Articles et réflexions

  • Les producteurs laitiers sont des millionnaires. Oui, mais…

    Les producteurs laitiers sont des millionnaires. Oui, mais…

    On l’entend régulièrement lorsqu’il est question d’agriculture : « Les producteurs laitiers sont des millionnaires. »

    Ce n’est pas complètement faux.

    De nombreuses fermes laitières possèdent des actifs d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Des terres, des bâtiments, un troupeau, de la machinerie, des équipements et, au Canada, du quota. Pris ensemble, tout cela peut représenter une somme considérable.

    Alors pourquoi ne voit-on pas tous ces producteurs vivre comme des millionnaires?

    Parce qu’on confond deux choses très différentes : posséder un patrimoine important et avoir un revenu important.

    Une ferme de plusieurs millions n’est pas un compte de banque

    Imaginons une ferme évaluée à 5 millions de dollars.

    Cela ne signifie pas que son propriétaire possède 5 millions de dollars. Il faut d’abord soustraire les dettes de l’entreprise et tenir compte du fait que la ferme peut appartenir à plusieurs actionnaires ou membres d’une même famille. Une ferme affichant 5 millions de dollars d’actifs, mais 2 millions de dettes et plusieurs propriétaires, ne fait évidemment pas de chacun d’eux un millionnaire disposant de 5 millions.

    Surtout, les millions en question sont immobilisés.

    Un hectare de terre qui vaut 30 000, 40 000 ou 50 000 dollars ne permet pas de payer l’épicerie. Une étable de grande valeur non plus. Même chose pour un tracteur, une vache ou du quota.

    Ces actifs servent à produire.

    Pour transformer cette richesse en argent disponible, il faut généralement vendre une partie de l’outil de production, s’endetter davantage ou, à la limite, vendre l’entreprise.

    C’est une richesse réelle. Mais elle n’a rien à voir avec posséder quelques millions en placements financiers et pouvoir en retirer une partie pour financer son niveau de vie.

    Et si on regardait ce que les fermes versent réellement?

    Un producteur laitier ne pointe généralement pas en entrant dans l’étable et en sortant. Pourtant, les heures s’accumulent : soins aux animaux, alimentation, traite, travaux aux champs, entretien de la machinerie, réparations, administration, paperasse, urgences, vêlages, fins de semaine et journées qui s’étirent parce que la météo ne reviendra pas demain sur commande.

    Les données de Statistique Canada donnent un aperçu intéressant de l’argent effectivement versé aux familles agricoles.

    En 2023, les exploitations laitières canadiennes ont versé en moyenne 43 710 $ en salaires et traitements aux membres de la famille, selon l’Enquête financière sur les fermes de Statistique Canada.

    Ce chiffre doit être lu avec prudence. Il peut couvrir plus d’une personne au sein d’une même famille et ne comprend notamment pas les dividendes ni certains retraits de l’entreprise. Il ne s’agit donc pas du « salaire moyen d’un producteur laitier ».

    Mais il illustre bien le contraste : la valeur d’une exploitation et l’argent effectivement versé aux personnes qui y travaillent sont deux réalités très différentes.

    Un propriétaire d’entreprise peut également accumuler de la valeur dans sa ferme à mesure que des dettes sont remboursées ou que certains actifs prennent de la valeur. Cela enrichit son patrimoine sans nécessairement augmenter l’argent dont il dispose pour vivre au quotidien.

    Autrement dit, avoir une participation dans une entreprise valant plusieurs millions ne signifie absolument pas recevoir le revenu que l’on associe habituellement à un millionnaire.

    « Il n’a qu’à vendre sa ferme »

    C’est généralement la réponse suivante.

    Si la ferme vaut plusieurs millions, pourquoi ne pas simplement la vendre?

    Parce qu’une ferme n’est pas seulement un placement.

    C’est l’outil de travail du producteur laitier. C’est ce qui génère son revenu. Souvent, c’est également l’entreprise que sa famille exploite depuis plusieurs générations et qu’il espère transmettre à la suivante.

    Dire à un producteur qu’il peut devenir riche en vendant sa ferme revient donc un peu à lui dire : « Tu pourrais avoir beaucoup d’argent si tu liquidais ton entreprise et abandonnais ton métier. »

    Techniquement, c’est parfois vrai.

    Mais même dans ce scénario, le prix de vente brut n’est pas ce qui reste dans les poches. Il faut d’abord rembourser les dettes et tenir compte des frais de transaction ainsi que, selon la situation, de la fiscalité liée à la vente.

    Et cela ne décrit toujours pas très bien son niveau de vie pendant les trente ou quarante années où il exploite cette entreprise.

    Une partie de ces millions ne sera peut-être jamais encaissée

    Il existe une autre particularité importante des fermes familiales : elles sont souvent transférées à la relève pour une valeur inférieure à leur pleine valeur marchande.

    Et ce n’est pas nécessairement par générosité désintéressée.

    Une entreprise laitière peut posséder énormément d’actifs sans générer suffisamment de bénéfices pour permettre à un jeune producteur d’emprunter l’équivalent de leur pleine valeur marchande.

    Prenons encore une ferme qui vaut plusieurs millions.

    Si la génération précédente exige chaque dollar de cette valeur au moment du transfert, la relève doit trouver le capital ou contracter une dette gigantesque pour acheter l’entreprise. Or, c’est ensuite cette même ferme qui doit générer suffisamment d’argent pour rembourser cette dette, payer ses dépenses, investir et faire vivre la nouvelle génération.

    À un certain point, les chiffres ne fonctionnent simplement plus.

    Pour que la ferme continue, les propriétaires peuvent donc accepter de transférer une partie de l’entreprise sous sa valeur marchande.

    Autrement dit, un producteur laitier peut passer sa carrière à accumuler plusieurs millions de dollars de valeur dans une entreprise, sans jamais disposer personnellement de ces millions, puis renoncer volontairement à en encaisser une partie afin que la ferme puisse survivre à son départ.

    C’est une drôle de définition du millionnaire.

    Mais cette richesse existe quand même

    Il serait tout aussi trompeur d’aller dans l’autre extrême et de prétendre que la valeur des fermes ne compte pas.

    Elle compte énormément.

    Un producteur laitier qui possède une entreprise avec beaucoup d’équité détient un patrimoine réel. Il dispose d’un actif qui peut servir de garantie, prendre de la valeur et éventuellement être vendu. À âge, revenu et autres conditions égales, ce n’est évidemment pas la même situation financière que celle d’une personne qui ne possède aucun actif.

    Et si un propriétaire décide de liquider sa ferme au meilleur prix plutôt que de la transmettre, il peut effectivement réaliser une importante richesse accumulée.

    Il n’y a aucune raison de le nier.

    Mais ce n’est pas la question.

    La question est de savoir si la valeur de la ferme permet de déduire le revenu et le niveau de vie du producteur qui l’exploite.

    Et là, la réponse est clairement non.

    Millionnaire sur papier

    Alors, les producteurs laitiers sont-ils millionnaires?

    Pour certains, si l’on additionne la valeur nette de leurs participations dans l’entreprise, oui.

    Mais si par « millionnaire » on imagine quelqu’un disposant d’un revenu très élevé, d’importantes liquidités et de millions de dollars qu’il peut librement dépenser, l’image devient rapidement trompeuse.

    Un producteur peut simultanément posséder une part d’une entreprise de plusieurs millions de dollars, travailler 60 heures ou davantage certaines semaines, retirer une rémunération relativement modeste et espérer céder un jour cette entreprise à ses enfants pour beaucoup moins que ce qu’un acheteur extérieur serait prêt à payer.

    Ce n’est pas une contradiction.

    C’est simplement la différence entre être riche en actifs et être riche en argent disponible.

    Et lorsqu’on parle du revenu des producteurs laitiers, c’est une distinction qui mérite d’être faite.

    Cette affirmation fait aussi partie des dix « mythes » sur la gestion de l’offre avancés par Sylvain Charlebois, que j’ai repris point par point.

    À lire aussi

  • Actualité agricole du 18 août 2026 : tarifs, maladies des cultures et sols

    Actualité agricole du 18 août 2026 : tarifs, maladies des cultures et sols

    L’actualité agricole Québec 18 août 2026 est dominée par une échéance commerciale qui touche directement le secteur laitier. Des droits américains de 50 % doivent entrer en vigueur le 19 août sur certains produits canadiens, pendant que les négociations se poursuivent. Dans l’Ouest, l’humidité alimente aussi les maladies fongiques et les dépenses de protection des cultures.

    Deux autres dossiers offrent une perspective plus structurelle : une étude ontarienne mesure les gains associés au semis direct et un programme du Cap-Breton montre comment le partage de machinerie peut réduire les coûts d’investissement.

    Actualité agricole Québec 18 août 2026 : le lait au cœur de l’échéance tarifaire

    Les États-Unis doivent appliquer, à compter de 0 h 01 le 19 août, des droits additionnels de 50 % sur certains produits canadiens. La proclamation américaine vise notamment des produits laitiers et précise que les droits s’ajouteront aux prélèvements déjà applicables, même lorsque les marchandises respectent les règles d’origine de l’ACEUM.

    Les négociations se poursuivaient encore le 17 août, mais les deux pays demeuraient éloignés d’une entente selon Reuters. Le lait est devenu l’un des principaux points de friction agricoles, avec l’accès au marché canadien et l’administration des contingents tarifaires.

    Mise à jour : le fait nouveau n’est pas une nouvelle critique générale de la gestion de l’offre. C’est l’arrivée de l’échéance du 19 août et la confirmation que les droits annoncés peuvent toucher des produits agricoles pourtant conformes à l’ACEUM. Pour replacer ces demandes américaines dans leur contexte, notre analyse sur les échanges laitiers réels entre le Canada et les États-Unis montre que le marché canadien est déjà un débouché important pour l’industrie américaine.

    Consulter la proclamation américaine sur les droits visant le Canada
    Lire le point de situation de Reuters sur les négociations

    Les maladies fongiques alourdissent la facture dans les Prairies

    Après plusieurs années marquées par la sécheresse, l’humidité abondante de 2026 a créé des conditions favorables aux maladies dans les grandes cultures de l’Ouest. Le blé dur et le blé de printemps sont exposés à la fusariose de l’épi, le canola à la sclérotiniose et à la jambe noire, tandis que les légumineuses font face à plusieurs champignons.

    Des producteurs ont consacré de 6 à 20 dollars l’acre aux fongicides, selon le reportage publié par AgCanada. Cette dépense arrive dans une campagne où les marges étaient déjà serrées. Le traitement peut protéger le rendement et la qualité, mais il ajoute une pression immédiate sur les liquidités et ne garantit pas une récolte sans perte.

    Le dossier rappelle qu’une amélioration des précipitations n’efface pas le risque climatique. Elle peut simplement le déplacer, de la sécheresse vers l’excès d’humidité, la verse et les maladies.

    Consulter le reportage sur la pression des maladies dans l’Ouest canadien

    Le semis direct améliore la stabilité structurale des sols

    Une étude menée pendant quatre ans dans la région élargie du Golden Horseshoe, en Ontario, a comparé des champs agricoles à des sites de référence peu perturbés. Pour la stabilité des agrégats, les trois quarts des champs en semis direct continu ont atteint au moins 75 % de l’objectif établi par les sites de référence. La proportion était de 50 % dans les champs travaillés en rotation et de 40 % dans ceux travaillés chaque année.

    Le résultat ne signifie pas qu’une seule pratique convient à tous les sols. Il donne toutefois un indicateur mesurable de l’effet du travail réduit sur la structure. Les chercheurs recommandent d’échantillonner au printemps, deux à six semaines après les semis, puis de répéter les tests tous les trois à cinq ans après l’adoption d’une nouvelle pratique.

    Pour les producteurs québécois, la leçon est surtout méthodologique : la santé des sols se suit dans le temps, avec des points de comparaison cohérents, plutôt que par une observation isolée.

    Lire les résultats de l’étude ontarienne sur la santé des sols
    Consulter le programme et les ressources de la Fondation de la ceinture de verdure

    Un parc de machinerie partagé dessert 90 fermes au Cap-Breton

    La Fédération agricole d’Inverness-Victoria recevra une contribution fédérale non remboursable de 150 000 dollars pour moderniser son parc d’équipement partagé. L’organisme, géré par des bénévoles, dessert 90 fermes de productions variées et exploite ce modèle depuis plus de 50 ans.

    Le financement servira à ajouter de la machinerie pour les fourrages, le bétail, la préparation du sol ainsi que la manutention et le transport du fumier. Un système numérique doit aussi simplifier les réservations entre les différents sites.

    L’annonce est régionale, mais le modèle répond à un problème très répandu : certaines machines coûtent cher, sont utilisées peu de jours par année et immobilisent du capital. Le partage ne convient pas aux travaux où chaque ferme doit intervenir exactement au même moment, mais il peut être pertinent pour des équipements spécialisés et moins sensibles aux fenêtres météo.

    Lire l’annonce fédérale sur le programme de machinerie partagée

    À surveiller

    L’échéance tarifaire du 19 août demeure le dossier prioritaire. Il faudra vérifier si une entente, un report ou une riposte canadienne modifie réellement les conditions annoncées. Dans les champs, les premières récoltes préciseront l’effet des maladies sur la qualité du blé, du canola et des légumineuses. Enfin, la valeur des modèles de semis direct et de machinerie partagée se mesurera surtout par leur capacité à réduire durablement les risques et les coûts à la ferme.

  • Actualité agricole du 17 août 2026 : fermes verticales, feux et laitue romaine

    Actualité agricole du 17 août 2026 : fermes verticales, feux et laitue romaine

    L’actualité agricole Québec 17 août 2026 met aujourd’hui l’accent sur la résilience des systèmes alimentaires. Une entreprise d’agriculture verticale annonce avoir atteint la rentabilité dans ses trois installations canadiennes, dont celle de Saint-Hubert. Dans l’Okanagan, les incendies frappent directement les élevages, les vergers et les vignobles. Enfin, les importateurs de laitue romaine doivent se préparer au retour de conditions temporaires visant le risque d’E. coli.

    Voici les trois développements nouveaux et vérifiés qui méritent l’attention des producteurs et des acteurs agroalimentaires.

    Actualité agricole Québec 17 août 2026 : GoodLeaf franchit le seuil de rentabilité

    GoodLeaf Farms affirme que ses fermes verticales de Saint-Hubert, de Guelph et de Calgary sont désormais toutes rentables. L’annonce est notable dans un secteur où plusieurs projets d’agriculture intérieure ont eu de la difficulté à absorber les coûts de construction, d’énergie et d’exploitation.

    L’entreprise produit des jeunes pousses, des micropousses et des mélanges de laitues dans des installations à environnement contrôlé. Selon les chiffres communiqués par GoodLeaf et rapportés par BetaKit, ses ventes sont passées de 6,4 millions de dollars en 2023 à 34 millions en 2025. Les revenus auraient progressé de 31 % supplémentaires depuis le début de 2026.

    Pour le Québec, le résultat de l’installation de Saint-Hubert offre un signal intéressant sur la viabilité commerciale d’une production locale à l’année. Il ne règle toutefois pas les questions de consommation électrique, de coût du capital ou de comparaison environnementale avec les serres et les cultures de plein champ. La rentabilité annoncée demeure par ailleurs une information de l’entreprise privée, sans publication de comptes détaillés permettant d’en vérifier les paramètres.

    Lire l’annonce de GoodLeaf Farms sur ses trois installations
    Consulter les données de croissance rapportées par BetaKit

    Les incendies bouleversent les fermes de l’Okanagan

    Les feux de forêt dans la vallée de l’Okanagan ont dépassé le stade d’une menace indirecte. La ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation de la Colombie-Britannique a indiqué que 269 propriétés agricoles étaient touchées par l’activité des incendies, dont 146 sous ordre d’évacuation et 123 sous alerte. Environ 50 000 animaux se trouvaient dans les zones concernées au moment de ce bilan.

    Les conséquences varient selon les productions. Des éleveurs et des équipes spécialisées déplacent des troupeaux hors des secteurs menacés. Dans les vergers, les évacuations interrompent la cueillette pendant une période critique. Dans les vignobles, la fumée peut rendre des raisins impropres à la vinification et réduire les volumes commercialisables pendant plusieurs années, puisque les vins issus d’une récolte sont souvent vendus plus tard.

    Reuters rapporte notamment le cas d’un vignoble qui prévoit perdre sa récolte de pinot noir et plus de 5 000 caisses de ventes futures. Un verger voisin risquait aussi de laisser se gâter une partie importante de ses pêches. Ces exemples ne constituent pas encore un bilan provincial complet, mais ils montrent comment un même sinistre combine pertes de production, coûts d’évacuation, manque de main-d’œuvre et fermeture des activités agrotouristiques.

    La crise prolonge les difficultés hydriques observées dans l’Ouest canadien. Le portrait de la sécheresse publié dans la revue du 16 août aide à comprendre pourquoi les exploitations de la Colombie-Britannique demeurent particulièrement exposées.

    Voir le bilan des propriétés agricoles et des animaux touchés
    Lire le reportage sur les pertes dans les vignobles, vergers et ranchs

    La laitue romaine importée sera soumise à des conditions temporaires

    L’Agence canadienne d’inspection des aliments appliquera du 24 septembre au 17 décembre 2026 des conditions temporaires aux titulaires de licence qui importent de la laitue romaine des États-Unis. La mesure vise à réduire le risque de contamination par E. coli O157:H7 pendant la période associée aux récoltes de certaines régions américaines.

    Les importateurs pourront démontrer leur conformité de deux façons. Ils pourront participer à un programme reconnu de salubrité alimentaire pour l’industrie, ou fournir les résultats d’analyses réalisées par un laboratoire accrédité. Une autre voie demeure possible lorsque la laitue et les produits contenant de la romaine ne proviennent pas de la vallée de Salinas, en Californie.

    L’ACIA précise que les exigences documentaires ont été modifiées pour 2026. Les entreprises qui importent, distribuent ou transforment de la romaine américaine ont donc intérêt à vérifier dès maintenant leurs attestations, leurs certificats d’analyse et la traçabilité de l’origine. Les producteurs québécois ne sont pas directement visés par la licence d’importation, mais la mesure peut influencer l’approvisionnement automnal, les pratiques des acheteurs et la concurrence sur le marché frais.

    Ce dossier s’inscrit dans un effort plus large de prévention et de surveillance. La revue du 10 août présentait aussi les nouveaux investissements fédéraux en science réglementaire et en sécurité alimentaire.

    Consulter l’avis officiel destiné aux importateurs
    Vérifier les exigences temporaires et les options de conformité

    À surveiller

    GoodLeaf devra démontrer que la rentabilité annoncée peut se maintenir malgré les coûts énergétiques et la croissance du réseau de distribution. Dans l’Okanagan, les prochains bilans préciseront l’ampleur des pertes agricoles et les besoins d’aide à la reprise. Les importateurs de laitue romaine disposent pour leur part d’un peu plus d’un mois pour adapter leurs documents et leurs contrôles avant le 24 septembre.

    Deux échéances déjà signalées restent également importantes cette semaine : la publication du prochain rapport agroclimatique canadien le 18 août et l’échéance commerciale américaine du 19 août concernant certains produits laitiers canadiens. Seule une décision officielle ou un développement matériel justifiera une nouvelle mise à jour.

  • Marché laitier fermé? Les chiffres disent le contraire

    Marché laitier fermé? Les chiffres disent le contraire

    Les États-Unis reprochent depuis des années au Canada de protéger excessivement son marché laitier. Pourtant, lorsqu’on regarde les échanges réels et l’utilisation des contingents prévus par l’ACEUM, une image beaucoup plus nuancée apparaît. Les Américains vendent déjà nettement plus de produits laitiers au Canada que nous leur en vendons, et dans certaines catégories ils utilisent presque entièrement l’accès qui leur a été accordé. De notre côté, plusieurs contingents américains restent pratiquement vides.

    Le débat mérite donc mieux que l’image d’un marché canadien hermétiquement fermé aux produits américains. Le marché est organisé, contingenté et protégé, oui. Mais fermé? Les chiffres racontent autre chose.

    Près de deux fois et demie plus de produits américains au Canada

    Commençons par le résultat commercial. Selon les données 2024 du Centre canadien d’information laitière reprises par les Producteurs laitiers du Canada, les États-Unis ont vendu près de 880 millions de dollars canadiens de produits laitiers au Canada, contre environ 358 millions de dollars dans l’autre direction.

    Autrement dit, les États-Unis vendent au Canada près de 2,5 fois plus de produits laitiers que le Canada n’en vend chez eux.

    Ce chiffre ne prouve pas à lui seul que toutes les règles canadiennes sont idéales. Il démontre cependant quelque chose de beaucoup plus simple : le marché canadien est déjà un débouché important pour l’industrie laitière américaine.

    L’ACEUM prévoit pourtant une certaine réciprocité

    L’ACEUM a créé de nouveaux contingents tarifaires pour les produits laitiers. Un contingent tarifaire permet à une quantité déterminée d’un produit d’entrer à un tarif faible ou nul. Lorsque cette quantité est dépassée, le produit peut généralement encore être importé, mais à un tarif beaucoup plus élevé.

    Sur papier, plusieurs concessions laitières sont relativement réciproques. Le Canada a ouvert de nouveaux volumes aux produits américains et les États-Unis ont ouvert des volumes aux produits canadiens. Pour le fromage, le contraste est particulièrement révélateur parce que les deux côtés disposaient en 2025 d’un accès total d’environ 12,5 millions de kilogrammes, même si la structure des catégories tarifaires n’est pas parfaitement identique.

    Le problème n’est donc pas seulement de savoir combien de tonnes sont autorisées. Il faut regarder combien sont réellement utilisées.

    Fromage : 86 % d’un côté, 2,33 % de l’autre

    En 2025, le Canada accordait aux produits américains deux contingents fromagers sous l’ACEUM : 6,25 millions de kg pour les fromages de tous types et 6,25 millions de kg pour les fromages industriels.

    Les importations américaines ont utilisé 97,85 % du premier contingent et 74,66 % du second. Ensemble, cela représente environ 10,78 millions de kg sur 12,5 millions, soit un taux d’utilisation d’environ 86,25 %.

    Maintenant, regardons dans l’autre direction.

    Le document historique de remplissage publié par le U.S. Customs and Border Protection montre qu’en 2025, le Canada disposait lui aussi d’un contingent américain de 12,5 millions de kg de fromage. Les importations canadiennes aux États-Unis dans ce contingent n’ont atteint que 290 702 kg.

    Taux d’utilisation : 2,33 %.

    Dit autrement, pour chaque kilogramme de fromage canadien entré aux États-Unis dans ce contingent, environ 42 kilogrammes d’accès disponible sont restés inutilisés.

    C’est probablement le chiffre le plus important de tout le dossier. Pour le fromage, notre problème n’est manifestement pas que le contingent américain serait trop petit. Nous sommes très loin de l’utiliser.

    Le même phénomène apparaît ailleurs

    Le fromage n’est pas un cas isolé. Les données 2025 montrent d’autres écarts importants.

    • Beurre, crème et poudre de crème : les produits américains ont utilisé environ 94,47 % de leur contingent canadien de 4,5 millions de kg. Les produits canadiens n’ont utilisé que 25,55 % du contingent américain correspondant.
    • Poudre de lait écrémé : les importations américaines ont utilisé environ 11,86 % de leur contingent canadien de 7,5 millions de kg. Le Canada n’a utilisé que 0,74 % de son contingent américain de même volume.
    • Poudre de lait entier : le Canada n’a utilisé que 0,13 % de son contingent américain en 2025.
    • Lait concentré : le Canada n’a utilisé aucun de ses 1,38 million de litres d’accès américain en 2025.

    Il faut toutefois résister à une conclusion trop facile. Les Américains ne remplissent pas tous leurs contingents au Canada. Par exemple, leur contingent de lait de 50 millions de kg n’a été utilisé qu’à environ 17,3 % en 2025. Le portrait varie donc fortement selon le produit.

    Mais une chose est claire : dans plusieurs catégories où le Canada exporte très peu vers les États-Unis, ce n’est pas la taille du contingent qui constitue la contrainte immédiate.

    Pourquoi exportons-nous si peu?

    C’est ici que le dossier devient plus intéressant que la simple bataille politique sur les tarifs.

    La gestion de l’offre canadienne est d’abord conçue pour approvisionner le marché intérieur. La production est ajustée à la demande canadienne. Les États-Unis, eux, disposent d’une industrie laitière beaucoup plus grande, de très grandes capacités de transformation et d’une infrastructure d’exportation développée depuis longtemps.

    Pour un acheteur américain, la question est simple. Pourquoi importer du fromage, de la poudre ou un ingrédient laitier du Canada s’il peut obtenir un produit équivalent auprès d’un immense bassin de fournisseurs américains, sans franchir une frontière?

    Pour qu’un fournisseur canadien soit intéressant, il doit généralement offrir une raison supplémentaire : un meilleur prix, un produit distinctif, une marque recherchée, une qualité particulière ou une capacité que le marché américain ne fournit pas facilement.

    Cette explication est une interprétation économique des données, pas la preuve d’une cause unique. Mais elle cadre beaucoup mieux avec les taux d’utilisation observés que l’idée selon laquelle le Canada serait simplement empêché d’exporter par la petitesse de ses contingents.

    Les États-Unis imposent eux aussi des frictions réglementaires

    Exporter un produit laitier canadien aux États-Unis n’est pas aussi simple que vendre le même produit à l’intérieur du Canada.

    Pour plusieurs produits laitiers visés par des contingents tarifaires, l’importateur américain doit obtenir une licence annuelle du département américain de l’Agriculture afin de profiter du tarif réduit. Les aliments importés doivent également respecter les exigences de la Food and Drug Administration. Les établissements étrangers concernés doivent être enregistrés et les expéditions sont soumises à un avis préalable. Selon le produit et la situation de l’importateur, les règles américaines de vérification des fournisseurs étrangers peuvent aussi s’appliquer.

    Ces démarches créent une friction réelle. Dans un marché américain où l’offre locale est immense, elles peuvent suffire à rendre un fournisseur canadien moins attrayant lorsqu’il n’apporte pas un avantage commercial clair.

    Mais il serait exagéré de présenter ces règles comme une preuve que Washington bloque artificiellement les produits canadiens.

    Parce que le Canada impose lui aussi des règles aux importateurs

    Les produits américains entrant au Canada sont également soumis à des obligations réglementaires. Les importateurs doivent respecter le Règlement sur la salubrité des aliments au Canada, les exigences de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, les normes canadiennes de composition et d’étiquetage et, pour les produits sous contingent, le régime de permis administré par Affaires mondiales Canada.

    Les frictions existent donc dans les deux directions. Elles ne sont pas parfaitement identiques, mais les données que nous avons ne permettent pas de soutenir que le faible niveau d’exportations canadiennes serait simplement le résultat d’une frontière américaine artificiellement fermée.

    Le déséquilibre semble davantage refléter la différence entre deux industries : une industrie canadienne organisée principalement autour de son marché intérieur et une industrie américaine gigantesque, capable de produire pour son marché national tout en cherchant activement des débouchés à l’étranger.

    Une concession canadienne beaucoup moins symétrique

    Il existe cependant un élément de l’ACEUM qui est beaucoup plus difficile à qualifier de réciproque.

    Dans l’accord, le Canada a accepté de créer des seuils sur ses exportations mondiales de poudre de lait écrémé, de concentrés de protéines laitières et de certaines préparations pour nourrissons.

    Pour 2026-2027, le seuil sans droit est de 37 596 820 kg pour la poudre de lait écrémé et les concentrés de protéines laitières, et de 42 967 795 kg pour les préparations pour nourrissons. Au-delà du seuil, le Canada doit imposer un droit de 0,54 $ CA par kg sur la première catégorie et de 4,25 $ CA par kg sur les préparations pour nourrissons visées.

    Et surtout, ces restrictions ne concernent pas seulement les ventes aux États-Unis ou au Mexique. Elles s’appliquent aux exportations canadiennes vers le monde entier.

    C’est une concession importante à garder en tête lorsqu’on présente l’ACEUM comme un simple échange réciproque d’accès aux marchés laitiers.

    Le Canada a déjà été contesté, et le dossier est plus nuancé qu’on le raconte

    Les États-Unis contestent depuis plusieurs années la façon dont le Canada distribue ses contingents laitiers.

    En 2022, un premier groupe spécial de l’ACEUM a donné raison aux États-Unis sur un aspect important : le Canada réservait une trop grande portion de certains contingents aux transformateurs. Ottawa a ensuite modifié son système.

    Washington est revenu à la charge en contestant notamment la méthode canadienne fondée sur les parts de marché et l’exclusion des détaillants, des restaurateurs et de certains autres importateurs des allocations.

    Cette fois, en 2023, deux des trois membres du groupe spécial ont conclu que les mesures canadiennes révisées ne violaient pas les dispositions de l’ACEUM invoquées par les États-Unis. Le troisième membre était dissident.

    Le conflit actuel ne porte donc pas simplement sur la quantité de fromage américain que le Canada accepte de laisser entrer. Il porte aussi sur la question de savoir qui, au Canada, peut obtenir directement le droit d’utiliser cet accès.

    Un marché protégé n’est pas un marché fermé

    Il est parfaitement légitime de critiquer la gestion de l’offre. On peut débattre des contingents, du prix des quotas, du degré de concurrence, de la façon de répartir les allocations et du coût pour les consommateurs.

    Mais les mots comptent.

    Un marché dans lequel les États-Unis vendent près de 880 millions de dollars de produits laitiers par année, où ils disposent de nouveaux contingents négociés sous l’ACEUM et où ils utilisent plus de 86 % de leur accès fromager n’est pas un marché fermé.

    C’est un marché protégé et organisé.

    Et lorsqu’on compare les deux côtés de la frontière, le paradoxe devient difficile à ignorer : les États-Unis réclament encore davantage d’accès au marché laitier canadien alors qu’ils affichent déjà un important surplus commercial laitier avec nous. Pendant ce temps, le Canada laisse inutilisée la très grande majorité de plusieurs contingents qui lui permettent d’entrer sur le marché américain.

    La vraie question n’est peut-être donc pas seulement : pourquoi le Canada protège-t-il son marché?

    Elle pourrait aussi être : pourquoi notre industrie utilise-t-elle si peu l’accès qu’elle a déjà obtenu au marché américain?

    À lire aussi sur la gestion de l’offre

    Sources

  • Actualité agricole du 16 août 2026 : grains, canola, sécheresse et Expo-Champs

    Actualité agricole du 16 août 2026 : grains, canola, sécheresse et Expo-Champs

    L’actualité agricole Québec 16 août 2026 est dominée par les marchés des grains et les conditions de production. Le rapport américain d’août resserre les perspectives pour le maïs et le blé, le canola profite d’un nouvel appui venu du marché des huiles végétales et la sécheresse s’étend dans plusieurs régions canadiennes.

    Au Québec, la semaine sera aussi marquée par l’ouverture d’Expo-Champs à Saint-Hyacinthe. Voici les quatre dossiers à retenir en ce dimanche.

    Actualité agricole Québec 16 août 2026 : le WASDE raffermit les grains

    Le rapport WASDE publié le 12 août par le département américain de l’Agriculture a réduit son estimation de rendement du maïs américain à 180,7 boisseaux à l’acre. La production atteindrait néanmoins 16,013 milliards de boisseaux grâce à une superficie récoltée plus grande, ce qui en ferait la deuxième récolte en importance jamais enregistrée aux États-Unis.

    La demande prévue augmente toutefois plus vite que l’offre. Les stocks de fin de campagne ont été abaissés à 1,7 milliard de boisseaux et le prix moyen prévu à la ferme a été relevé à 4,50 $ US le boisseau. Pour le blé, la production américaine est estimée à 1,531 milliard de boisseaux, son plus faible niveau depuis 1970, tandis que le prix moyen prévu monte à 6,20 $ US.

    Le portrait est plus abondant pour le soya. La production prévue augmente à environ 4,5 milliards de boisseaux et les stocks de fin de campagne sont relevés à 320 millions. Pour les producteurs québécois, ces chiffres donnent un signal plus ferme au maïs et au blé, mais plus mitigé au soya. Ils complètent le portrait récent des cultures québécoises, dont les rendements restent encore dépendants de la fin de saison.

    Consulter le rapport WASDE d’août 2026 du USDA
    Lire le résumé des nouvelles prévisions pour le maïs, le soya et le blé

    Le canola gagne un nouvel appui du marché des huiles végétales

    Les contrats à terme de canola de novembre ont franchi 805 $ la tonne au début du mois et testaient la zone de 820 $ le 14 août. Cette fermeté ne repose pas uniquement sur la récolte canadienne. Elle est aussi soutenue par la hausse de l’huile de palme, qui influence l’ensemble du marché mondial des huiles végétales.

    L’Indonésie est passée en juillet à une obligation d’incorporation de 50 % de biodiesel, contre 40 % auparavant. Sa consommation industrielle d’huile de palme devrait ainsi augmenter de 16 % pour atteindre 17,4 millions de tonnes en 2026-2027, ce qui réduirait les volumes disponibles à l’exportation. Les perspectives de production sont également affaiblies par El Niño en Indonésie et en Malaisie.

    Pour le canola canadien, cette combinaison soutient les prix à l’approche des récoltes. Le marché demeure toutefois sensible au prix du pétrole, à la météo asiatique et à la taille réelle de la récolte des Prairies.

    Lire l’analyse du soutien apporté au canola par l’huile de palme

    La sécheresse gagne du terrain au Canada, mais les zones agricoles résistent mieux

    Le dernier Moniteur canadien de la sécheresse montre que 60 % du territoire national était anormalement sec ou en situation de sécheresse à la fin de juillet. La proportion touchée parmi les terres agricoles était toutefois beaucoup plus faible, à 23 %.

    La Colombie-Britannique demeure la région la plus préoccupante. Dans l’intérieur de la province, la faiblesse des précipitations, la baisse des cours d’eau et les restrictions d’utilisation de l’eau commencent à limiter l’irrigation et les rendements fourragers. Dans les Prairies, la plupart des zones agricoles ont reçu une humidité suffisante, malgré une dégradation dans certains secteurs du nord et du sud.

    En Ontario et au Québec, 31 % du paysage agricole de la région centrale était classé anormalement sec ou en sécheresse. L’ouest du Québec a vu apparaître de nouvelles zones de sécheresse modérée, tandis que les déficits les plus sévères demeurent surtout au nord du territoire. Le prochain rapport agroclimatique national, attendu le 18 août, permettra de vérifier si les pluies récentes ont modifié ce portrait.

    Consulter l’évaluation officielle de la sécheresse au Canada

    Expo-Champs ouvre mardi à Saint-Hyacinthe

    La 27e édition d’Expo-Champs se tiendra du 18 au 20 août à Espace Saint-Hyacinthe, simultanément au Suprême laitier. Près de 250 exposants sont annoncés, avec des démonstrations de machinerie, des technologies de gestion des cultures et plusieurs présentations techniques.

    Parmi les activités ciblées figurent une présentation sur un drone agricole, un nouvel amendement de basalte et des rencontres portant sur la structuration et le financement de projets agricoles. L’événement permettra aussi de voir sur place plusieurs équipements de précision, dans la continuité des innovations de machinerie présentées dans la revue agricole du 15 août.

    L’événement est ouvert de 8 h 30 à 17 h pendant les trois jours. Un billet pour les personnes de 13 ans et plus coûte 26 $ et demeure valide pour les trois journées. Les étudiants entrent gratuitement le mardi sur présentation d’une preuve, et les agricultrices le mercredi.

    Consulter le site officiel d’Expo-Champs 2026
    Voir la programmation détaillée d’Expo-Champs
    Vérifier les horaires, tarifs et renseignements pratiques

    À surveiller

    Les marchés réagiront cette semaine aux nouvelles prévisions de récolte et aux conditions météo de la seconde moitié d’août. Le prochain rapport agroclimatique canadien est attendu le 18 août, tandis qu’Agriculture et Agroalimentaire Canada doit actualiser ses perspectives des grandes cultures le 20 août.

    L’échéance commerciale américaine du 19 août concernant certains produits laitiers canadiens demeure également prioritaire. Une décision ou une entente officielle justifierait une mise à jour immédiate, contrairement aux simples commentaires entourant les négociations.

  • Bulletin agricole de la semaine : lait, abattage de proximité et transformation

    Bulletin agricole de la semaine : lait, abattage de proximité et transformation

    La semaine agricole du 9 au 15 août 2026 a été dominée par un même fil conducteur : la pression qui s’exerce sur la filière laitière canadienne, à la fois sur le plan commercial et dans la transformation. D’autres dossiers ont aussi retenu l’attention, notamment l’abattage de proximité, les investissements industriels et la mise en marché du porc.

    Le lait canadien sous une pression qui dépasse la négociation commerciale

    Le dossier le plus structurant de la semaine est celui du secteur laitier canadien et de la gestion de l’offre. Les pressions américaines sur l’accès au marché canadien se poursuivent alors que les négociations commerciales approchent d’échéances importantes. La revue agricole du 14 août revenait notamment sur les tarifs visant le lait canadien et sur les demandes de protection formulées par les organisations du secteur.

    Cette pression commerciale se combine à un autre mouvement : la consolidation de la transformation laitière. Dans l’analyse Lactalis au Canada : bonne ou mauvaise nouvelle pour l’industrie laitière?, l’expansion du géant français est replacée dans le contexte des transactions récentes impliquant Saputo et Agropur.

    Ce n’est pas une preuve que le marché canadien est sur le point d’être bouleversé, mais l’évolution du rapport de force entre grands transformateurs mérite d’être suivie aussi attentivement que les discussions commerciales elles-mêmes.

    Un nouveau cadre pour l’abattage de proximité

    La revue agricole du 15 août a retenu une évolution réglementaire québécoise concernant l’abattage de proximité. Le sujet est moins spectaculaire que le commerce laitier, mais il peut avoir des conséquences concrètes pour les petites fermes qui cherchent à diversifier leurs activités ou à développer la vente locale de viande.

    200 millions de dollars dans la transformation laitière

    La revue du 12 août signalait un investissement de 200 millions de dollars dans la transformation laitière. À l’échelle de la filière, ces investissements comptent : la compétitivité des producteurs dépend aussi de la capacité de transformation disponible en aval de la ferme.

    Le porc québécois face à une décision structurante

    Le débat sur la mise en marché collective du porc figurait parmi les principaux dossiers de la revue agricole du 10 août. Contrairement à beaucoup de nouvelles agricoles quotidiennes, cette question touche directement l’organisation économique d’une filière entière.

    À surveiller cette semaine

    Le point chaud demeure l’évolution des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis autour du lait. Le site a consacré plusieurs publications récentes à la gestion de l’offre, dont l’analyse Gestion de l’offre : le rempart agricole canadien est-il en train de céder?.

    Le signal réellement important au cours des prochains jours ne sera pas une nouvelle déclaration politique de plus, mais tout changement concret concernant l’accès au marché canadien, les tarifs ou les concessions touchant les produits sous gestion de l’offre.

  • Actualité agricole du 15 août 2026 : abattage de proximité, robots de traite et machinerie

    Actualité agricole du 15 août 2026 : abattage de proximité, robots de traite et machinerie

    L’actualité agricole au Québec est plus légère en ce samedi 15 août, mais trois dossiers méritent l’attention. Des règles importantes sur l’abattage de proximité et les robots de traite entreront bientôt en vigueur, une nouvelle génération d’épandeurs pneumatiques pousse la précision encore plus loin et le Symposium sur les bovins laitiers prépare son 50e anniversaire.

    Abattage de proximité et robots de traite : les règles changent le 29 août

    Le Québec mettra en vigueur à la fin du mois plusieurs modifications au Règlement sur les aliments. Pour les producteurs, les changements les plus concrets touchent l’abattage de proximité et les installations de traite robotisée.

    Du côté de la viande, le règlement crée notamment deux catégories de permis d’abattoir de proximité, dont une catégorie « poulets à la ferme ». Les producteurs pourront vendre au détail, sur le lieu d’élevage ou dans un marché public, des viandes provenant de leurs animaux abattus dans un abattoir de proximité, sous réserve des permis et obligations applicables. La vente en gros demeure interdite pour ces produits. Lors d’une vente à distance, l’acheteur devra aussi être informé que la viande provient d’animaux abattus et transformés sans inspection permanente.

    Pour les fermes laitières, la réglementation remplace l’ancienne exigence d’un local fermé pour le système de traite robotisé par une « aire du système de traite robotisé » distincte des autres aires de l’étable. Le texte officiel conserve des exigences d’hygiène, dont la présence d’un évier et du matériel nécessaire au lavage et au séchage des mains, mais apporte davantage de flexibilité dans l’aménagement.

    Consulter le règlement publié dans la Gazette officielle du Québec
    Lire le résumé des changements pour les fermes

    Un épandeur pneumatique de 48 mètres mise sur la précision

    Horsch poursuit le déploiement du Leeb Xeric FS, un épandeur pneumatique d’engrais sec conçu pour les grandes superficies. La machine est offerte avec des largeurs de travail allant jusqu’à 48 mètres et utilise une rampe plutôt que des disques centrifuges traditionnels.

    L’intérêt principal est la régularité de l’application. Le système transporte l’engrais pneumatiquement jusqu’aux points de distribution et permet un contrôle par sections, ce qui réduit les chevauchements et les zones sous-fertilisées. Horsch met aussi de l’avant une meilleure stabilité de la distribution lorsque le vent ou la qualité physique de l’engrais compliquent le travail des épandeurs classiques.

    Ce type d’équipement vise surtout les grandes entreprises, puisque la largeur de la rampe et le coût de la technologie limitent son intérêt pour les plus petites superficies. Il illustre néanmoins une tendance lourde : appliquer les intrants avec davantage de précision afin de réduire les pertes et d’améliorer l’efficacité de chaque passage.

    Voir la présentation du Leeb Xeric FS au programme d’innovations Ag in Motion 2026
    Consulter les caractéristiques techniques publiées par Horsch

    Le Symposium sur les bovins laitiers célébrera ses 50 ans

    Le Symposium sur les bovins laitiers tiendra sa 50e édition le 20 octobre à Trois-Rivières. Plus de 450 producteurs, conseillers et professionnels sont attendus pour cette édition anniversaire consacrée à la performance, à la durabilité et au transfert de connaissances dans le secteur laitier québécois.

    Les inscriptions doivent ouvrir le 17 août. Le CRAAQ prévoit également un souper-conférence le 19 octobre et une rediffusion des présentations dans les jours suivant l’événement. Pour les producteurs qui suivent les innovations en gestion, nutrition, santé ou technologies laitières, cette édition devrait offrir un bon portrait des priorités actuelles du secteur.

    Consulter la programmation et les informations d’inscription du Symposium

    À surveiller

    La semaine prochaine sera beaucoup plus chargée. L’échéance commerciale américaine du 19 août sur certains produits laitiers canadiens demeure le dossier prioritaire à suivre. Agriculture et Agroalimentaire Canada doit aussi publier le 20 août une nouvelle mise à jour de ses perspectives sur les principales grandes cultures. Enfin, les nouvelles règles québécoises sur l’abattage de proximité et les robots de traite entreront en vigueur le 29 août.

  • Lactalis au Canada : bonne ou mauvaise nouvelle pour l’industrie laitière?

    Lactalis au Canada : bonne ou mauvaise nouvelle pour l’industrie laitière?

    En moins d’un mois, Lactalis vient de poser deux gestes qui méritent l’attention du monde laitier canadien. Le 15 juillet, le géant français a conclu une entente pour acquérir les activités de fromages fins d’Agropur, notamment les marques OKA, Monsieur Gustav et L’Extra, ainsi que les usines d’Oka et de Saint-Hyacinthe. Puis, le 14 août, Lactalis a annoncé une entente de 988 millions de livres, environ 1,34 milliard de dollars américains, pour acheter les activités laitières britanniques de Saputo.

    Deux transactions différentes, sur deux continents. Mais ensemble, elles illustrent quelque chose de beaucoup plus important : la montée de Lactalis au Canada s’inscrit dans une stratégie mondiale de croissance, et le pays fait clairement partie des marchés où le groupe veut prendre davantage de place.

    Alors, pour les producteurs laitiers d’ici, est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?

    Lactalis au Canada : un géant qui investit réellement

    Il serait trop simple de présenter Lactalis comme une entreprise étrangère qui vient seulement prendre des parts de marché canadiennes. Le groupe possède déjà une présence industrielle considérable au pays.

    Selon Lactalis Canada, l’entreprise exploite 19 sites de fabrication au Canada, emploie environ 4 500 personnes et transforme environ 2,2 milliards de litres de lait 100 % canadien. Depuis 2018, elle affirme également avoir réalisé plus de 900 millions de dollars d’investissements en immobilisations et en projets de transformation au pays.

    Son portefeuille comprend déjà des marques extrêmement connues : Cracker Barrel, Black Diamond, P’tit Québec, Balderson, Ficello, Astro, IÖGO, Olympic, Lactantia, Beatrice, Galbani et Président, entre autres. Si l’acquisition des fromages fins d’Agropur reçoit l’autorisation du Bureau de la concurrence, OKA, Monsieur Gustav et L’Extra viendront s’ajouter à cette liste.

    Du point de vue d’un producteur de lait, il y a ici un argument positif évident. Une entreprise qui investit dans des usines canadiennes et transforme du lait produit au pays est beaucoup plus intéressante pour notre secteur qu’une croissance reposant simplement sur l’importation de produits laitiers finis.

    Mais jusqu’où veut-on laisser grossir Lactalis?

    Le revers est la concentration.

    Lactalis n’est pas simplement un gros transformateur. Le groupe se présente comme le premier groupe laitier mondial, avec un chiffre d’affaires de 31,2 milliards d’euros en 2025, 266 laiteries et fromageries dans 49 pays et 124 acquisitions réalisées en vingt ans.

    L’acquisition fait donc partie intégrante de sa stratégie.

    Au Canada, cette stratégie a déjà profondément changé le rayon laitier. Lors de l’acquisition des activités de fromages naturels de Kraft Heinz par Parmalat, aujourd’hui Lactalis Canada, le Bureau de la concurrence avait notamment observé que, dans le fromage régulier vendu en épicerie, les principaux concurrents étaient essentiellement Parmalat et Kraft Heinz, Saputo avec Armstrong, ainsi que les marques privées des détaillants.

    Le Bureau avait finalement autorisé cette transaction en 2019, jugeant qu’elle ne réduirait vraisemblablement pas substantiellement la concurrence. Mais chaque nouvelle acquisition change progressivement le portrait. L’achat projeté d’OKA et des autres activités de fromages fins d’Agropur est d’ailleurs expressément soumis à l’approbation du Bureau de la concurrence.

    La question n’est donc pas de savoir si Lactalis est « trop gros » simplement parce qu’il est étranger. La véritable question est de savoir à partir de quel point la concentration de marques, d’usines et de capacité de transformation entre les mains d’un même groupe commence à réduire la concurrence réelle. Cette question du pouvoir de marché dans la chaîne laitière rejoint d’ailleurs le débat sur le prix payé aux producteurs, la transformation et le prétendu libre marché laitier.

    Le cas Agropur est particulièrement délicat

    Lorsqu’une part de marché passe de Saputo à Lactalis, il s’agit essentiellement d’un déplacement entre deux entreprises privées qui transforment du lait canadien.

    Avec Agropur, la situation est différente. Agropur appartient à ses membres producteurs laitiers. Une activité détenue par la coopérative permet donc, au moins en principe, aux producteurs de participer davantage à la valeur créée après la ferme.

    Voir une entreprise coopérative vendre des marques aussi emblématiques qu’OKA à une multinationale peut alors susciter un malaise parfaitement légitime.

    Mais il faut aussi regarder ce qu’Agropur dit faire avec sa stratégie. La coopérative affirme que ses activités de fromages fins étaient rentables, mais qu’elles ne représentaient qu’environ 2 % de son chiffre d’affaires consolidé et 2 % du lait transformé dans ses usines canadiennes. Agropur dit vouloir concentrer ses investissements sur le lait de consommation à valeur ajoutée, le fromage industriel, le beurre et les ingrédients laitiers.

    Quelques mois avant d’annoncer la vente des fromages fins, Agropur avait justement dévoilé des projets d’investissements approchant le milliard de dollars à Beauceville, au Québec, et Bedford, en Nouvelle-Écosse, afin d’accroître sa capacité dans les protéines laitières à valeur ajoutée. Ces projets demeurent soumis à une approbation finale, mais ils montrent que la coopérative ne semble pas abandonner le marché canadien. Elle choisit plutôt où elle veut concentrer son capital.

    Et la vente de Saputo au Royaume-Uni?

    L’entente annoncée le 14 août pour les activités britanniques de Saputo est spectaculaire par son ampleur : 988 millions de livres. Elle montre surtout la puissance financière et l’appétit d’acquisition de Lactalis à l’échelle mondiale.

    Il serait cependant imprudent d’en conclure que Saputo vend au Royaume-Uni parce qu’elle s’attend à une bataille imminente contre Lactalis au Canada. Rien de public ne permet actuellement d’établir ce lien.

    L’hypothèse reste néanmoins intéressante : dans une industrie mondiale de plus en plus concentrée, les grands transformateurs choisissent leurs marchés et leurs catégories avec davantage de discipline. Certains actifs sont vendus afin de libérer du capital, pendant que d’autres secteurs reçoivent des investissements massifs.

    Ce que nous pouvons affirmer, c’est que Lactalis est actuellement du côté des acheteurs.

    La gestion de l’offre ne règle pas cette question

    Cette évolution met aussi en lumière une distinction qu’on oublie parfois dans les débats sur la gestion de l’offre et les menaces qui pèsent sur le marché laitier canadien.

    La gestion de l’offre vise d’abord à encadrer la production de lait, les prix aux producteurs et l’accès au marché canadien. Elle ne garantit pas que les entreprises qui transforment ce lait appartiennent à des intérêts canadiens, encore moins aux producteurs eux-mêmes.

    Il est donc parfaitement possible de conserver une forte production laitière canadienne sous gestion de l’offre tout en voyant une part croissante des marques et de la transformation appartenir à de grands groupes internationaux.

    Ce n’est pas nécessairement mauvais. Un transformateur mondial peut apporter du capital, de la technologie, des débouchés et une capacité de commercialisation que des entreprises plus petites n’ont pas. Mais la propriété de la transformation détermine aussi où se retrouvent les profits et qui possède le pouvoir de négociation dans la chaîne alimentaire.

    Alors, bonne ou mauvaise nouvelle?

    Probablement les deux.

    Pour les producteurs canadiens, Lactalis peut être une bonne nouvelle lorsqu’elle investit ici, modernise des usines et gagne des ventes avec du lait canadien. Le groupe possède les moyens financiers nécessaires pour défendre ses marques face aux détaillants, développer de nouveaux produits et concurrencer d’autres géants internationaux.

    Mais la croissance de Lactalis devient une source de préoccupation lorsqu’elle réduit progressivement le nombre de grands transformateurs indépendants et concentre toujours davantage de marques et de capacité de production entre les mêmes mains.

    Le problème n’est donc peut-être pas Lactalis elle-même. C’est la vitesse à laquelle le secteur laitier mondial se consolide.

    Pour Agropur comme pour Saputo, les transactions récentes peuvent parfaitement relever d’une stratégie rationnelle de portefeuille. Pour Lactalis, elles correspondent manifestement à une stratégie de croissance qui dure depuis des décennies.

    Et pour nous, producteurs de lait, la question mérite d’être suivie de près. Nous avons intérêt à avoir des transformateurs solides, capables d’investir et de vendre nos produits. Mais nous avons aussi intérêt à ce qu’ils restent suffisamment nombreux pour qu’aucun d’eux ne devienne incontournable.

    Sources

  • Actualité agricole du 14 août 2026 : lait, cultures et sécurité

    Actualité agricole du 14 août 2026 : lait, cultures et sécurité

    L’actualité agricole au Québec du 14 août suit cinq dossiers qui ont des conséquences concrètes pour les fermes québécoises et canadiennes. Les négociations commerciales sur le lait approchent d’une échéance critique, les rendements des grandes cultures se précisent et de nouveaux éléments touchent la main-d’œuvre, les vergers et la sécurité dans les silos.

    Le lait canadien sous pression à cinq jours de l’échéance américaine

    Les États-Unis prévoient appliquer, à compter du 19 août à 0 h 01, un droit additionnel de 50 % sur certains produits laitiers canadiens. La proclamation américaine vise les produits énumérés dans son annexe et lie explicitement cette mesure au fonctionnement canadien des contingents tarifaires sur les fromages.

    Les négociations se poursuivent à Washington. Des représentants des producteurs et des transformateurs laitiers canadiens demandent au gouvernement fédéral de ne pas consentir de nouvelles concessions. Leur inquiétude porte autant sur les exportations directement visées que sur la possibilité que la gestion de l’offre devienne une monnaie d’échange dans une négociation commerciale plus large.

    Le point important pour les fermes est que l’échéance est maintenant très proche, mais que l’issue demeure ouverte. Une entente pourrait modifier ou suspendre les droits avant leur entrée en vigueur. À défaut d’accord, les entreprises exportatrices concernées devront composer avec une hausse tarifaire majeure dès mercredi prochain.

    Consulter la proclamation américaine sur les droits visant les produits laitiers canadiens
    Lire le point de vue des organisations laitières canadiennes
    Suivre l’état des négociations commerciales selon Reuters

    Mise à jour des cultures : le potentiel se confirme, mais le soya exige de la vigilance

    Depuis le portrait des cultures présenté dans notre revue du 10 août, la pollinisation du maïs est pratiquement terminée et les épis montrent un bon potentiel. La maturité demeure toutefois inégale dans certains champs, ce qui augmente l’importance d’un mois de septembre sans gel hâtif.

    Le changement le plus concret concerne le soya. Des premiers foyers de pourriture blanche sont observés dans plusieurs régions, favorisés par des peuplements denses et des conditions humides. Certains producteurs ont aussi dû intervenir contre les pucerons après un dépassement du seuil d’intervention.

    Le remplissage des gousses a progressé de près de 20 % en une semaine et conserve une légère avance sur la moyenne. Du côté du blé d’automne, 87 % des superficies suivies étaient récoltées. Une période plus sèche devrait aider à terminer les travaux.

    Consulter l’état des cultures du 14 août au Québec

    L’emploi agricole canadien recule fortement

    Le nombre de personnes employées en agriculture au Canada est passé d’environ 277 700 en juin 2020 à 225 400 en juin 2026, une baisse de près de 19 % en six ans. Statistique Canada signale aussi un recul mensuel de 7 600 emplois agricoles en juin.

    Cette diminution ne signifie pas nécessairement que les besoins de main-d’œuvre se sont contractés. Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture l’associe notamment au vieillissement, aux départs à la retraite, au faible nombre de jeunes qui entrent dans le secteur et à la concurrence des autres industries.

    Pour les entreprises, le signal dépasse la statistique nationale. Une offre de travail plus rare accélère les investissements en automatisation, augmente la pression sur les gestionnaires et rend encore plus stratégique la rétention des employés qualifiés.

    Lire l’analyse de la baisse de l’emploi agricole au Canada
    Consulter l’Enquête sur la population active de juin 2026

    Une maladie réglementée est confirmée dans les vergers québécois

    La pourriture brune asiatique, causée par le champignon Monilinia polystroma, a été confirmée au Québec. Le premier échantillon nord-américain connu avait été prélevé en Montérégie en 2022, puis trois autres foyers ont été trouvés dans la région.

    Les spécialistes interrogés jugent son impact agronomique faible dans les pommiers et ne prévoient ni sanction ni restriction sur la production ou la vente de fruits au Canada. L’Agence canadienne d’inspection des aliments prévoit néanmoins une campagne de détection avec les pomiculteurs, l’IRDA et le MAPAQ afin de mieux établir sa distribution.

    L’enjeu le plus tangible est commercial. Le Mexique exige maintenant une surveillance avant récolte et un traitement fongicide autorisé avant l’entreposage frigorifique pour les pommes québécoises destinées à son marché. Le statut réglementaire canadien de l’organisme est également en révision.

    Lire le dossier sur la pourriture brune asiatique au Québec
    Consulter la fiche officielle de l’ACIA sur la maladie

    Mise à jour sur la sécurité des silos : un rapport de coroner précise les mesures manquantes

    Un rapport de coroner rendu public le 11 août conclut que la mort du producteur bovin Hugues Morissette, enseveli dans un silo à grains à Granby le 8 avril, était accidentelle. Ce nouveau rapport précise qu’un harnais, une surveillance adéquate et des moyens de communication efficaces auraient pu prévenir le drame ou améliorer la capacité d’intervention.

    La CNESST rappelle qu’il est interdit d’entrer dans un silo lorsque le grain est en mouvement ou que sa mise en mouvement n’a pas été empêchée. Lorsqu’une entrée est indispensable, il faut notamment appliquer une procédure d’espace clos, cadenasser les équipements, porter un harnais relié à une corde d’assurance et maintenir une surveillance continue.

    Cette conclusion arrive pendant la Semaine SécuriGrain et donne un caractère très concret aux rappels de prévention. Le déblocage du grain devrait être effectué de l’extérieur chaque fois que cela est possible.

    Lire les conclusions du rapport de coroner sur l’accident de Granby
    Consulter les mesures de prévention de la CNESST pour les silos à grains

    À surveiller

    L’actualité agricole au Québec restera dominée par l’échéance commerciale du 19 août, qui sera déterminante pour les produits laitiers canadiens visés. Dans les champs, la progression de la pourriture blanche et des pucerons dans le soya mérite une observation rapprochée, tandis que les pomiculteurs exportateurs devront suivre les exigences liées à la pourriture brune asiatique. Enfin, le rapport de coroner rappelle que les procédures d’entrée dans un silo doivent être revues avant la période intensive des récoltes.

  • Nourrir les taures au parc : une routine quotidienne qui permet aussi de garder l’œil ouvert

    Nourrir les taures au parc : une routine quotidienne qui permet aussi de garder l’œil ouvert

    Nourrir les taures au parc fait partie de ma routine quotidienne durant l’été. Je consacre entre 20 et 30 minutes à remplir un chariot d’ensilage de maïs pour les taures et les vaches taries qui vivent dans ce parc extérieur.

    C’est une tâche assez banale dans le fonctionnement de la ferme. Pourtant, elle ne consiste pas seulement à apporter de la nourriture. Ce passage quotidien dans le parc est aussi l’occasion de regarder les animaux, de vérifier leur état et de remarquer rapidement si quelque chose change.

    Case IH JX80 attelé au chariot utilisé pour nourrir les taures au parc
    Le Case IH JX80 sert à transporter chaque jour un chariot d’ensilage jusqu’au parc.

    Nourrir les taures au parc avec un chariot d’ensilage

    Une cinquantaine de têtes passent l’été dans ce parc. Pour les nourrir, j’utilise deux chariots en alternance : j’apporte celui que je viens de remplir et je ramène le chariot vide de la veille.

    L’ensilage de maïs est sorti du silo et transporté par le convoyeur jusque dans le chariot. Le Case IH JX80 sert ensuite à conduire celui-ci jusqu’au parc.

    Ensilage de maïs tombant du convoyeur dans le chariot d’alimentation
    L’ensilage de maïs est acheminé par le convoyeur directement dans le chariot.
    Convoyeur Valmetal remplissant un chariot d’ensilage de maïs à la ferme
    Le remplissage du chariot fait partie d’une routine quotidienne de 20 à 30 minutes.

    Il n’y a pas d’étape de distribution supplémentaire. Une fois le chariot installé, les animaux viennent manger directement dedans. Elles reconnaissent évidemment très bien l’arrivée du tracteur et ne tardent généralement pas à s’approcher.

    Nourrir, mais aussi observer

    Le remplissage et le déplacement du chariot occupent l’essentiel des 20 à 30 minutes nécessaires. Toutefois, le moment le plus important n’est pas forcément celui où l’ensilage tombe du convoyeur.

    Quand les animaux se rassemblent pour manger, je peux observer leur comportement et leur état général. Une bête qui reste à l’écart, qui se déplace différemment ou qui semble moins intéressée par la nourriture attire rapidement l’attention.

    C’est également à ce moment que je peux remarquer qu’une taure ou une vache tarie se prépare à vêler. Lorsqu’un vêlage approche, l’animal sera ramené à l’étable. Après la naissance du veau, elle rejoindra le reste du troupeau pour la traite.

    Ce regard quotidien ne remplace évidemment pas les autres soins apportés aux animaux, mais il permet souvent de détecter rapidement une situation qui mérite une attention particulière.

    Une tâche très dépendante de la météo

    Par beau temps, cette routine est plutôt agréable. Le travail se fait dehors, au milieu des animaux, avec les champs tout autour.

    Sous la pluie ou dans le mauvais temps, les mêmes 20 à 30 minutes peuvent toutefois devenir beaucoup moins plaisantes. Les précipitations des derniers jours ont notamment transformé une bonne partie du parc en terrain boueux.

    Parc extérieur très boueux après plusieurs jours de pluie avec les chariots et les vaches
    Après plusieurs jours de pluie, une bonne partie du parc est devenue très boueuse.

    C’est la même pluie qui nous avait récemment forcés à interrompre le pressage de la paille d’orge, laissant quelques centaines de balles au champ. Quelques jours plus tard, ses effets sont encore bien visibles sous les sabots des animaux et les roues du tracteur.

    Une petite routine parmi tant d’autres

    Remplir un chariot, l’amener au parc et rapporter celui qui est vide n’a rien de spectaculaire. C’est simplement l’une des nombreuses tâches qui reviennent chaque jour sur une ferme laitière.

    Mais ces routines ont leur importance. Nourrir les taures au parc est l’objectif immédiat; prendre quelques minutes pour les regarder permet aussi de savoir comment elles vont et d’intervenir au bon moment.