un abattoir de proximité. Certaines dispositions issues du projet pilote sur l’abattage de poulets à la ferme deviennent aussi permanentes.
C’est une nouvelle positive. En facilitant davantage la vente locale, ces changements peuvent contribuer à stimuler l’économie de proximité et permettre aux producteurs qui choisissent ce modèle d’aller chercher un peu plus de revenus directement de leur production.
Le sujet avait déjà été expliqué dans la revue agricole du 24 août.
Consulter la stratégie québécoise pour l’agriculture de proximité
L’agriculture veut sa place dans la campagne électorale
À la veille de la campagne électorale québécoise, plusieurs organisations du secteur bioalimentaire ont demandé aux partis de faire de l’agriculture et du bioalimentaire une priorité économique et stratégique. Elles invoquent notamment les coûts de production, la main-d’œuvre, la réglementation, la compétitivité et l’instabilité commerciale avec les États-Unis.
Il faut absolument placer l’agriculture au cœur de cette élection. Nos positions doivent être entendues.
Lire le communiqué du secteur bioalimentaire
Ce qu’il faut retenir
Le fil conducteur de la semaine est assez clair : les producteurs ont besoin d’un environnement où ils ne sont pas constamment placés en position de faiblesse. Cela passe par des règles commerciales qui protègent réellement notre capacité de produire, par un nombre suffisant d’acheteurs et de transformateurs, par des possibilités de mise en marché locale et par une agriculture qui compte réellement dans les choix politiques. Ce sont quatre dossiers différents, mais ils parlent tous, au fond, de la même chose : garder du pouvoir économique sur nos fermes.

Laisser un commentaire