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  • 300 000 tonnes de bœuf en 90 jours : Trump peut-il vraiment faire baisser le prix du hamburger?

    300 000 tonnes de bœuf en 90 jours : Trump peut-il vraiment faire baisser le prix du hamburger?

    Donald Trump veut faire baisser rapidement le prix du bœuf haché aux États-Unis. Le 21 août, il a annoncé que son administration permettrait, pendant 90 jours, l’importation de jusqu’à 300 000 tonnes métriques de produit destiné au bœuf haché sans le tarif normalement appliqué aux volumes dépassant les contingents américains.

    Le président affirme également avoir obtenu l’engagement que ce bœuf sera vendu 25 % sous les prix actuels du marché. Plusieurs détails importants demeurent toutefois inconnus : les pays fournisseurs, les exportateurs concernés, la répartition des volumes et même la définition précise des produits admissibles n’ont pas encore été précisés.

    Trois cent mille tonnes, c’est environ 661 millions de livres. Le chiffre est impressionnant. Mais la vraie question n’est pas de savoir s’il est gros. Elle est de savoir si cette intervention de trois mois peut réellement faire baisser de façon importante le prix payé par le consommateur américain.

    Pourquoi le bœuf américain est-il aussi cher?

    Le problème de fond est assez simple : les États-Unis ont actuellement un cheptel bovin très serré.

    Au 1er juillet 2026, l’USDA comptait 28,5 millions de vaches de boucherie aux États-Unis, soit 1 % de moins qu’un an auparavant. La récolte de veaux prévue pour 2026 est elle aussi en recul, à 32,5 millions de têtes.

    Reconstruire ce cheptel ne peut évidemment pas se faire rapidement. Une génisse conservée aujourd’hui doit être élevée, saillie, vêler, puis son veau doit à son tour atteindre le poids nécessaire avant d’entrer dans la chaîne de production du bœuf. On parle en années, pas en mois.

    Voilà pourquoi les États-Unis importent déjà énormément de bœuf. Selon S&P Global, l’USDA estime les importations américaines de bœuf à environ 6,1 milliards de livres en 2026, alors que la production américaine atteindrait environ 25 milliards de livres.

    Les producteurs américains protestent

    L’annonce n’a pas réjoui les associations d’éleveurs américaines. Leur raisonnement est compréhensible : lorsque l’offre est insuffisante et que les prix montent, le marché envoie normalement aux producteurs le signal qu’il devient intéressant de produire davantage.

    Dans l’industrie bovine, ce signal peut notamment inciter les éleveurs à conserver davantage de génisses pour en faire des reproductrices plutôt que de les envoyer vers l’engraissement et éventuellement l’abattoir. Plusieurs groupes craignent donc que l’augmentation des importations réduise l’incitation nécessaire à la reconstruction du cheptel américain.

    Mais cet argument mérite d’être sérieusement nuancé.

    Trois mois, c’est très court dans la vie d’une vache

    Si cette mesure est réellement unique et temporaire, je ne vois pas pourquoi un producteur changerait fondamentalement sa stratégie d’élevage pour une intervention qui ne dure que 90 jours.

    Une décision de garder une génisse comme reproductrice se prend en fonction des besoins et des perspectives des prochaines années, pas uniquement du prix du bœuf pendant quelques semaines. Si les producteurs américains considèrent cette ouverture aux importations comme une parenthèse, ils ont toutes les raisons de continuer à garder les femelles dont ils auront besoin pour reconstruire leur troupeau.

    Le risque deviendrait beaucoup plus réel si Washington commençait à répéter l’opération chaque fois que les prix montent suffisamment pour devenir politiquement inconfortables. À ce moment-là, ce ne serait plus l’effet de 300 000 tonnes pendant trois mois qu’il faudrait mesurer, mais le signal envoyé aux producteurs : si les prix montent trop, le gouvernement interviendra pour les faire redescendre.

    Est-ce que le consommateur verra vraiment la différence?

    C’est, à mes yeux, la grande inconnue de cette affaire.

    Une arrivée rapide de bœuf moins cher devrait exercer une certaine pression à la baisse sur les prix. Il est même tout à fait plausible que des détaillants utilisent temporairement cette occasion pour offrir des spéciaux importants sur le bœuf haché.

    Mais imaginer que le consommateur américain paiera durablement son hamburger 25 % moins cher parce que le bœuf importé entre 25 % sous le prix courant me paraît, pour dire le moins, farfelu.

    Entre le prix payé à l’importation et celui affiché à l’épicerie se trouvent les importateurs, transformateurs, distributeurs et détaillants. Si la matière première devient soudainement moins chère, une partie de l’économie se rendra probablement au consommateur. Mais il serait assez naïf de croire que toute la chaîne transmettra gentiment la totalité de cette baisse.

    On peut facilement imaginer quelques promotions spectaculaires au départ, peut-être même de l’ordre de 25 % sur certains produits pendant quelque temps. Puis, rapidement, chacun dans la chaîne aura tendance à se graisser un peu la patte.

    C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles plusieurs économistes cités depuis l’annonce doutent qu’un volume qui demeure relativement limité par rapport à l’ensemble du marché américain puisse entraîner une baisse comparable du prix payé au détail.

    Une ironie assez spectaculaire

    Il y a enfin quelque chose d’assez savoureux dans cette intervention.

    Le gouvernement Trump se présente volontiers comme le champion du marché, dénonce régulièrement les interventions économiques de ses adversaires et brandit fréquemment l’épouvantail du socialisme ou du communisme.

    Mais lorsque le prix du hamburger devient politiquement gênant, Washington n’attend pas tranquillement que l’offre et la demande règlent le problème. Le gouvernement modifie directement les conditions d’importation afin de faire entrer rapidement une énorme quantité de produit étranger moins cher et affirme même avoir obtenu un prix inférieur de 25 % au marché.

    Il est difficile d’imaginer une démonstration beaucoup plus claire du fait que, lorsque le prix des aliments devient suffisamment sensible politiquement, même les gouvernements les plus attachés au discours du libre marché découvrent rapidement les vertus de l’intervention.

    Le vrai test viendra au comptoir

    Il est donc probablement trop tôt pour déclarer cette mesure inefficace. Trois cent mille tonnes supplémentaires de produit destiné au bœuf haché en seulement 90 jours ne sont pas négligeables et pourraient offrir un certain répit aux consommateurs.

    Je suis beaucoup moins convaincu qu’elles produiront la baisse de 25 % évoquée par Donald Trump.

    Et si l’intervention reste réellement limitée à trois mois, je suis également peu convaincu qu’elle suffira à modifier sérieusement les décisions d’élevage de producteurs qui réfléchissent nécessairement sur plusieurs années.

    Au bout du compte, le test sera assez simple : regarder le prix du bœuf haché dans les épiceries américaines pendant ces 90 jours, puis surtout regarder ce qu’il en restera une fois la mesure terminée.

    Car le problème de fond, lui, n’aura pas disparu : les États-Unis auront toujours besoin de davantage de bovins.

    Sources

  • Des framboises à 6 $ la caisse : quand le prix des importations ne couvre même plus les coûts de production

    Des framboises à 6 $ la caisse : quand le prix des importations ne couvre même plus les coûts de production

    En pleine saison des framboises au Québec, des producteurs se retrouvent avec un problème assez difficile à avaler : leurs fruits sont prêts, la récolte est bonne, mais des framboises américaines et mexicaines arrivent sur le marché à des prix tellement bas qu’il devient presque impossible de compétitionner.

    On parle de caisses pouvant descendre jusqu’à 6 $, alors que les producteurs québécois vendent normalement les leurs autour de 28 à 35 $.

    À première vue, on pourrait simplement conclure que produire des framboises au Mexique ou en Californie coûte beaucoup moins cher qu’au Québec.

    Mais ce n’est probablement pas ce qui se passe.

    Le prix actuel semble plutôt être le résultat d’un marché nord-américain en situation de surplus, au point où certaines framboises sont vendues à des prix qui ne semblent même plus viables pour ceux qui les produisent.

    Un marché qui s’est effondré

    L’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec sonne l’alarme depuis quelques jours.

    Selon sa présidente, Josiane Cormier, l’arrivée massive de framboises américaines et mexicaines s’est intensifiée alors que les producteurs québécois sont justement au cœur de leurs récoltes.

    Le problème est particulièrement visible dans les prix.

    TVA Nouvelles rapportait cette semaine que les producteurs québécois vendaient leurs caisses autour de 35 $, pendant que des cargaisons américaines pouvaient être offertes jusqu’à 6 $ la caisse.

    Dans certaines épiceries, des casseaux américains étaient même affichés à 1,44 $.

    Pendant ce temps, les producteurs québécois connaissent une excellente saison. Les fruits sont là. Ils sont de bonne qualité. Pourtant, certains envisagent de ne pas les cueillir faute de débouchés suffisants.

    Pour un fruit aussi périssable qu’une framboise, il n’existe pas énormément d’options. On récolte, on vend rapidement ou on perd le produit.

    Six dollars : un prix presque absurde

    Un prix de 6 $ la caisse semble tellement faible qu’il mérite qu’on s’y attarde.

    Et les données disponibles montrent que ce chiffre est tout à fait plausible.

    Les rapports du marché américain indiquent qu’au début d’août, les framboises provenant du Mexique et de Californie se transigeaient sur le marché spot dans une fourchette extrêmement basse, autour de quelques dollars la caisse, dans un contexte où les échanges étaient décrits comme très lents.

    Autrement dit, il y avait beaucoup de fruits disponibles et pas assez d’acheteurs pour les absorber au prix habituel.

    Mais une étude scientifique publiée presque au même moment permet d’aller beaucoup plus loin.

    Des chercheurs mexicains ont étudié les coûts réels de production de framboises dans la région de San Quintín, en Basse-Californie, l’une des importantes régions productrices destinées à l’exportation.

    Ils ont analysé deux modèles de fermes.

    Pour l’exploitation la plus efficace, le coût financier de production était d’environ 97 pesos mexicains par caisse.

    Pour l’autre exploitation, il atteignait près de 188 pesos par caisse.

    Aux taux de change utilisés dans l’étude, cela correspond grossièrement à des coûts de production d’environ 5 à 10 $ US par caisse.

    Les producteurs étudiés vendaient normalement leur production beaucoup plus cher : environ 12 $ US la caisse pour l’exploitation la plus efficace et 15 $ US pour l’autre.

    Voilà ce qui rend le prix actuel aussi intéressant.

    À 5 ou 6 $ US la caisse, même un producteur mexicain particulièrement efficace se retrouve pratiquement au seuil de son coût de production.

    Pour un producteur moins performant, c’est clairement une vente à perte.

    Pourquoi vendre quand même?

    Ça peut sembler illogique.

    Pourquoi un producteur accepterait-il de vendre ses framboises moins cher que ce qu’elles lui coûtent à produire?

    Parce qu’au moment de la récolte, une grande partie de ses dépenses est déjà engagée.

    Les plants ont été achetés. Les installations sont là. L’irrigation a fonctionné. Les engrais ont été appliqués. Le travail de préparation a été effectué.

    La question n’est donc plus nécessairement : «Est-ce que le prix couvre tous mes coûts?»

    Elle devient plutôt : «Est-ce que je perds moins d’argent en récoltant et en vendant à bas prix qu’en laissant tout dans le champ?»

    L’étude mexicaine permet encore une fois de mesurer ce phénomène.

    Selon les chercheurs, il fallait environ 69 à 79 pesos par caisse, selon l’exploitation, simplement pour couvrir les coûts variables déboursés.

    En dessous de ce seuil, les auteurs considèrent essentiellement qu’il ne vaut même plus la peine de produire.

    Il existe donc une zone assez troublante où une ferme peut continuer à vendre parce qu’elle récupère une partie de son argent, même si elle perd de l’argent sur l’ensemble de sa production.

    C’est exactement le genre de situation qu’un surplus massif peut provoquer.

    Le Canada devient une soupape

    Le problème n’est donc pas nécessairement que les producteurs américains ou mexicains peuvent normalement produire des framboises à 6 $.

    Il semble plutôt qu’ils en ont actuellement trop à vendre.

    Et lorsqu’un marché local est saturé, l’une des solutions consiste à chercher des acheteurs ailleurs.

    Le Canada devient alors particulièrement intéressant.

    Quelques remorques de framboises supplémentaires peuvent représenter relativement peu à l’échelle du marché américain, mais avoir un effet énorme sur un marché québécois beaucoup plus petit.

    Pour un producteur québécois qui doit obtenir 28, 30 ou 35 $ pour sa caisse, la concurrence devient pratiquement impossible lorsque des produits semblables apparaissent à une fraction de ce prix.

    Ce n’est plus vraiment une compétition entre deux systèmes de production efficaces.

    C’est une compétition entre un prix québécois qui doit permettre au producteur de continuer à produire et un prix de liquidation provoqué par un surplus ailleurs en Amérique du Nord.

    Peut-on vraiment parler de dumping?

    Le terme «dumping» est beaucoup utilisé depuis quelques jours.

    Dans le langage courant, il décrit assez bien ce que vivent les producteurs : des produits étrangers arrivent massivement à des prix extrêmement faibles et déstabilisent le marché local.

    Mais le dumping a aussi une définition juridique précise en commerce international.

    Pour démontrer officiellement qu’il y a dumping, il ne suffit pas de constater qu’une framboise américaine ou mexicaine est moins chère qu’une framboise québécoise. Il faudrait notamment établir que le produit est exporté au Canada à un prix inférieur à sa valeur normale selon les règles commerciales applicables.

    Nous n’avons pas cette démonstration.

    Par contre, nous avons maintenant un élément particulièrement intéressant : les prix observés sur le marché semblent être suffisamment faibles pour se situer près ou sous les coûts de production documentés au Mexique lui-même.

    Ça ne prouve pas juridiquement le dumping.

    Mais ça démontre que l’écart de prix actuel ne peut pas simplement être expliqué par une meilleure efficacité des producteurs étrangers.

    Le consommateur gagne… aujourd’hui

    Pour un consommateur devant un comptoir d’épicerie, le choix semble facile.

    Des framboises à 1,44 $ sont évidemment attrayantes.

    Mais un prix extrêmement bas n’est pas toujours le signe d’un marché sain.

    Si les producteurs québécois doivent abandonner certaines superficies parce qu’ils ne peuvent plus vendre leurs récoltes, le résultat à long terme sera une diminution de notre capacité locale de production.

    Et lorsque les surplus étrangers disparaîtront, les framboises à prix dérisoire disparaîtront elles aussi.

    C’est l’un des paradoxes de l’agriculture.

    Nous voulons des aliments locaux. Nous demandons aux producteurs d’investir dans leurs entreprises, de respecter nos normes et de produire ici.

    Mais lorsqu’un surplus provenant de milliers de kilomètres arrive temporairement à un prix inférieur au coût normal de production, notre système alimentaire n’offre pratiquement aucune protection au producteur qui se retrouve avec ses fruits mûrs dans le champ.

    Une framboise à 6 $ la caisse peut sembler être une excellente affaire.

    Le problème, c’est que personne ne peut produire durablement des framboises à ce prix.

    Et lorsque le prix d’un aliment ne permet plus à celui qui le produit de vivre de son travail, ce n’est peut-être pas l’aliment qui est devenu bon marché.

    C’est simplement quelqu’un, quelque part dans la chaîne, qui absorbe la perte. Et encore une fois, ce sont les agriculteurs qui l’absorbent.

    Sources

  • Bilan agricole de la semaine du 16 au 22 août 2026

    Bilan agricole de la semaine du 16 au 22 août 2026

    Trois dossiers ressortent de la semaine agricole du 16 au 22 août : l’échec des négociations commerciales avec les États-Unis, le resserrement de la capacité d’abattage bovin en Amérique du Nord et la question de la rentabilité des fermes verticales. Le point commun est assez simple : derrière les annonces, ce sont surtout leurs conséquences concrètes pour les producteurs qu’il faut regarder.

    Négociations Canada–États-Unis : les producteurs laitiers n’ont pas été sacrifiés

    La semaine a été dominée par l’évolution rapide du conflit commercial avec les États-Unis : menace tarifaire, sursis, négociations de dernière minute, puis échec des discussions et entrée en vigueur de droits de 50 %. Le lait et l’accès au marché canadien ont fait partie des points de friction, sans qu’une nouvelle concession canadienne sur la gestion de l’offre soit confirmée. J’y suis revenu plus longuement dans mon texte sur l’échec des négociations.

    Les producteurs laitiers ont été très inquiets de ce qui pourrait sortir de ces négociations. Le résultat final est décevant pour le Canada, mais il aura au moins permis de constater que Mark Carney n’a pas sacrifié le secteur laitier en échange d’un avantage commercial que Donald Trump aurait pu reprendre quelques semaines plus tard. Pour les producteurs sous gestion de l’offre, c’est un élément important à retenir de cette semaine mouvementée.

    Abattage bovin : moins de capacité, surtout un risque pour les vaches de réforme

    La capacité d’abattage bovin s’est resserrée cette semaine en Amérique du Nord. Une usine Tyson en Illinois a fermé immédiatement, l’usine de Pasco dans l’État de Washington a été mise en vente et une installation de Pennsylvanie a cessé l’abattage. Cette dernière était notamment utilisée par des producteurs ontariens. La revue du 20 août revenait sur cette réduction de capacité.

    Selon Canfax, l’abattage hebdomadaire de bovins engraissés aux États-Unis est passé d’environ 510 000 têtes en 2022 à 440 000 en 2026. La baisse du cheptel avait laissé certaines usines sous-utilisées, mais les fermetures réduisent maintenant le nombre de débouchés disponibles et peuvent déplacer davantage de pouvoir vers les transformateurs.

    J’anticipe un effet relativement faible sur les jeunes veaux vendus à l’encan, puisque les conditions auront le temps de se stabiliser d’ici leur abattage. L’impact pourrait être plus immédiat du côté des vaches de réforme, qui entrent beaucoup plus rapidement dans la chaîne d’abattage et dont la valeur est directement liée au marché du boeuf de transformation.

    Le contexte américain ajoute une autre pression. Donald Trump a annoncé cette semaine un assouplissement temporaire permettant jusqu’à 300 000 tonnes métriques de boeuf haché importé à droits réduits sur 90 jours, une mesure destinée à faire baisser les prix aux États-Unis et qui a suscité la colère des éleveurs américains. Reuters rapporte que cette ouverture vise précisément à augmenter rapidement l’offre de boeuf haché. Cette décision pourrait donc ajouter de la pression sur le marché auquel sont destinées de nombreuses vaches de réforme.

    Fermes verticales : un modèle encore à prouver

    GoodLeaf Farms affirme que ses installations de Saint-Hubert, Guelph et Calgary sont maintenant rentables. C’est notable dans un secteur où plusieurs projets d’agriculture intérieure ont eu de la difficulté à absorber les coûts de construction, d’énergie et d’exploitation. La revue du 17 août revenait sur les chiffres avancés par l’entreprise.

    Je garde tout de même un doute sur la viabilité à long terme de ce modèle. Les coûts énergétiques et les investissements requis restent importants, et la rentabilité annoncée vient de l’entreprise elle-même. Mais si le modèle réussit réellement à s’imposer dans la durée, il représentera un outil de plus pour renforcer notre autonomie alimentaire, notamment pour certaines productions fraîches disponibles à l’année.

    À retenir

    La semaine aura surtout rappelé qu’une annonce n’a pas la même valeur selon le point de vue d’où on la regarde. Pour les producteurs laitiers, l’échec des négociations a au moins clarifié la position du gouvernement sur la gestion de l’offre. Pour les éleveurs, la réduction de la capacité d’abattage et l’ouverture américaine à davantage de boeuf haché pourraient peser plus rapidement sur les vaches de réforme que sur les jeunes animaux. Et du côté des fermes verticales, le vrai test ne sera pas une annonce de rentabilité, mais la capacité de maintenir ce résultat dans le temps.

  • Actualité agricole du 22 août 2026 : tarifs, apiculture et légumineuses

    Actualité agricole du 22 août 2026 : tarifs, apiculture et légumineuses

    L’actualité agricole Québec 22 août 2026 est dominée par un changement devenu concret pendant la nuit : les nouveaux droits américains de 50 % sont maintenant en vigueur après l’échec des négociations entre Ottawa et Washington.

    Deux autres développements méritent l’attention. Au Québec, la création d’une chambre de coordination apicole franchit une étape réglementaire importante. Dans les marchés des grandes cultures, Agriculture et Agroalimentaire Canada réduit fortement sa prévision de stocks de lentilles, tout en relevant légèrement celle des pois.

    Actualité agricole Québec 22 août 2026 : les droits américains entrent en vigueur

    Mise à jour : depuis le sursis de trois jours annoncé cette semaine, le fait nouveau est décisif. Les pourparlers ont échoué et les États-Unis ont appliqué à compter de 0 h 01 des droits additionnels de 50 % à environ 20 milliards de dollars américains de produits canadiens. Le premier ministre Mark Carney a suspendu les négociations et annoncé une riposte canadienne dollar pour dollar.

    Pour l’agriculture, la liste comprend notamment des ingrédients laitiers, du miel, de la laine, des peaux bovines, des bulbes, des fleurs coupées, des semences potagères, du houblon, du ginseng ainsi que certains mélanges et pâtes de boulangerie. Même si la plupart des productions primaires ne sont pas directement visées, les filières fortement dépendantes du marché américain devront rapidement mesurer les contrats exposés, les stocks déjà en transit et les possibilités de redirection.

    Les versions canadienne et américaine divergent sur la responsabilité de l’échec. Ottawa affirme que les conditions américaines ont changé à la dernière minute. Washington soutient plutôt que le Canada a refusé de conclure selon les modalités déjà discutées. Aucun nouveau cycle de pourparlers n’est annoncé pour le moment.

    Consulter la liste des produits agricoles touchés et le bilan des négociations
    Lire la proclamation américaine qui a reporté l’entrée en vigueur au 22 août
    Voir le compte rendu d’Associated Press sur l’échec des pourparlers

    Pour comprendre le débat autour du lait sans attribuer trop vite la rupture à un seul secteur, lire aussi l’opinion publiée ce matin sur les producteurs laitiers et les négociations.

    Une chambre de coordination apicole reçoit le feu vert de la Régie

    La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec a autorisé la création d’une chambre de coordination et de développement pour l’apiculture. Le projet n’est toutefois pas encore pleinement opérationnel. Les apiculteurs concernés devront approuver un règlement et un code de déontologie en assemblée, puis élire un conseil d’administration.

    Le financement proposé repose sur un prélèvement de 2 $ par ruche auprès des propriétaires de 200 ruches et plus, qu’ils soient membres ou non des Apiculteurs et apicultrices du Québec. Selon l’organisation, cette formule ferait passer son budget annuel de recherche d’environ 3 000 $ à 110 000 $.

    Les travaux envisagés concernent notamment la lutte contre le varroa et la sélection d’abeilles mieux adaptées au climat québécois. La décision arrive au moment où le miel canadien est directement visé par les nouveaux droits américains, ce qui renforce la nécessité de suivre à la fois la compétitivité de la production et l’accès aux marchés.

    Lire les détails sur la future chambre de coordination apicole

    Les stocks prévus de lentilles diminuent, ceux de pois augmentent

    Agriculture et Agroalimentaire Canada a ramené sa prévision de stocks de fin de campagne 2026-2027 pour les lentilles à 1,09 million de tonnes, comparativement à 1,54 million en juillet. Cette baisse de 29 % s’explique par une révision à la hausse des exportations de la campagne précédente, une production 2026-2027 réduite de 150 000 tonnes et une prévision d’exportation augmentée de 100 000 tonnes.

    Le changement améliore le bilan de l’offre, mais ne garantit pas une hausse rapide des prix. Des analystes considèrent encore les stocks prévus comme élevés, héritage de la récolte abondante de 2025-2026. La demande initiale semble solide, mais l’évolution de la récolte australienne et les coûts de transport demeurent des variables importantes.

    Pour les pois secs, la prévision de stocks monte plutôt à 860 000 tonnes, contre 810 000 en juillet. Le rendement de la récolte canadienne déterminera si cette offre pèse durablement sur les prix, malgré des débouchés ouverts en Chine et en Inde.

    Lire l’analyse des nouvelles prévisions pour les lentilles et les pois
    Consulter les rapports officiels sur les principales grandes cultures canadiennes

    À surveiller

    La priorité sera la publication des mesures de rétorsion canadiennes et de leurs dates d’application, ainsi que toute reprise formelle des pourparlers avec Washington. En apiculture, le vote sur les règles de la nouvelle chambre déterminera le moment où le prélèvement et les projets de recherche pourront commencer. Dans les marchés des légumineuses, les premiers rendements de récolte et la demande d’exportation permettront de vérifier si la réduction des stocks de lentilles se confirme.

  • Avant de blâmer les producteurs laitiers pour l’échec des négociations

    Avant de blâmer les producteurs laitiers pour l’échec des négociations

    Ce matin, des produits canadiens sont frappés d’un tarif américain de 50 %. Et malgré tout, je suis plutôt satisfait de la position prise par mon gouvernement.

    Je précise tout de suite : je ne me réjouis certainement pas de ce qui arrive. Des entreprises vont perdre des commandes. Des travailleurs vont vivre avec l’incertitude. Certains pourraient perdre leur emploi. Derrière les milliards dont on parle dans les manchettes, il y a du monde qui doit payer son hypothèque, faire rouler une entreprise ou simplement essayer de passer au travers d’une autre période d’instabilité.

    Je pense à eux. Et c’est justement pour ça que je regarde avec un certain malaise le récit qui risque de s’installer dans les prochains jours.

    Il est très tentant de résumer l’échec des négociations ainsi : le Canada aurait pu obtenir un allègement des tarifs sur l’acier, l’aluminium et l’automobile, mais aurait refusé de céder sur le lait. Conclusion : quelques milliers de producteurs laitiers auraient fait payer le prix au reste du pays.

    C’est simple. C’est efficace. Ça fera probablement de très bonnes chroniques.

    Le problème, c’est qu’à l’heure actuelle, on ne sait pas si c’est vrai.

    On ne sait pas ce qui a fait casser l’entente

    Les négociations portaient sur plusieurs dossiers à la fois. L’acier, l’aluminium, l’automobile, le bois d’œuvre, l’alcool et les demandes américaines concernant le marché laitier faisaient tous partie de la discussion. D’ailleurs, le marché laitier canadien n’est pas fermé aux produits américains, contrairement à ce que laisse parfois entendre le débat public. Les deux gouvernements donnent maintenant des versions différentes de ce qui s’est passé dans les dernières heures.

    Ottawa affirme que les États-Unis ont modifié leurs conditions à la dernière minute. Washington soutient plutôt que le Canada a demandé davantage de concessions et n’a pas voulu finaliser l’entente qui se trouvait sur la table.

    Il faudra probablement un certain temps avant de savoir exactement ce qui a fait dérailler les discussions. Le lait a peut-être joué un rôle important. Il a peut-être même été l’un des points impossibles à régler. Mais passer de là à dire que les producteurs laitiers ont fait échouer l’accord, ce serait aller beaucoup plus loin que ce que les faits permettent actuellement.

    Je suis soulagé, mais pas triomphant

    Je suis producteur laitier. Je ne vais donc pas faire semblant d’être un observateur parfaitement détaché de la situation.

    Oui, je suis soulagé de voir qu’Ottawa ne semble pas avoir accepté une nouvelle concession importante sur la gestion de l’offre simplement pour obtenir une entente. Depuis des mois, le gouvernement répète qu’il défendra le système. Une promesse comme celle-là est facile à faire lorsque rien n’est en jeu.

    Cette semaine, quelque chose était réellement en jeu.

    Une entente semblait suffisamment proche pour qu’on parle ouvertement de réductions importantes des tarifs américains sur certains secteurs industriels. Refuser une entente dans ces circonstances a un coût politique et économique. C’est justement ce qui donne du poids à une ligne rouge. Si elle disparaît dès qu’elle devient coûteuse, ce n’était pas vraiment une ligne rouge.

    Ça ne veut pas dire que je souhaite que des travailleurs de l’acier ou de l’automobile paient pour protéger ma ferme. Ce serait une façon assez tordue de voir les choses.

    Qui doit être sacrifié cette fois-ci?

    Il y a une question plus fondamentale derrière tout ça.

    Si les États-Unis peuvent frapper un secteur canadien pour obtenir une concession dans un autre, qu’est-ce qu’on fait la prochaine fois?

    On ouvre davantage le marché laitier pour protéger l’acier. Puis, dans six mois, on abandonne quoi pour protéger le bois d’œuvre? Et lorsque ce nouveau secteur est à son tour menacé, qui passe ensuite?

    La solidarité entre les régions et les secteurs économiques ne peut pas signifier qu’on désigne chaque fois le prochain groupe qu’on acceptera de sacrifier. Sinon, ce n’est plus vraiment de la solidarité.

    Je ne prétends pas non plus que la gestion de l’offre doit être placée sous une cloche de verre et ne jamais être discutée. On peut débattre du fonctionnement du système, vouloir l’améliorer et avoir des désaccords sérieux sur certaines de ses règles.

    Mais une réforme décidée au Canada, parce qu’on croit qu’elle serait meilleure pour les producteurs et les consommateurs, n’est pas la même chose qu’une concession faite parce qu’un gouvernement étranger menace de faire mal ailleurs dans notre économie.

    La facture n’a pas encore de responsable

    Je comprends très bien qu’un travailleur touché par les nouveaux tarifs puisse être en colère. S’il entend dans quelques jours qu’une entente était à portée de main et que « les producteurs de lait » l’ont empêchée, je comprends aussi qu’il puisse nous en vouloir.

    Tout ce que je demande, c’est qu’on sache d’abord si c’est réellement ce qui s’est passé.

    Les tarifs de 50 % sont maintenant en vigueur sur environ 20 milliards de dollars américains de produits canadiens, et Ottawa annonce une riposte dollar pour dollar. Ce n’est pas une petite affaire. Les conséquences seront réelles, même si ces produits représentent une part limitée des exportations canadiennes vers les États-Unis.

    Je ne suis donc pas en train de célébrer une victoire.

    Je constate simplement qu’à ce stade, Mark Carney semble avoir préféré quitter la table plutôt que d’accepter des conditions qu’il jugeait mauvaises pour le Canada. Sur la gestion de l’offre, le gouvernement semble avoir tenu parole jusqu’ici. Comme producteur laitier, j’en suis content.

    La suite pourrait me faire changer d’avis. Les détails des négociations pourraient aussi nous apprendre des choses moins confortables.

    Mais avant de décider que cette crise est la faute des producteurs laitiers, attendons au moins de savoir pourquoi l’entente a réellement échoué.

    Sources

  • Actualité agricole du 21 août 2026 : cultures, canola et fourrages

    Actualité agricole du 21 août 2026 : cultures, canola et fourrages

    L’actualité agricole Québec 21 août 2026 met aujourd’hui l’accent sur l’état encourageant des grandes cultures, un resserrement marqué des stocks canadiens de canola et un choix de machinerie qui peut modifier le séchage des fourrages.

    Trois sujets seulement ont été retenus. Les discussions commerciales entre le Canada et les États-Unis restent importantes, mais aucune décision officielle assez nouvelle n’était disponible au moment de cette revue pour justifier de répéter la couverture des derniers jours.

    Actualité agricole Québec 21 août 2026 : les cultures progressent bien

    La Tournée des grandes cultures du Québec a mobilisé une centaine de participants dans six régions le 20 août. Les observations de terrain donnent un portrait généralement favorable avant le dévoilement des estimations de rendement prévu le 27 août.

    Dans les champs suivis, la pollinisation du maïs est pratiquement terminée et le stade pâteux est bien engagé. La culture affiche un peu d’avance sur 2025, tout en demeurant légèrement derrière la moyenne des cinq dernières années. Pour le soya, le remplissage des gousses est en cours dans environ les trois quarts des champs observés, avec une légère avance sur la moyenne quinquennale.

    Le blé de printemps offre un portrait plus nuancé. Environ 78 % des superficies suivies avaient atteint la maturité et 49 % étaient récoltées, mais plusieurs répondants jugeaient les résultats moins bons qu’espéré. Ces observations constituent une indication de terrain, pas encore une estimation provinciale définitive.

    Ce nouveau portrait prolonge la mise à jour des cultures publiée le 14 août, avec un avancement désormais plus visible du maïs, du soya et des récoltes de blé.

    Consulter l’état des cultures du 21 août et les observations régionales

    Les stocks de canola sont fortement révisés à la baisse

    Agriculture et Agroalimentaire Canada a revu ses projections de stocks de fin de campagne. Pour le canola, les stocks de 2025-2026 sont maintenant estimés à 1,725 million de tonnes, comparativement à 2,707 millions dans la projection de juillet. Les exportations et l’utilisation intérieure ont été plus fortes que prévu.

    Pour 2026-2027, les stocks de fin de campagne sont projetés à 1,504 million de tonnes, soit environ 570 000 tonnes de moins que dans l’estimation précédente. Cette baisse survient même si la production prévue a été relevée de 21 à 21,6 millions de tonnes. L’utilisation intérieure devrait atteindre 13,951 millions de tonnes, tandis que les exportations sont maintenues à 8 millions.

    Le fait nouveau est donc matériel : la récolte attendue est plus abondante, mais le coussin disponible serait plus mince. Pour le marché, cette combinaison peut soutenir les prix, sans les soustraire aux effets de la récolte réelle, de la demande mondiale et du commerce international. Elle précise le contexte du marché du canola présenté le 16 août.

    Lire les nouvelles projections canadiennes pour le canola et les principales grandes cultures
    Consulter les rapports officiels sur les perspectives des grandes cultures

    Conditionner les fourrages demande davantage de puissance

    Le choix entre une faucheuse avec ou sans conditionneur ne se limite pas au temps de séchage. Selon une synthèse publiée avec la collaboration du Conseil québécois des plantes fourragères, les fabricants recommandent généralement de 50 à 100 chevaux supplémentaires pour conditionner sur une largeur de 10 mètres.

    Le conditionneur augmente aussi le poids de la machine. Il peut ajouter environ 200 kilogrammes à une faucheuse frontale de 3,5 mètres et près de 900 kilogrammes à la section arrière d’un ensemble triple. Une faucheuse sans conditionneur peut donc rendre une grande largeur de travail accessible à une ferme dont le tracteur est autrement trop petit.

    Le compromis dépend du chantier. Jusqu’à environ 60 % d’humidité, la baisse serait semblable avec ou sans conditionnement. Ensuite, le fourrage non conditionné sèche plus lentement, ce qui peut convenir à l’ensilage. Pour du foin sec, le conditionnement favorise la poursuite du séchage en ouvrant ou en écrasant les tiges. Certaines plantes, comme l’herbe de Soudan, peuvent toutefois perdre davantage de liquide et de composantes lorsqu’elles sont conditionnées.

    Voir les facteurs à comparer avant de choisir une faucheuse avec conditionneur

    À surveiller

    Les résultats chiffrés de la Tournée des grandes cultures, attendus le 27 août, permettront de confronter les observations encourageantes aux estimations de rendement. Sur les marchés, il faudra suivre la réaction du canola aux nouvelles projections de stocks et à l’avancement de la récolte.

    Enfin, toute décision officielle dans les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis pourrait changer rapidement le portrait agricole. Une annonce concrète, plutôt qu’une nouvelle déclaration, justifierait alors une mise à jour.

  • Les 10 mythes de Sylvain Charlebois : ce qu’il dit vrai, ce qu’il simplifie et ce qu’il oublie

    Les 10 mythes de Sylvain Charlebois : ce qu’il dit vrai, ce qu’il simplifie et ce qu’il oublie

    Le 19 août, Sylvain Charlebois a publié dans La Vie agricole une version française de ses « dix mythes » sur la gestion de l’offre. Le texte est plus nuancé que certaines de ses chroniques précédentes. Sur quelques points, je suis même d’accord avec lui. Sur d’autres, toutefois, les faits présentés sont exacts seulement en partie, privés d’un contexte essentiel ou utilisés pour soutenir une conclusion qu’ils ne démontrent pas.

    C’est probablement ce qui me déçoit le plus. Sylvain Charlebois n’est pas un commentateur quelconque : il est professeur, titulaire d’une chaire de recherche et régulièrement présenté dans les médias comme expert des politiques alimentaires. On est donc en droit d’attendre de lui une rigueur particulière. Or, à plusieurs reprises, ce ne sont pas nécessairement les faits de départ qui sont faux, mais le contexte retranché, les notions amalgamées ou la conclusion qui en est tirée donnent au lecteur une image déformée de la réalité.

    Plutôt que de répondre par dix slogans opposés, regardons donc ses dix « mythes » un par un.

    1. Les producteurs laitiers sont-ils des millionnaires?

    Oui, si l’on additionne la valeur de la terre, des bâtiments, du troupeau, de la machinerie et du quota, plusieurs fermes laitières valent plusieurs millions de dollars. Mais une ferme de six millions n’est pas un compte de banque de six millions.

    La valeur des actifs ne dit rien, à elle seule, du revenu disponible du producteur, de son endettement, de ses besoins de réinvestissement ni du rendement obtenu sur tout ce capital immobilisé. C’est précisément la distinction que j’ai développée dans Les producteurs laitiers sont des millionnaires. Oui, mais….

    Charlebois soulève néanmoins un vrai enjeu : cette valeur élevée des actifs complique l’établissement et le transfert à la relève. Mais confondre patrimoine productif et richesse personnelle demeure un raccourci.

    2. La gestion de l’offre protège-t-elle la ferme familiale?

    Non, la gestion de l’offre n’a pas empêché la consolidation. Le nombre de fermes laitières canadiennes a fortement diminué depuis sa création. Mais ce chiffre, pris seul, ne permet absolument pas de conclure que le système a échoué à protéger les fermes familiales. Pour le savoir, il faut comparer avec ce qui s’est produit ailleurs.

    Entre 2014 et 2024, le Canada est passé d’environ 12 007 fermes laitières à 9 256, soit une diminution de 22,9 %. Pendant la même période, les États-Unis sont passés d’environ 44 809 troupeaux laitiers licenciés à 24 811, soit une diminution de 44,6 %. La proportion de fermes disparues chez nos voisins a donc été presque deux fois plus élevée.

    Cette comparaison ne prouve pas que la gestion de l’offre explique à elle seule la différence. Les deux pays ont des structures agricoles, des marchés et des politiques différentes. Elle montre toutefois pourquoi le simple décompte des fermes canadiennes ne peut pas servir de preuve contre le système. Les données sont au contraire compatibles avec l’idée qu’un revenu plus stable peut ralentir la consolidation, même s’il ne l’empêche pas.

    3. Les producteurs laitiers ne reçoivent-ils aucune subvention?

    Tout dépend de ce qu’on appelle une subvention. Charlebois place dans un même ensemble les paiements compensatoires, les tarifs douaniers, les restrictions aux importations, les prix administrés et divers programmes publics. On peut appeler tout cela du soutien au sens économique large. Mais ce ne sont pas des mécanismes équivalents.

    Un tarif douanier n’est pas un chèque du gouvernement. Un prix administré n’est pas une dépense budgétaire. Et une compensation versée parce que l’État a cédé durablement une partie du marché intérieur dans un accord commercial n’est pas la même chose qu’un programme permanent qui renfloue chaque année le revenu des producteurs lorsque les prix s’effondrent.

    Le contraste avec les États-Unis demeure important. Les producteurs américains disposent notamment de programmes fédéraux comme le Dairy Margin Coverage lorsque leurs marges deviennent insuffisantes. Le Canada a choisi un autre mécanisme : organiser la production en fonction de la demande et tirer l’essentiel du revenu agricole du marché.

    Un autre raccourci mérite d’être signalé. Dans son texte de La Vie agricole, Charlebois évoque un budget national de marketing du secteur laitier approchant 200 millions de dollars dans un contexte où il parle du « lobby laitier ». Or ces sommes ne correspondent pas à 200 millions de dollars de lobbying politique. Les fonds financés par les producteurs servent notamment à la publicité, à la promotion, au développement des marchés, à l’éducation et à la nutrition, aux commandites, à la recherche et à diverses initiatives sectorielles. Comme dans bien d’autres industries, seule une partie des activités relève directement de la représentation politique.

    4. Les accords commerciaux font-ils perdre de l’argent à tous les producteurs?

    Charlebois insiste sur le fait que chaque producteur n’a pas eu à présenter ses états financiers pour démontrer une perte individuelle avant de recevoir une compensation. C’est vrai. Mais ce n’est pas ce que le programme cherchait à mesurer.

    Le gouvernement canadien a accordé à des concurrents étrangers un accès permanent à une fraction du marché laitier canadien. Les compensations ont ensuite été réparties proportionnellement au quota détenu, donc selon la part de capacité de production de chaque ferme dans ce marché. Un producteur détenant deux fois plus de quota ne recevait pas le même chèque qu’un plus petit producteur : sa compensation était proportionnellement plus élevée.

    Cette méthode me paraît aussi juste qu’il était raisonnablement possible de l’être. La perte est structurelle et collective, pas simplement une baisse de revenu comptable observée pendant une année donnée. Le quota est précisément l’instrument qui répartit entre les producteurs leur part du marché canadien.

    Il faut aussi rappeler que les producteurs financent eux-mêmes, par des prélèvements liés à leur production, la promotion et le développement de ce marché. Publicité, programmes éducatifs, développement des débouchés, commandites, recherche et autres initiatives sont financés collectivement. Lorsqu’un gouvernement décide ensuite de céder définitivement une partie du marché ainsi développé, le principe d’une compensation proportionnelle à la part détenue est tout sauf arbitraire.

    5. Abolir la gestion de l’offre ferait-il automatiquement baisser les prix?

    Sur ce point, Sylvain Charlebois et moi sommes d’accord. L’abolition de la gestion de l’offre ne garantirait pas une baisse du prix payé à l’épicerie. Il le reconnaît lui-même dans ses dix mythes publiés par La Vie agricole.

    Le prix du lait cru n’est qu’une composante du prix final. Transformation, énergie, emballage, transport, équipements, distribution, salaires et avantages sociaux, y compris dans des usines où la main-d’œuvre est syndiquée, ainsi que les marges commerciales continueraient d’exister si le prix payé au producteur diminuait.

    Il faut aussi souligner une évolution importante de sa position publique. Dans un autre article publié le même 19 août par La Vie agricole, à la suite d’une discussion avec le producteur Frédéric Poulin et Simon Bégin, le constat rapporté est qu’aucun des trois ne souhaite abolir la gestion de l’offre. Charlebois parle plutôt de réforme. C’est une nuance importante que je reconnais volontiers : notre désaccord porte donc davantage sur le diagnostic et sur la réforme proposée que sur une abolition pure et simple.

    6. Les producteurs assument-ils seuls le coût du lait jeté?

    Il faut ici distinguer deux situations que la formulation de Charlebois tend à confondre.

    Lorsqu’une ferme dépasse son quota et doit disposer de lait qui ne peut pas être commercialisé, la perte est assumée directement par cette ferme. Le lait jeté n’est pas remboursé par un mécanisme collectif.

    Lorsqu’il existe plutôt un surplus collectif de marché, la situation est différente. Les coûts peuvent être répartis entre les producteurs par les mécanismes de mise en commun. Dans ce cas, oui, la perte est mutualisée. Mais elle demeure assumée par les producteurs collectivement, et non transférée mystérieusement à quelqu’un d’autre.

    Il faut également éviter de parler comme si tout surplus signifiait nécessairement du lait entier versé au drain. Les déséquilibres concernent fréquemment des composantes du lait, notamment les solides non gras, qui doivent trouver des débouchés distincts de la matière grasse.

    7. Le gaspillage de lait est-il inévitable?

    Comme dans pratiquement toute industrie agroalimentaire, il existe des pertes. Aucun système réel n’utilise parfaitement 100 % de chaque litre produit, chaque jour de l’année. La question pertinente est donc moins de savoir si le gaspillage existe que d’en mesurer l’ampleur réelle.

    Sur ce point, les données officielles donnent un portrait beaucoup moins spectaculaire que certaines manchettes. Agriculture et Agroalimentaire Canada indique qu’en 2023, plus de 99 % du lait cru provenant des fermes canadiennes a été transformé et précise que le déversement de lait est rare au Canada. Autrement dit, le système transforme déjà pratiquement tout le lait produit.

    Il faut surtout être prudent avec les estimations voulant que plusieurs milliards de litres aient été « jetés » depuis 2012. Ces chiffres ne proviennent pas d’un registre national additionnant des volumes réellement mesurés au drain. Ils reposent sur une estimation de l’écart entre une production théorique calculée à partir du nombre de vaches et du rendement moyen, puis les volumes effectivement vendus aux transformateurs. Cet écart peut inclure diverses réalités, notamment du lait destiné aux veaux, du lait non commercialisable, des pertes normales et des différences méthodologiques.

    Ce travail de recherche peut certainement soulever une question légitime sur la qualité des données disponibles. Mais une estimation indirecte du « lait manquant » ne doit pas être présentée comme une mesure précise de milliards de litres volontairement jetés.

    8. Le Canada a-t-il pleinement respecté l’ACEUM?

    Il faut distinguer les litiges. Les États-Unis ont remporté un premier différend portant sur la façon dont le Canada réservait certaines parts de ses contingents tarifaires aux transformateurs. Le Canada a ensuite modifié ses règles.

    Washington a contesté à nouveau le système révisé. Cette fois, en 2023, la majorité du groupe spécial a rejeté les principales contestations américaines. Autrement dit, le fait que les États-Unis soient insatisfaits de l’application canadienne de l’ACEUM ne signifie pas automatiquement que le Canada viole l’accord.

    Notre interprétation des règles actuelles a donc bel et bien été confirmée sur des éléments importants du second litige. J’ai développé cette question plus en détail dans Marché laitier fermé? Les chiffres disent le contraire et dans mes textes récents sur les demandes américaines.

    9. La gestion de l’offre garantit-elle la sécurité alimentaire?

    Je remplacerais le mot « garantit » par contribue fortement. Aucun système ne peut garantir à lui seul la sécurité alimentaire face à une épizootie majeure, une catastrophe naturelle, une rupture logistique ou une crise internationale.

    Mais la gestion de l’offre contribue directement à la stabilité de notre capacité de production. Elle cherche à éviter les deux extrêmes : les surplus chroniques qui font s’effondrer les prix et éliminent des fermes, puis les pénuries qui font exploser les prix et exigent de reconstruire rapidement une capacité de production disparue.

    Sécurité alimentaire ne signifie pas autarcie. Le fait que les producteurs utilisent des tracteurs, des médicaments vétérinaires ou certains intrants importés ne rend pas inutile une capacité nationale de production laitière. Une ferme disparue ne redémarre pas en quelques mois : il faut un troupeau, des bâtiments, des terres, des équipements, du capital et de la main-d’œuvre. Maintenir cette infrastructure au Canada est bien une composante de la résilience alimentaire.

    10. Réformer signifie-t-il abolir le système du jour au lendemain?

    Là-dessus, nous sommes encore d’accord : réformer signifie réformer, pas abolir. Le statu quo intégral et l’abolition immédiate ne sont pas les deux seules options. Cette volonté de réformer sans nécessairement abolir ressort également de la rencontre rapportée par La Vie agricole.

    Le problème vient plutôt du contenu concret de la réforme proposée. Dans son texte des dix mythes, Charlebois évoque notamment une transition sur quinze ans, une diminution du prix du lait industriel, un accès facilité à de nouveaux producteurs, davantage de transformation et d’innovation, ainsi qu’un traitement progressif de la valeur des quotas.

    Mais les mesures qui touchent directement les fermes ont un point commun : elles font porter l’essentiel du coût de la transition sur les producteurs. Réduire le prix du lait industriel diminue leur revenu. Réduire ou éliminer progressivement la valeur du quota frappe simultanément un actif majeur de leur bilan. Faciliter l’arrivée de nouveaux producteurs sans expliquer comment la production supplémentaire serait répartie peut également diluer la valeur économique des droits existants.

    Une réforme de cette nature pourrait provoquer exactement le phénomène que Charlebois reproche au système actuel de ne pas avoir empêché : une consolidation accélérée. Les fermes les plus endettées, les plus petites ou celles qui viennent d’investir seraient les plus vulnérables. Les entreprises les mieux capitalisées pourraient plus facilement absorber la baisse de revenu, racheter les actifs de celles qui quittent et grossir.

    Une réforme crédible doit donc répondre à une question très simple : qui paie? Si la baisse du prix du lait et la perte de valeur des quotas sont essentiellement absorbées par les producteurs, il faut aussi expliquer pourquoi cette transition ne provoquerait pas une sortie massive de fermes.

    Critiquer la gestion de l’offre, oui. Simplifier la réalité, non.

    La gestion de l’offre n’est pas parfaite. Le coût d’entrée pour la relève, la valeur des quotas, la capacité de transformation, la transparence, certains surplus de composantes et la compétitivité industrielle sont de vraies questions. Les producteurs et leurs organisations doivent accepter de les discuter.

    Mais les critiques doivent être soumises à la même exigence. Une ferme de plusieurs millions n’est pas nécessairement un producteur disposant de millions en liquidités. La disparition de fermes canadiennes ne peut pas être évaluée sans constater que les États-Unis ont consolidé encore beaucoup plus rapidement. Les compensations commerciales n’ont pas été distribuées également au hasard : elles ont été calculées selon le quota détenu. Plus de 99 % du lait cru canadien est transformé. Et une contestation américaine de l’ACEUM n’équivaut pas automatiquement à une violation canadienne.

    Je n’ai aucun problème avec le fait que Sylvain Charlebois souhaite réformer la gestion de l’offre. Sur certains points, je partage même son diagnostic. Mais lorsqu’un universitaire bénéficiant d’une telle tribune publique entreprend de « déboulonner des mythes », il doit aussi accepter que ses propres raccourcis soient examinés avec la même rigueur.

    Chandail J’ai survécu à une autre chronique de Sylvain Charlebois

    Besoin d’un peu d’humour après dix mythes?

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    J’ai aussi créé le chandail « J’ai survécu à une autre chronique de Sylvain Charlebois ».

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    À lire aussi

  • Actualité agricole du 20 août 2026 : négociations, bovins, porcs et machinerie

    Actualité agricole du 20 août 2026 : négociations, bovins, porcs et machinerie

    L’actualité agricole Québec 20 août 2026 apporte une nouvelle étape dans les négociations commerciales avec les États-Unis. Les négociateurs tentent de conclure une entente avant l’échéance de samedi, mais aucun texte final n’a encore été rendu public.

    Trois autres dossiers méritent l’attention : la réduction de la capacité d’abattage bovin en Amérique du Nord, la diplomatie agricole autour du commerce porcin avec l’Iowa et les premiers signes d’un possible plancher dans le marché de la machinerie.

    Actualité agricole Québec 20 août 2026 : les négociations se poursuivent

    Mise à jour : depuis le sursis annoncé le 19 août, le fait nouveau est la reprise des rencontres entre le ministre canadien Dominic LeBlanc et le représentant américain au Commerce Jamieson Greer. Les discussions doivent se poursuivre à Washington afin de finaliser une entente avant l’entrée en vigueur prévue samedi de nouveaux droits sur environ 20 milliards de dollars de marchandises canadiennes.

    Selon les informations obtenues par Reuters, le projet en discussion pourrait notamment réduire les droits américains sur l’acier, l’aluminium et les véhicules canadiens. Pour l’agriculture, les détails restent plus flous. Des responsables canadiens affirment que les intérêts du secteur laitier sont protégés, tandis que le président américain continue de présenter l’entente comme un gain pour les exportateurs agricoles des États-Unis.

    Il faut donc distinguer les indications politiques d’une décision officielle. Tant que les modalités sur les contingents tarifaires et la gestion de l’offre ne sont pas publiées, il est impossible de mesurer l’effet réel pour les producteurs laitiers.

    Lire le point de situation de Reuters sur les négociations du 20 août
    Consulter les informations d’Associated Press sur les conditions encore imprécises
    Revoir l’analyse sur les engagements évoqués dans le secteur laitier

    La capacité d’abattage bovin se resserre en Amérique du Nord

    La fermeture immédiate d’une usine Tyson en Illinois, la mise en vente de l’usine de Pasco dans l’État de Washington et l’arrêt de l’abattage dans une installation de Pennsylvanie réduisent les débouchés disponibles pour les bovins nord-américains. Cette évolution touche directement les producteurs ontariens, qui utilisaient notamment l’usine de Pennsylvanie, et elle peut aussi modifier les possibilités d’exportation dans l’Ouest canadien.

    Selon l’analyste en chef de Canfax, Brenna Grant, l’abattage hebdomadaire de bovins engraissés aux États-Unis est passé d’environ 510 000 têtes en 2022 à 440 000 en 2026. La réduction du cheptel avait laissé plusieurs usines sous-utilisées, mais les fermetures rapprochent maintenant la capacité de transformation du nombre d’animaux disponibles.

    Pour les parcs d’engraissement, le risque est un déplacement du pouvoir de négociation vers les transformateurs. Moins d’usines et moins de quarts de travail signifient que les acheteurs doivent se disputer un moins grand nombre d’animaux chaque semaine. Le résultat dépendra toutefois de la vente éventuelle de l’usine de Pasco, de l’utilisation des installations canadiennes et de la demande américaine pour les bovins canadiens.

    Lire l’analyse de Canfax sur la capacité d’abattage et les bovins canadiens

    Le porc canadien mise sur ses liens directs avec l’Iowa

    Une délégation canadienne comprenant le ministre fédéral de l’Agriculture Heath MacDonald et des représentants de Manitoba Pork a profité de la foire de l’État de l’Iowa pour rencontrer la gouverneure, le secrétaire à l’Agriculture de l’État et des dirigeants agricoles américains.

    L’enjeu est très concret. Le Manitoba expédie environ deux millions de jeunes porcs par année vers l’Iowa, où ils sont engraissés. À l’échelle plus large, les échanges agricoles, agroalimentaires et de produits de la mer entre le Canada et les États-Unis ont atteint 101,2 milliards de dollars en 2025, tandis que les échanges comparables entre le Canada et l’Iowa se sont élevés à 3 milliards.

    Ces rencontres ne constituent pas une entente commerciale. Elles montrent toutefois comment les filières intégrées peuvent défendre leurs intérêts auprès des États qui dépendent eux aussi des approvisionnements canadiens. Cette relation devient importante devant le risque de tarifs, de nouvelles règles d’étiquetage de l’origine ou de normes d’élevage différentes d’un État à l’autre.

    Consulter le bilan officiel de la visite du ministre MacDonald en Iowa
    Lire l’entretien avec Manitoba Pork sur le commerce transfrontalier

    John Deere entrevoit le creux du cycle de la machinerie

    Les résultats du troisième trimestre de Deere donnent un portrait contrasté. Le bénéfice net a atteint 1,379 milliard de dollars et l’entreprise a relevé ses prévisions annuelles, mais les ventes du segment Production et agriculture de précision ont diminué de 6 %, à environ 4 milliards.

    La direction estime néanmoins que 2026 pourrait marquer le point bas du cycle actuel de la machinerie agricole. Les stocks de gros tracteurs et de moissonneuses neuves auraient fortement reculé depuis leur sommet de 2024, tandis que le marché de l’équipement usagé se normalise graduellement.

    Ce signal ne signifie pas que les achats repartiront rapidement. Les ventes américaines de tracteurs demeurent en baisse et la rentabilité des producteurs de grandes cultures reste fragile. Pour les fermes, une stabilisation du marché pourrait éventuellement améliorer le choix d’équipements et les conditions de négociation, mais les taux d’intérêt, les prix des grains et les coûts des intrants détermineront la vitesse de la reprise.

    Ce dossier complète la réflexion récente sur les coûts d’équipement et les modèles de machinerie partagée.

    Consulter l’analyse des résultats de Deere et du marché de la machinerie
    Voir les documents financiers du troisième trimestre de Deere

    À surveiller

    La publication éventuelle d’une entente Canada–États-Unis demeure prioritaire avant l’échéance de samedi. Il faudra vérifier précisément toute modification aux contingents agricoles et aux droits applicables. Dans les marchés bovins, la vente de l’usine de Pasco et l’évolution des exportations canadiennes indiqueront si la réduction de capacité pèse réellement sur les prix aux producteurs. Enfin, les commandes de machinerie pour 2027 permettront de confirmer ou non le plancher entrevu par Deere.

  • Actualité agricole du 19 août 2026 : sursis tarifaire, gluten de blé et conservation

    Actualité agricole du 19 août 2026 : sursis tarifaire, gluten de blé et conservation

    L’actualité agricole Québec 19 août 2026 est dominée par un court sursis dans le différend commercial entre le Canada et les États-Unis. Deux autres dossiers méritent aussi l’attention : une étape importante dans l’enquête sur le gluten de blé importé et une acquisition de terres sans précédent pour la conservation au Manitoba.

    Mise à jour : le sursis tarifaire repousse l’échéance au 22 août

    Le fait nouveau est officiel : Washington a suspendu pendant trois jours l’entrée en vigueur des droits additionnels de 50 % qui devaient s’appliquer le 19 août à certains produits canadiens. La nouvelle échéance est fixée au 22 août 2026 à 0 h 01, heure de l’Est.

    La proclamation américaine indique que le Canada s’est engagé à retirer des mesures jugées discriminatoires dans les secteurs de l’alcool, des produits laitiers et de l’automobile. Elle mentionne notamment l’attribution des contingents tarifaires pour certains fromages américains. Cette formulation ne précise toutefois ni l’étendue exacte des concessions canadiennes ni leur mise en œuvre. Pour les producteurs laitiers, l’enjeu demeure donc moins le sursis de 72 heures que le contenu de l’entente qui pourrait suivre.

    Consulter la proclamation de la Maison-Blanche sur la suspension temporaire.

    Lire l’analyse complète sur les engagements évoqués dans le secteur laitier.

    Le dossier du gluten de blé franchit une étape au Tribunal canadien

    Le Tribunal canadien du commerce extérieur a conclu qu’il existe une indication raisonnable que le dumping présumé de gluten de blé provenant de l’Italie, de la Pologne et du Royaume-Uni a causé un dommage ou menace d’en causer un à la branche de production nationale. Il s’agit d’une décision préliminaire, et non d’une conclusion définitive sur l’existence du dumping.

    L’Agence des services frontaliers du Canada poursuit son enquête et doit rendre sa décision provisoire au plus tard le 17 septembre 2026. Le dossier concerne directement les transformateurs et les utilisateurs de cet ingrédient protéique. Son évolution pourrait modifier les conditions d’importation et, selon l’issue, la dynamique d’approvisionnement au Canada.

    Lire la décision préliminaire du Tribunal canadien du commerce extérieur.

    Une propriété de 8 167 acres devient une station de conservation au Manitoba

    Canards Illimités Canada a acquis East Meadows Ranch, une propriété de 8 167 acres située à Marshy Point, sur le lac Manitoba. L’organisation la renomme Kennedy Field Station at East Meadows. Selon les informations publiées, l’opération d’environ 9 millions de dollars constitue la plus importante acquisition de terres à des fins de conservation dans l’histoire du Manitoba.

    Le territoire regroupe des marais côtiers, des milieux humides et des prairies. Il conservera aussi une vocation de recherche sur la sauvagine. Pour le monde agricole, ce projet illustre la place croissante des montages publics et privés dans la protection de grands paysages ruraux, ainsi que les liens entre gestion de l’eau, biodiversité et occupation du territoire.

    Voir les détails de l’acquisition d’East Meadows Ranch.

    À surveiller

    Les prochaines heures seront surtout déterminantes dans le dossier tarifaire. Il faudra vérifier si Ottawa publie le détail de ses engagements avant le 22 août et si les contingents de fromages américains sont réellement modifiés. Dans le dossier du gluten de blé, la prochaine date clé demeure le 17 septembre, lorsque l’Agence des services frontaliers du Canada doit annoncer sa décision provisoire.

  • Tarifs suspendus : qu’a promis le Canada aux États-Unis sur le lait?

    Tarifs suspendus : qu’a promis le Canada aux États-Unis sur le lait?

    Les nouveaux tarifs américains de 50 % qui devaient entrer en vigueur ce mercredi matin n’ont finalement pas été appliqués. Quelques heures avant l’échéance, Donald Trump a accordé un sursis de trois jours au Canada, jusqu’au 22 août à 00 h 01, heure de l’Est.

    Ce répit évite pour l’instant une nouvelle escalade commerciale. Mais il soulève une question importante pour le secteur laitier canadien : qu’a promis Ottawa en échange?

    La réponse complète n’est pas encore publique. Il existe toutefois maintenant un indice très concret dans la proclamation signée par le président américain mardi soir.

    Washington affirme que le Canada a pris un engagement

    Dans sa proclamation suspendant temporairement les nouveaux droits de douane, la Maison-Blanche affirme que le Canada a exprimé son intention de corriger les pratiques que les États-Unis jugent discriminatoires dans trois secteurs : les boissons alcoolisées, l’automobile et les produits laitiers.

    Ce langage est important. Il ne s’agit plus seulement d’une demande américaine formulée au cours des dernières semaines. Selon le document officiel américain, Ottawa aurait donné une forme d’engagement suffisamment sérieuse pour justifier la suspension des tarifs pendant trois jours.

    Du côté canadien, le ton est beaucoup plus prudent. Le premier ministre Mark Carney affirme que des progrès substantiels ont été réalisés, mais qu’il reste encore du travail important à accomplir. Son communiqué ne détaille aucune concession sur le lait et ne présente pas encore l’entente comme définitivement conclue.

    Le différend laitier est plus précis qu’il n’y paraît

    Depuis plusieurs semaines, le débat est souvent résumé comme une nouvelle attaque américaine contre la gestion de l’offre. C’est vrai que Washington critique depuis longtemps le système canadien et les tarifs élevés qui s’appliquent au-delà des volumes d’importation prévus. Mais la mesure américaine annoncée en juillet vise un grief beaucoup plus précis.

    Dans sa proclamation du 20 juillet sur les produits laitiers, la Maison-Blanche s’en prend directement à la façon dont le Canada attribue certains contingents tarifaires de fromage.

    Le Canada accorde des volumes d’importation à tarif réduit ou nul pour certains fromages dans le cadre de l’ACEUM et de l’accord commercial avec l’Union européenne. Selon Washington, les règles ne sont pas les mêmes pour les deux partenaires commerciaux.

    Les États-Unis reprochent particulièrement au Canada de ne pas permettre aux détaillants d’obtenir directement une part du contingent de fromage américain, alors que des détaillants peuvent avoir accès à des contingents de fromage européen sous l’AECG.

    C’est cette différence que l’administration Trump qualifie de discrimination contre le commerce américain.

    Une concession possible sans démanteler la gestion de l’offre

    À partir des documents rendus publics jusqu’ici, le scénario le plus plausible est donc une modification de l’administration de ces contingents. Ottawa pourrait par exemple accepter d’élargir l’admissibilité aux contingents américains afin que des détaillants canadiens puissent obtenir directement une partie des volumes déjà prévus par l’ACEUM.

    Il faut toutefois distinguer trois choses très différentes.

    Modifier qui peut utiliser un contingent ne signifie pas nécessairement augmenter le volume total de produits laitiers pouvant entrer au Canada à tarif réduit. Et ni l’un ni l’autre ne signifie automatiquement abolir la gestion de l’offre.

    Pour les producteurs canadiens, la nuance est importante. Une modification de l’allocation des contingents pourrait tout de même rendre les volumes américains déjà autorisés plus faciles à commercialiser directement dans les grandes chaînes de détail. L’effet économique pourrait donc être réel même si le volume total accordé aux États-Unis demeure inchangé.

    À l’inverse, si l’entente finale prévoyait de nouveaux volumes d’accès au marché canadien, l’enjeu serait beaucoup plus important pour les producteurs sous gestion de l’offre.

    Les États-Unis parlent d’un accès plus large au marché

    Un autre élément mérite donc d’être surveillé. Le bureau du représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a indiqué que l’entente en préparation devrait comprendre un accès très large au marché canadien pour les produits américains, ainsi que des engagements touchant notamment la sécurité économique et le commerce numérique.

    Cette formulation est beaucoup plus vaste que le seul différend sur les contingents de fromage. Pour l’instant, les détails permettant de savoir si elle implique de nouveaux volumes d’importation agricole n’ont pas été rendus publics.

    C’est probablement là que se trouve la principale inconnue de ces trois prochains jours.

    Un sursis jusqu’à samedi, pas encore une conclusion

    Les tarifs supplémentaires de 50 % devaient entrer en vigueur le 19 août à 00 h 01. La nouvelle proclamation américaine repousse cette échéance au 22 août à 00 h 01.

    Donald Trump affirme que les deux pays ont un accord sous réserve de finaliser les documents. Mark Carney parle plutôt de progrès substantiels et insiste sur le travail qui reste à faire.

    Pour le secteur laitier canadien, il serait donc prématuré de conclure que la gestion de l’offre a été sacrifiée, tout comme il serait prématuré d’affirmer qu’elle sort intacte de la négociation.

    Ce que nous savons ce matin est plus limité, mais tout de même significatif : Washington affirme que le Canada s’est engagé à répondre à son grief concernant les contingents tarifaires de fromage. Ce que cet engagement signifie concrètement devra apparaître dans les modalités finales de l’entente.

    D’ici samedi, la question n’est donc plus seulement de savoir si les tarifs américains entreront en vigueur. Elle est de savoir quel prix le Canada acceptera de payer pour les éviter.

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