Catégorie : Agriculture

  • Fromage, miel et machinerie : les contre-tarifs frappent l’agriculture

    Fromage, miel et machinerie : les contre-tarifs frappent l’agriculture

    Les contre-tarifs canadiens annoncés en août sont entrés en vigueur le 8 septembre à 0 h 01. Pour le secteur agricole, l’enjeu n’est plus seulement diplomatique : la liste définitive impose maintenant de nouveaux droits sur des aliments américains et sur certains équipements utilisés dans les fermes.

    Fromages, lactosérum et miel directement visés

    Le Canada applique des droits de 15 %, 25 % ou 50 % sur 27,6 milliards de dollars d’importations américaines. Dans l’agroalimentaire, la plupart des fromages américains inscrits à la liste, dont le cheddar, la mozzarella, le brie, le gouda et le parmesan, sont frappés d’un droit de 25 %. Plusieurs catégories de lactosérum et d’autres constituants naturels du lait sont taxées à 50 %, tout comme le miel naturel.

    Ces mesures répondent dollar pour dollar aux tarifs américains entrés en vigueur le 22 août. Elles peuvent donner un avantage relatif aux produits canadiens sur leur propre marché, mais leur effet dépendra des volumes réellement importés et de la capacité des acheteurs à changer de fournisseur. Elles risquent aussi d’augmenter le prix de certains ingrédients pour les transformateurs qui dépendent de produits américains précis.

    Une liste de machinerie plus ciblée que le terme « équipement agricole »

    La liste officielle ne taxe pas indistinctement tous les tracteurs et toutes les moissonneuses-batteuses. Elle vise notamment certaines faucheuses et barres de coupe montées sur tracteur à 15 %, des pièces de machines de récolte à 15 %, ainsi que des remorques agricoles et de transport du bétail à 25 %. Des équipements de manutention, des pompes, des compresseurs et certaines pièces peuvent aussi être touchés selon leur classement tarifaire.

    Pour une ferme qui prépare un achat, le pays d’origine et le code tarifaire deviennent donc déterminants. Un appareil vendu par une marque américaine n’est pas nécessairement assujetti s’il a été fabriqué ailleurs, tandis qu’une pièce provenant des États-Unis peut l’être même si elle entre dans une réparation urgente. Le coût réel apparaîtra surtout dans les soumissions des concessionnaires et des fournisseurs.

    Pour replacer cette entrée en vigueur dans son contexte, voir aussi l’analyse de l’annonce initiale et de ses conséquences possibles pour le lait canadien.

    Une riposte qui comporte aussi un coût canadien

    Le gouvernement cherche à exercer une pression politique sur les États-Unis, mais une partie de cette pression passe d’abord par les importateurs et les acheteurs canadiens. Dans les fermes, cela peut accélérer le report d’investissements, le recours à l’équipement usagé ou la recherche de fournisseurs non américains.

    L’entrée en vigueur constitue un développement concret par rapport aux annonces d’août. La prochaine donnée importante sera moins le taux affiché que la réaction des prix, des concessionnaires et des transformateurs au cours des prochaines semaines.

    Mon point de vue : Comme producteur laitier, je suis heureux de savoir que nos produits pourraient maintenant occuper une plus grande place sur le marché canadien. Je crains toutefois que les consommateurs doivent en payer le prix. Avec des droits de 25 % sur plusieurs fromages américains et de 50 % sur certains produits de lactosérum, le risque d’une augmentation des prix est très réel.

    Sources : liste officielle du ministère des Finances du Canada, Reuters et Wisconsin Public Radio.

  • Bilan agricole : élevage, canola et pression sur les marchés

    Bilan agricole : élevage, canola et pression sur les marchés

    Les chiffres agricoles de la semaine sont plutôt bons à première vue. Pourtant, en les regardant de plus près, trois dossiers racontent une histoire beaucoup plus nuancée : les bonnes nouvelles ne profitent pas également à toutes les productions et, en agriculture, produire davantage ne garantit jamais de gagner davantage.

    Élevage et grandes cultures ne vivent pas la même année

    Les recettes monétaires agricoles canadiennes ont progressé de 4,2 % au premier semestre de 2026. Au Québec, la hausse a été de 3,0 %. Mais le chiffre national cache des réalités très différentes selon les secteurs. Les recettes du bétail ont augmenté de 8,7 %, alors que les producteurs de grandes cultures continuent de composer avec des intrants coûteux et des marges plus serrées.

    Avec le recul, ce contraste ne m’étonne pas vraiment. Les prix du bœuf sont élevés, alors que du côté des grains, les intrants restent chers et viennent réduire les marges de profit. Une hausse des recettes agricoles dans leur ensemble ne signifie donc pas nécessairement que toutes les fermes ont davantage d’argent dans leurs poches.

    Nous avions d’ailleurs vu plus tôt cette semaine que les marges du maïs et du soya demeurent sous pression au Québec.

    Consulter les données de Statistique Canada sur les recettes monétaires agricoles

    Le canola montre concrètement l’intérêt de diversifier nos marchés

    La statistique la plus encourageante de la semaine vient peut-être du commerce extérieur. Les exportations canadiennes de canola ont bondi de 43,2 % en juillet. Sur les sept premiers mois de 2026, elles dépassent de 32,2 % celles de la même période en 2025. La hausse des expéditions vers la Chine, le Pakistan et le Japon explique une bonne partie de cette progression.

    Le chiffre est d’autant plus intéressant que les exportations canadiennes vers les pays autres que les États-Unis ont atteint un niveau record en juillet. La diversification commerciale dont on parle depuis des mois commence donc à produire des résultats qu’on peut mesurer.

    J’en suis heureux. Diversifier les marchés canadiens réduit notre dépendance envers les États-Unis et nous renforce globalement en nous mettant un peu plus à l’abri des folies du gouvernement Trump. Aucun nouveau marché ne remplacera à lui seul notre voisin américain, mais multiplier les débouchés nous donne davantage de marge de manœuvre.

    J’avais consacré une analyse aux exportations de canola lorsque les données sont sorties jeudi.

    Consulter les données de Statistique Canada sur le commerce international

    Ail et tomates : le piège de l’abondance

    Deux nouvelles maraîchères québécoises ont illustré cette semaine un problème économique vieux comme le commerce. L’ail québécois a réussi à gagner des parts de marché face aux produits importés, mais l’augmentation de la production entraîne maintenant une concurrence difficile entre producteurs. Du côté des tomates, une récolte généreuse oblige les fermes à écouler rapidement de gros volumes.

    C’est la même chose dans pratiquement n’importe quel domaine. Lorsqu’un produit gagne en popularité et en valeur, de nouveaux producteurs veulent profiter de la manne. L’offre augmente et finit malheureusement par exercer une pression à la baisse sur les prix.

    Avec une denrée périssable, le problème est encore plus brutal et largement incontournable. Un fabricant peut parfois ralentir sa production ou conserver son inventaire. Un producteur maraîcher n’a pas ce luxe. Une fois la récolte prête, il faut la vendre.

    Lire le reportage de La Terre de chez nous sur l’ail québécois et celui sur l’abondante récolte de tomates.

    Ce qu’il faut retenir

    Cette semaine rappelle surtout qu’il faut se méfier des chiffres pris isolément. Les recettes agricoles augmentent, mais pas également partout. Les exportations de canola progressent fortement, ce qui confirme l’intérêt de multiplier nos débouchés. Et au Québec, l’ail et les tomates montrent l’autre côté de l’équation : lorsqu’une production fonctionne trop bien sans que le marché grandisse au même rythme, le succès peut lui-même faire pression sur les prix.

    Au bout du compte, produire reste seulement une partie du travail. Il faut aussi pouvoir acheter nos intrants à un coût raisonnable et, surtout, trouver un marché capable d’absorber ce que nous produisons à un prix qui permet aux fermes de vivre.

  • Canola canadien : les exportations bondissent de 43,2 % en un mois

    Canola canadien : les exportations bondissent de 43,2 % en un mois

    Le commerce agricole canadien a avancé à contre-courant en juillet. Alors que les exportations de marchandises du pays ont reculé dans l’ensemble, les produits agricoles, de la pêche et les produits alimentaires intermédiaires ont enregistré une hausse appréciable. Le canola explique une partie importante de ce mouvement et montre que la diversification des débouchés peut produire des résultats concrets.

    Les expéditions de canola progressent de 43,2 % en un mois

    Selon les données publiées le 3 septembre par Statistique Canada, les exportations de produits agricoles, de la pêche et de produits alimentaires intermédiaires ont augmenté de 5,5 % en juillet. Elles ont ainsi atteint leur plus haut niveau depuis mars 2023, malgré une baisse de 2,3 % des exportations canadiennes totales.

    La progression est particulièrement forte pour le canola. Ses exportations ont bondi de 43,2 % en juillet, principalement grâce à des expéditions plus élevées vers la Chine, le Pakistan et le Japon. Sur les sept premiers mois de 2026, elles dépassaient de 32,2 % celles de la même période en 2025.

    Un signal utile dans un climat commercial incertain

    Une hausse mensuelle ne garantit pas que tous ces marchés conserveront le même rythme. Elle montre néanmoins que la demande asiatique peut absorber davantage de canola canadien au moment où les relations commerciales avec les États-Unis demeurent tendues. Après l’annonce récente d’un premier achat important du Pakistan, les chiffres de juillet confirment que ce débouché commence déjà à apparaître dans les données officielles.

    Pour les producteurs, la valeur du signal dépendra maintenant de sa durée et de sa transmission aux prix reçus à la ferme. Le fait que la progression soit répartie entre trois marchés, plutôt que concentrée chez un seul acheteur, réduit toutefois une partie du risque commercial.

    Mon point de vue : Les premiers tarifs imposés par Donald Trump ont montré à quel point le Canada devait diversifier ses marchés. Le retour de la Chine explique une partie importante de cette hausse, mais les ventes au Pakistan et au Japon montrent aussi que nos efforts portent leurs fruits ailleurs. C’est exactement ce qu’il faut faire : développer davantage de débouchés pour être moins dépendants d’un seul partenaire commercial.

    Source : Statistique Canada, Commerce international de marchandises du Canada, juillet 2026

  • Engrais chers, marges du maïs en baisse et ail québécois sous pression

    Engrais chers, marges du maïs en baisse et ail québécois sous pression

    Les nouvelles agricoles du 2 septembre montrent à quel point les décisions financières et les conditions de marché se répercutent rapidement à la ferme. La Banque du Canada maintient son taux directeur malgré une inflation plus préoccupante, Ottawa ouvre un report d’impôt à certains éleveurs touchés par les conditions extrêmes, les marges des grandes cultures divergent au Québec et le marché de l’ail local commence à subir les effets de sa propre croissance.

    Le taux directeur reste à 2,25 % dans un contexte plus incertain

    La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre. Le taux bancaire demeure à 2,5 % et le taux de dépôt à 2,20 %. Le taux directeur n’a pas changé depuis octobre 2025.

    La Banque constate que l’économie canadienne s’est redressée au deuxième trimestre, avec une croissance annualisée du produit intérieur brut de 3,3 %. Elle juge toutefois que les nouveaux tarifs américains, les contre-mesures canadiennes et la persistance des prix élevés de l’énergie rendent la suite plus difficile à prévoir.

    L’inflation globale se maintenait près de 3 % en juillet, surtout à cause de l’essence. Sans l’essence, elle atteignait 2,2 %, tandis que les mesures de l’inflation fondamentale demeuraient près de 2 %. La Banque prévient néanmoins que les tarifs pourraient augmenter les coûts de certaines entreprises et finir par se transmettre aux consommateurs.

    Pour les entreprises agricoles endettées, le maintien du taux évite une hausse immédiate du coût de référence du crédit, mais il repousse aussi l’espoir d’un allègement. Les prêts agricoles ne suivent pas tous le taux directeur de façon identique, mais celui-ci influence généralement le financement à taux variable, les marges de crédit et, indirectement, le coût des nouveaux emprunts.

    Mon point de vue : Cette décision est peu surprenante dans le contexte actuel, alors que d’importants tarifs américains viennent d’entrer en vigueur. La Banque doit vouloir rester prudente et attendre de voir comment la situation évoluera avant de modifier son taux.

    Lire la décision de la Banque du Canada

    Ottawa permet un report d’impôt à des éleveurs touchés par les conditions extrêmes

    Agriculture et Agroalimentaire Canada a publié une première liste de régions admissibles au report de l’impôt pour les éleveurs en 2026. La mesure vise les producteurs qui doivent vendre une partie de leur troupeau reproducteur en raison d’un manque de fourrage causé par la sécheresse, l’excès d’humidité ou les inondations.

    Pour être admissible, une entreprise doit réduire son troupeau reproducteur d’au moins 15 %. Une partie du revenu tiré des ventes peut alors être reportée à une année ultérieure et possiblement compensée par le coût de rachat d’animaux lorsque les conditions s’améliorent.

    Au Québec, Eeyou Istchee Baie-James et Port-Cartier figurent sur la première carte. Des régions de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, de Terre-Neuve-et-Labrador et des Territoires du Nord-Ouest sont également désignées. Ottawa précise que la liste pourra être élargie à mesure que les données météorologiques, climatiques et de production seront analysées.

    Le report ne remplace pas le revenu perdu ni le troupeau vendu. Il évite plutôt qu’une vente forcée crée immédiatement une facture fiscale qui aggraverait un problème de liquidités. Sa valeur dépendra donc autant de la rapidité des mises à jour régionales que des conditions permettant éventuellement aux producteurs de reconstituer leur cheptel.

    Mon point de vue : On se plaint souvent du manque de considération des gouvernements pour l’agriculture. Or, cette mesure est clairement conçue pour soutenir les agriculteurs ayant vécu des situations difficiles. Bravo.

    Lire l’annonce d’Agriculture et Agroalimentaire Canada

    Consulter la liste des régions désignées

    La hausse des engrais creuse l’écart entre les marges du maïs et du soya

    Les Producteurs de grains du Québec ont mis à jour leurs estimations de marges pour le maïs-grain, le soya, les céréales et le canola. Les calculs distinguent la marge monétaire, après les coûts variables et fixes, de la marge nette, qui tient aussi compte de l’amortissement ainsi que de la rémunération du travail et de l’avoir du producteur.

    La hausse du prix des engrais pèse particulièrement sur le maïs-grain, très dépendant de l’azote. Les marges attendues pour cette culture se détériorent en 2026. Pour le soya, la progression anticipée des prix pourrait mieux absorber l’augmentation des coûts et permettre une marge nette positive.

    Les perspectives de prix sont également en hausse pour les céréales et surtout le canola. L’année 2026 marque par ailleurs la première application du nouveau coût de production utilisé pour calculer les compensations de l’Assurance stabilisation des revenus agricoles. Selon les estimations présentées, ce changement devrait améliorer les indemnisations des cultures stabilisées, sauf l’avoine, toutes choses étant égales par ailleurs.

    Ces prévisions ne garantissent pas le résultat d’une ferme donnée. Elles montrent néanmoins que le rendement seul ne suffit pas à départager les cultures lorsque le prix de l’azote, le coût du capital et les programmes de stabilisation évoluent en même temps.

    Mon point de vue : On s’en doutait un peu, donc ce n’est pas vraiment une surprise. Il faudra maintenant attendre la récolte pour voir ce qu’il en sera exactement avec les rendements et les prix réellement obtenus.

    Lire l’analyse des Producteurs de grains du Québec

    L’ail du Québec gagne les tablettes, mais son marché se congestionne

    L’ail québécois a réussi à remplacer une partie des importations et certains producteurs approvisionnent maintenant les grandes chaînes toute l’année. Cette progression crée toutefois une nouvelle difficulté : la production locale a augmenté plus vite que l’espace disponible en épicerie.

    De petits producteurs disent avoir de la difficulté à entrer dans les grandes bannières, non seulement à cause des importations, mais aussi parce que des entreprises québécoises plus importantes occupent déjà les tablettes. La situation est particulièrement pénible au moment de la récolte pour les fermes qui ne disposent pas d’installations d’entreposage.

    La Ferme au fond du 2, en Estrie, produit près de 100 000 bulbes et se tourne vers l’ail noir, la poudre et les granules pour écouler ses stocks. La présidente d’Ail Québec observe pour sa part davantage d’équipements spécialisés offerts sur le marché de l’occasion, signe que certains producteurs réduisent ou abandonnent cette production.

    Le dossier rappelle qu’une substitution réussie aux importations ne garantit pas une place rentable à chaque ferme. Une filière peut gagner des parts de marché collectivement tout en traversant une phase de consolidation difficile pour ses plus petits joueurs.

    Mon point de vue : J’achète moi-même mon ail directement du producteur. Pour les gens ordinaires, c’est probablement la meilleure façon d’aider concrètement. J’encourage donc tous les lecteurs à faire de même et, si possible, à acheter un kilo d’ail directement à la ferme.

    Lire le reportage de La Terre de chez nous

  • Recettes agricoles en hausse et septembre plus chaud au Québec

    Recettes agricoles en hausse et septembre plus chaud au Québec

    Les nouvelles agricoles du 31 août mettent en lumière deux réalités différentes. À l’échelle canadienne, les recettes monétaires agricoles ont progressé au premier semestre, mais cette hausse ne doit pas être confondue avec une amélioration équivalente des marges. Au Québec, les prévisions d’un mois de septembre plus chaud que la normale pourraient donner un peu plus de temps aux cultures tardives, malgré une première semaine instable.

    Les recettes agricoles canadiennes augmentent, sans garantir de meilleures marges

    Les recettes monétaires agricoles canadiennes ont atteint 51,8 milliards de dollars de janvier à juin 2026, une hausse de 2,1 milliards, ou 4,2 %, par rapport à la même période en 2025. Le redressement est notable puisque le premier trimestre avait commencé en baisse.

    Les recettes du bétail ont progressé de 8,7 % pour atteindre 23,2 milliards de dollars. La vigueur des prix, notamment dans le secteur bovin, explique une part importante de cette croissance. Les recettes des cultures ont augmenté de 4,1 % pour s’établir à 27,1 milliards.

    Les paiements directs de programmes ont suivi le mouvement inverse. Ils ont reculé de 35,5 % à 1,5 milliard de dollars, principalement en raison de paiements d’assurance-récolte moins élevés. La baisse des indemnisations peut refléter de meilleures conditions de production, mais elle réduit aussi la contribution des programmes au total encaissé.

    Ces chiffres mesurent les revenus bruts reçus par les exploitations et non leurs bénéfices. Ils ne tiennent pas compte des dépenses, du remboursement des prêts ni de l’amortissement. Avec des coûts de production encore élevés, une hausse des recettes ne signifie donc pas automatiquement que les marges se sont améliorées dans la même proportion.

    Mon point de vue : C’est une bonne nouvelle. La hausse de 4,2 % dépasse l’inflation sur 12 mois, qui s’établissait à 3,0 % en juillet. Dans l’ensemble, cela représente donc davantage de liquidités en dollars réels pour les entreprises agricoles, même si l’effet varie selon les secteurs et l’évolution de leurs dépenses.

    Consulter les données de Statistique Canada

    Un septembre plus chaud pourrait prolonger la saison de croissance au Québec

    MétéoMédia prévoit un mois de septembre généralement plus chaud que la normale au Québec. Le mois commencerait près des valeurs saisonnières, avec un passage plus frais et pluvieux au début de la semaine, avant que la chaleur de fin d’été reprenne davantage de place.

    La tendance serait encore plus douce durant la deuxième moitié du mois. Habituellement, la température moyenne baisse d’environ 3 °C entre les deux moitiés de septembre. Ce recul devrait être moins marqué cette année, ce qui permettrait d’accumuler davantage d’unités thermiques qu’à l’habitude.

    Pour les cultures qui ont besoin de temps afin de compléter leur maturation, cette chaleur tardive peut être utile. Elle ne règle toutefois pas tout : les fenêtres de récolte dépendront aussi des précipitations, de la portance des sols et des coups de froid ponctuels. Une tendance mensuelle plus chaude n’exclut pas des nuits fraîches ni des fronts froids.

    Mon point de vue : C’est parfait. La fin de l’été a été marquée par beaucoup de pluie, ce qui a rendu les conditions difficiles. Du meilleur temps sera bienvenu, surtout pendant les récoltes.

    Lire les prévisions de MétéoMédia

  • Bilan agricole de la semaine : lait américain, concurrence et vente locale

    Bilan agricole de la semaine : lait américain, concurrence et vente locale

    Cette semaine, quatre dossiers méritent surtout d’être retenus. Ils touchent tous, d’une façon ou d’une autre, au rapport de force des producteurs : face aux importations, aux transformateurs, à la réglementation et au politique.

    Le lait américain entre dans la riposte commerciale canadienne

    Ottawa a annoncé le 25 août de nouvelles contre-mesures visant 27,6 milliards de dollars d’importations américaines, applicables à compter du 8 septembre. Certains produits laitiers américains seront surtaxés, y compris des produits qui entrent au Canada à l’intérieur des contingents tarifaires. Pour certaines poudres de lait, les droits annoncés atteignent 50 %.

    Sur papier, la mesure est importante parce qu’elle touche directement un secteur que Washington attaque régulièrement dans ses critiques de la gestion de l’offre. Dans les faits, son effet pourrait être plus limité.

    Comme les États-Unis ne remplissent déjà pas toute leur allocation dans les contingents, je m’attends à une différence assez mineure sur les volumes. Il pourrait toutefois y avoir des prix plus élevés pour certains produits pendant un temps, jusqu’à ce que les producteurs locaux puissent combler le manque. Le résultat réel reste donc à voir avec le temps.

    J’avais déjà détaillé cette mesure dans mon analyse sur les contre-mesures visant le lait américain.

    Consulter la liste officielle des contre-mesures du gouvernement du Canada

    Nortera : préserver la concurrence, aussi pour les producteurs

    Le Bureau de la concurrence veut bloquer l’acquisition par Nortera des activités canadiennes de Green Giant et Le Sieur. Selon le Bureau, le marché des légumes transformés est déjà fortement concentré et la transaction pourrait réduire la concurrence et faire augmenter les prix. Nortera soutient de son côté que l’acquisition renforcerait la production et la transformation canadiennes.

    Je suis d’accord avec le Bureau de la concurrence. Les prix des denrées alimentaires à l’épicerie augmentent plus vite que le reste et une saine compétition est indispensable. Du côté agricole aussi, il faut conserver un maximum d’acheteurs. Sinon, les prix risquent d’être contrôlés par un nombre de plus en plus restreint d’acheteurs, ce qui placerait les producteurs en position de faiblesse.

    Lire le document du Bureau de la concurrence

    Abattage de proximité : un changement très concret

    Depuis le 29 août, des modifications au Règlement sur les aliments du Québec facilitent la commercialisation par un producteur agricole de viandes provenant de ses propres animaux abattus dans un abattoir de proximité. Certaines dispositions issues du projet pilote sur l’abattage de poulets à la ferme deviennent aussi permanentes.

    C’est une nouvelle positive. En facilitant davantage la vente locale, ces changements peuvent contribuer à stimuler l’économie de proximité et permettre aux producteurs qui choisissent ce modèle d’aller chercher un peu plus de revenus directement de leur production.

    Le sujet avait déjà été expliqué dans la revue agricole du 24 août.

    Consulter la stratégie québécoise pour l’agriculture de proximité

    L’agriculture veut sa place dans la campagne électorale

    À la veille de la campagne électorale québécoise, plusieurs organisations du secteur bioalimentaire ont demandé aux partis de faire de l’agriculture et du bioalimentaire une priorité économique et stratégique. Elles invoquent notamment les coûts de production, la main-d’œuvre, la réglementation, la compétitivité et l’instabilité commerciale avec les États-Unis.

    Il faut absolument placer l’agriculture au cœur de cette élection. Nos positions doivent être entendues.

    Lire le communiqué du secteur bioalimentaire

    Ce qu’il faut retenir

    Le fil conducteur de la semaine est assez clair : les producteurs ont besoin d’un environnement où ils ne sont pas constamment placés en position de faiblesse. Cela passe par des règles commerciales qui protègent réellement notre capacité de produire, par un nombre suffisant d’acheteurs et de transformateurs, par des possibilités de mise en marché locale et par une agriculture qui compte réellement dans les choix politiques. Ce sont quatre dossiers différents, mais ils parlent tous, au fond, de la même chose : garder du pouvoir économique sur nos fermes.

  • Actualité agricole du 28 août 2026 : soya et innovation

    Actualité agricole du 28 août 2026 : soya et innovation

    Les nouvelles agricoles du jour portent sur la recherche et les investissements qui pourraient améliorer la productivité des fermes. Des chercheurs cherchent à mieux diagnostiquer les carences discrètes du soya, tandis qu’Ottawa renouvelle son soutien au réseau canadien d’automatisation et d’intelligence agricole.

    Des carences invisibles peuvent limiter le rendement du soya

    Des chercheurs de l’Université de Guelph travaillent à établir des seuils critiques dans les analyses foliaires pour le bore, le fer, le manganèse et le zinc. Leur objectif à long terme est de développer un outil utilisant l’intelligence artificielle pour détecter certaines carences avant qu’elles deviennent visibles à l’œil.

    Les premiers travaux montrent que des déficiences ou même des toxicités peuvent réduire la croissance sans provoquer de symptômes évidents. Le chercheur Hugh Earl recommande donc de confirmer le problème par une analyse des tissus et de conserver une bande témoin lorsqu’un correctif est appliqué. L’application préventive de micronutriments sans diagnostic peut coûter inutilement et, dans certains cas, provoquer elle-même une toxicité.

    L’équipe étudie aussi l’effet de la sécheresse sur la fixation biologique de l’azote. Dans ses essais, une bonne nodulation a amélioré le rendement du soya en sol pauvre en azote, autant avec une alimentation normale en eau qu’en situation de sécheresse sévère. Les recherches se poursuivent toutefois avant de pouvoir transformer ces observations en recommandations commerciales générales.

    Lire l’article de Farmtario

    Ottawa renouvelle 50 M$ pour accélérer les technologies agricoles

    Le gouvernement fédéral accorde 50 millions de dollars supplémentaires au Réseau canadien d’automatisation et d’intelligence agroalimentaire, connu sous l’acronyme CAAIN. L’organisme utilisera cette enveloppe pour soutenir de nouveaux projets, élargir son réseau de fermes intelligentes et maintenir ses activités.

    Créé en 2019, CAAIN finance le développement et l’adoption d’innovations susceptibles d’améliorer la productivité, la rentabilité ou la durabilité des entreprises agricoles. Le réseau affirme avoir investi 36 M$ dans 51 projets, soutenu 885 emplois et contribué à la création de plus de 100 actifs de propriété intellectuelle. Les projets appuyés auraient ensuite attiré plus de 500 M$ en investissements privés.

    Une trentaine de projets ont terminé leur cycle de financement et certains produits ont déjà atteint le marché. Parmi les travaux soutenus figure un projet québécois utilisant l’intelligence artificielle pour améliorer le bien-être et la productivité dans les bâtiments porcins. La valeur de cette nouvelle enveloppe dépendra maintenant de sa capacité à faire passer d’autres technologies du stade expérimental à une utilisation réellement accessible dans les fermes.

    Mon point de vue : Cet investissement est important. Il renforcera la capacité d’innovation du pays et aidera notre secteur agricole à devenir plus compétitif.

    Lire l’article de Farmtario

  • Actualité agricole du 27 août 2026 : élections, diesel, légumes et miel

    Actualité agricole du 27 août 2026 : élections, diesel, légumes et miel

    La politique québécoise et la hausse des coûts occupent une place importante dans l’actualité agricole du jour. La filière bioalimentaire réclame un engagement plus clair des partis avant les élections, tandis que le prix du diesel menace encore les marges des fermes. Deux autres dossiers pancanadiens touchent la transformation des légumes et les exportations de miel.

    La filière bioalimentaire québécoise interpelle les partis

    À l’approche de la campagne électorale provinciale, des représentants de l’ensemble de la chaîne bioalimentaire demandent aux partis de faire de l’agriculture, de la transformation et de l’autonomie alimentaire une priorité gouvernementale. L’Union des producteurs agricoles a présenté ce front commun avec le Conseil de la transformation alimentaire du Québec, l’AQINAC, Sollio Groupe Coopératif ainsi que des représentants des détaillants.

    Selon les chiffres avancés par la coalition, les entreprises agricoles québécoises soutiennent plus de 52 500 emplois et investissent 1,6 milliard de dollars par année dans les régions. L’ensemble de la filière bioalimentaire représenterait près de 528 000 emplois et 3,8 milliards de dollars d’investissements. Les organisations demandent notamment des choix politiques capables de soutenir la production, la transformation et la commercialisation d’une plus grande quantité d’aliments québécois dans un contexte de tensions commerciales et de hausse des coûts.

    Mon point de vue : Il faut absolument placer l’agriculture au cœur de cette élection. Nous nourrissons le Québec et, malgré notre poids relativement faible dans l’électorat, nos positions doivent être entendues.

    Lire l’article de La Terre de chez nous

    Le diesel pourrait coûter encore plus cher aux fermes

    Le prix du diesel agricole demeure historiquement élevé et un analyste du Western Producer estime que le sommet pourrait ne pas encore avoir été atteint. En Saskatchewan, le diesel en vrac livré à la ferme se vendait environ 1,65 $ le litre le 20 août, après avoir dépassé 2 $ plus tôt cette année.

    La pression vient moins du prix du pétrole brut que du manque de capacité mondiale de raffinage. Le transport par le détroit d’Ormuz reste limité, des raffineries russes ont été endommagées et la Russie, autrefois exportatrice de diesel, en importe maintenant. Le risque est particulièrement concret au moment des récoltes, lorsque les producteurs ne peuvent simplement pas réduire l’utilisation de la machinerie. Le conseil de l’analyste est de garder les réservoirs bien approvisionnés plutôt que d’attendre une baisse rapide.

    Mon point de vue : La situation demeure tendue dans le détroit d’Ormuz et la pression reste forte sur les produits pétroliers. Il faut composer avec cette situation du mieux possible, même s’il est difficile de réduire notre consommation pendant les récoltes. Garder les réservoirs pleins est donc probablement la meilleure stratégie tant que les tensions persistent dans la région.

    Lire l’analyse du Western Producer

    Le Bureau de la concurrence veut bloquer l’acquisition de Green Giant

    Le Bureau de la concurrence demande au Tribunal de la concurrence d’empêcher Nortera Foods d’acheter les activités canadiennes de légumes Green Giant et Le Sieur de B&G Foods. Nortera vend déjà des légumes surgelés et en conserve sous les marques Del Monte et Arctic Gardens.

    Selon le Bureau, Nortera est le transformateur dominant de certains légumes surgelés et en conserve au Canada. L’opération réunirait l’entreprise et son seul grand concurrent national de marques dans un marché déjà très concentré, ce qui pourrait mener à des prix plus élevés et à moins de choix pour les détaillants et les consommateurs. La décision finale appartient au Tribunal de la concurrence.

    Mon point de vue : Je suis d’accord avec le Bureau de la concurrence. Les prix des denrées alimentaires à l’épicerie augmentent plus rapidement que le reste et une saine concurrence est indispensable. Du côté agricole, il faut aussi conserver un maximum d’acheteurs. Autrement, les prix seront contrôlés par un nombre de plus en plus restreint d’entreprises, ce qui placera les producteurs en position de faiblesse.

    Lire le communiqué du Bureau de la concurrence

    Les apiculteurs américains disent ne pas avoir demandé les tarifs

    Les États-Unis imposent depuis le 22 août un droit de 50 % sur le miel canadien, mais des représentants d’apiculteurs américains affirment ne pas avoir réclamé cette mesure. L’ancien président de l’American Honey Producers Association explique que le miel canadien représente une part trop faible de leur marché pour constituer une priorité.

    En 2025, les États-Unis ont importé environ 11,8 millions de livres de miel canadien, soit seulement 2 % de leurs importations totales. Les producteurs américains se disent davantage préoccupés par les volumes provenant du Brésil, de l’Inde et de l’Argentine, ainsi que par le miel adultéré. Cette réaction affaiblit l’idée que le tarif répondrait à une demande pressante de l’industrie américaine et risque plutôt d’écarter un fournisseur canadien au moment où la récolte américaine s’annonce faible.

    Mon point de vue : C’est un autre exemple de l’incompétence de l’administration Trump dans la gestion de ses affaires commerciales. Elle agit en intimidateur pour imposer sa volonté plutôt que de chercher une solution gagnant-gagnant.

    À lire aussi : Carney s’attaque au lait américain, sur les contre-mesures canadiennes dans cette guerre commerciale.

    Lire l’article du Western Producer

  • Actualité agricole du 26 août 2026 : machinerie, maïs et acériculteurs

    Actualité agricole du 26 août 2026 : machinerie, maïs et acériculteurs

    Trois dossiers retiennent l’attention dans l’actualité agricole aujourd’hui. Les contre-tarifs canadiens épargnent finalement la plupart des machines agricoles complètes, un maïs à courte stature suscite déjà beaucoup de curiosité et les acériculteurs québécois obtiennent gain de cause dans un important litige financier.

    La plupart des machines agricoles échappent aux contre-tarifs

    Le gouvernement canadien a annoncé des contre-tarifs visant 27,6 milliards de dollars d’importations américaines à compter du 8 septembre. Malgré les premières références générales à l’équipement agricole, l’examen détaillé de la liste montre que la plupart des machines complètes n’y figurent pas.

    Les mesures semblent surtout toucher certaines pièces de moissonneuses-batteuses, des tables vendues séparément, des pièces de presses à balles, certains équipements de fauche ainsi que quelques remorques et convoyeurs. Cette précision réduit le risque d’une hausse généralisée du prix des tracteurs et de la machinerie américaine, tout en laissant certains achats et pièces de remplacement exposés.

    Mon point de vue

    C’est une bonne nouvelle dans l’ensemble. Mais à l’approche de la saison du battage du maïs, l’effet sur certaines pièces pourrait tout de même devenir un problème pour les agriculteurs canadiens. Quand vient le temps de récolter, il est impossible de retarder la réparation d’une moissonneuse-batteuse. Chaque journée compte.

    Lire l’analyse détaillée de RealAgriculture
    Consulter la liste officielle des produits visés

    Le maïs à courte stature se rapproche du marché canadien

    Bayer poursuit le développement canadien de son maïs Preceon, dont les plants atteignent environ sept pieds plutôt que plus de dix pieds pour un hybride ordinaire. Cette architecture pourrait permettre des peuplements plus denses, réduire la quantité de matière à faire passer dans la batteuse et faciliter les applications tardives d’engrais ou de fongicides avec un pulvérisateur terrestre.

    Le caractère actuellement vendu aux États-Unis est transgénique, mais Bayer prévoit commercialiser au Canada une version issue d’un caractère naturel intégré par sélection végétale. L’entreprise n’a donné aucun échéancier et affirme vouloir attendre que les hybrides puissent offrir des rendements de premier plan avant leur lancement.

    Mon point de vue

    Je suis très curieux de voir ce maïs. Sa petite taille devrait le rendre moins vulnérable aux tempêtes et donc à la verse. Si l’augmentation de la population permet réellement d’améliorer le rendement, ce serait génial. Je me demande aussi si une plante moins haute pourrait être moins gourmande en nutriments.

    Je m’attends moins à voir rapidement un hybride de ce type en maïs-ensilage, puisque l’objectif est aussi d’aller chercher du volume. Ce serait toutefois intéressant si une population plus élevée permettait d’obtenir un volume comparable, mais avec une proportion de grains plus importante.

    Lire l’article de Farmtario

    Desjardins et EDC devront verser 2,7 M$ aux acériculteurs

    La Cour supérieure a condamné Exportation et développement Canada et la Caisse Desjardins de l’Anse de La Pocatière à verser conjointement 2,73 millions de dollars aux Producteurs et productrices acéricoles du Québec. Selon le jugement, les deux institutions ont manqué à leur obligation de bonne foi en ne révélant pas que la garantie protégeant les PPAQ ne serait pas renouvelée.

    L’affaire remonte aux difficultés financières des Érablières des Alleghanys. Les PPAQ croyaient leurs ventes de sirop protégées par une garantie de 3 millions de dollars, mais ont appris trop tard qu’elle avait expiré. Lorsque l’entreprise a finalement fait faillite, elle avait utilisé tout le sirop en consignation sans le payer et devait encore environ 2,7 millions de dollars aux producteurs.

    Le dossier comporte plusieurs étapes et responsabilités croisées. Pour bien comprendre comment les producteurs se sont retrouvés sans garantie alors que leur sirop continuait d’être utilisé, je vous invite à lire l’article complet de Martin Ménard dans La Terre de chez nous.

  • Carney s’attaque au lait américain

    Carney s’attaque au lait américain

    Le lait américain qui entre au Canada dans les limites de nos contingents tarifaires pourrait bientôt coûter beaucoup plus cher. Le gouvernement de Mark Carney vient d’annoncer une nouvelle série de contre-mesures visant 27,6 milliards de dollars d’importations américaines, en réponse aux droits de douane imposés par Washington sur des produits canadiens.

    À compter du 8 septembre, Ottawa imposera des droits de 15 %, 25 % ou 50 % sur une longue liste de produits américains. Les produits laitiers sont directement visés, tout comme du matériel et de l’équipement agricole, l’acier, l’électroménager, les pâtes et papiers et l’électronique.

    Les importations à l’intérieur des contingents sont elles aussi visées

    C’est probablement le détail le plus intéressant pour les producteurs laitiers canadiens. La liste publiée par le ministère des Finances ne vise pas seulement les importations qui dépassent les contingents tarifaires. Plusieurs lignes tarifaires indiquent expressément que les produits importés « dans les limites de l’engagement d’accès » seront eux aussi frappés par les nouveaux droits.

    Ces contingents sont au cœur de l’accès accordé aux produits laitiers américains dans le cadre de l’ACEUM. J’ai déjà montré, chiffres à l’appui, que les États-Unis vendent déjà beaucoup plus de produits laitiers au Canada que l’inverse et que plusieurs contingents ne sont même pas pleinement utilisés.

    Par exemple, certains laits et crèmes en poudre contenant au plus 1,5 % de matières grasses seront soumis à un droit additionnel de 50 %, qu’ils entrent à l’intérieur ou au-dessus de l’engagement d’accès. Plusieurs fromages, dont le cheddar et d’autres catégories de fromage, seront quant à eux visés par des droits de 25 %.

    Autrement dit, Ottawa ne s’attaque pas seulement aux importations qui faisaient déjà face aux tarifs élevés de la gestion de l’offre lorsqu’elles dépassaient les contingents. Il rend aussi plus coûteux une partie de l’accès au marché canadien accordé aux États-Unis à l’intérieur de ces contingents.

    Un effet possible sur la production canadienne

    Si ces droits rendent une partie des produits laitiers américains moins compétitifs sur notre marché, les importateurs pourraient réduire leurs achats aux États-Unis. Le volume manquant devrait alors être remplacé autrement, notamment par davantage de production canadienne lorsque le produit concerné peut être fourni ici.

    Pour les producteurs, c’est donc une nouvelle à surveiller de près. Une baisse réelle des importations pourrait éventuellement se traduire par une hausse des besoins en lait canadien et, selon l’ampleur du mouvement, par davantage de jours additionnels ou une augmentation des besoins de production.

    Il faut cependant éviter de sauter trop rapidement aux conclusions. Les contingents n’équivalent pas automatiquement à des volumes importés à 100 %, les transformateurs peuvent modifier leurs sources d’approvisionnement, et l’effet variera selon les produits. Une surtaxe sur du fromage importé n’a pas exactement le même effet sur la demande de lait canadien qu’une surtaxe sur du lait en poudre.

    L’équipement agricole aussi dans la ligne de mire

    La riposte canadienne ne concerne pas seulement ce que nous produisons : elle touche aussi une partie de ce que les fermes achètent. Du matériel et de l’équipement agricole provenant des États-Unis font partie des importations visées par les contre-tarifs.

    Pour les producteurs qui doivent remplacer une machine, acheter une pièce importante ou investir dans un nouvel équipement, ces droits peuvent donc avoir l’effet inverse de ceux appliqués au lait : au lieu de protéger un marché canadien, ils peuvent faire grimper le coût d’un investissement à la ferme si le produit visé vient des États-Unis.

    C’est un aspect qu’il faudra suivre de près dans les prochains mois. Une guerre commerciale peut donner d’un côté et reprendre de l’autre : une baisse des importations laitières américaines pourrait soutenir la demande pour notre lait, pendant que des tarifs sur la machinerie ou l’équipement augmentent certains de nos coûts de production.

    Une mesure qui pourrait être temporaire

    C’est aussi là que se trouve la principale réserve. Ces contre-tarifs font partie d’une guerre commerciale et non d’une réforme permanente de la politique laitière canadienne. Ottawa les présente comme une réponse directe aux droits américains et affirme vouloir appliquer une riposte « au dollar près, au taux près ».

    Si les États-Unis retirent leurs propres tarifs dans le cadre d’une éventuelle entente, les contre-mesures canadiennes pourraient elles aussi disparaître. Il serait donc imprudent pour une ferme de prendre aujourd’hui des décisions d’investissement ou d’agrandissement en supposant que cette nouvelle protection du marché durera plusieurs années.

    Mon point de vue : c’est une nouvelle intéressante pour les producteurs laitiers. Si une partie du lait et des produits laitiers américains qui entrent aujourd’hui dans nos contingents devient moins compétitive, il faudra probablement augmenter la production canadienne pour couvrir une partie de ce qui n’entrera plus. Mais je ne suis pas certain que cette mesure soit là pour très longtemps. Avant d’en tirer des conclusions sur notre production future, il faudra suivre de très près les volumes réellement importés et surtout l’évolution des négociations avec les États-Unis. Il faudra aussi surveiller l’autre côté de la médaille : si les contre-tarifs renchérissent certains équipements agricoles américains, une partie du gain potentiel pourrait se retrouver dans nos coûts d’investissement.

    Un précédent politique intéressant

    Depuis des années, une bonne partie des débats commerciaux entourant la gestion de l’offre portent sur l’accès que le Canada doit accorder à ses partenaires à l’intérieur de ses contingents tarifaires. Cette fois, le gouvernement canadien utilise précisément cet accès comme levier dans sa riposte commerciale.

    C’est ce qui rend la mesure beaucoup plus intéressante qu’un simple nouvel épisode de tarifs entre Ottawa et Washington. Pour une fois, la question n’est pas seulement de savoir si les États-Unis obtiendront davantage d’accès au marché canadien. À court terme, le Canada vient plutôt de rendre une partie de l’accès américain existant plus coûteux.

    Les nouveaux droits doivent entrer en vigueur à 0 h 01 le 8 septembre 2026. D’ici là, et surtout dans les semaines qui suivront, la donnée la plus importante sera simple : est-ce que les importations américaines visées diminuent réellement? Si oui, c’est là que l’impact pour les producteurs canadiens commencera à devenir concret.

    Sources : Ministère des Finances du Canada, annonce des contre-mesures et liste officielle des produits visés.